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Archives pour la catégorie ‘kultur’

Un tout petit tour à Arles

31/07/2015 Comments off

Les Rencontres d’Arles bien qu’elles aient changé de direction restent un plaisir bien présent. Je ne vous propose qu’un survol minuscule, c’est trop énorme, c’est juste pour vous inciter à y aller des fois que vous vous tâtiez !
Bien que les travaux sur le site des Ateliers SNCF aient commencé, l’étendue des expositions reste grandiose et les expositions en elles-mêmes impressionnantes.

 

La première et la plus touffue s’appelle Total Records et on a envie d’y rester plus longtemps tellement il y a de pochettes exposées avec leur historique et déclinaisons, sans parler des censures, pochettes détournées ou redessinées par des particuliers quand les originaux étaient trop abîmés. (Mes images ne sont pas dans l’ordre de l’article).

Ça commence avec les disques Blue Note et de nombreux autres collections de jazz que ma génération a bien connus, accompagnés des grands tirages de la photo ou de leur planche contact.
Quand on passe à la pop, on découvre comment sont nées certaines pochettes mystérieuses (des photos de grenier ou de puces), comment en ont été plagiées d’autres (le nombre de bouches ou yeux en gros plans ! ).

 

 

Ci-dessus, une pochette scandaleuse des Stones pudiquement cachée à la vue sous un velour noir que bien sûr j’ai soulevé. Plus haut, le fameuse abbey road a donné lieu à beaucoup de détournements. Puis on retrouve les périodes Warhol, Goude, Mondino, les 80′s, les métamorphoses de Bowie, et tellement d’autres, c’est d’une richesse ! (Ci-dessous, pochettes refaites maison).

 

 

Une visite plus courte et amusante par Thierry Bouët appelée « affaires privées » montre sur de grandes photos des portraits de particuliers proposant à la vente sur le Bon Coin des choses assez bizarres comme ce cercueil que la grand-mère avait commandé pour elle avant de changer d’avis et de préférer l’incinération, mais dont aucun des descendants n’a voulu après sa mort.

 

Une magnifique expo avec de somptueux tirages immenses dont l’auteur, Markus Brunetti, ne veut pas dire comment ils sont retravaillés (tous les ciels sont identiques, notamment) et dont j’ai pris cette photo avant de voir que c’était interdit :

 

Les jeunes talent sont à l’honneur avec de bien beaux travaux. Moi qui adore les carnets, j’ai été servie avec ceux de Pauline Fargue. Mais il y a énormément d’artistes à explorer.

 

L’expo qui m’a le plus plu s’appelle « les Paradis, rapport annuel », paradis fiscaux bien sûr où les photographes, Paolo Woods et Gabriele Galimberti se sont faufilés pour réaliser un reportage de toute beauté et très argumenté que l’on retrouve dans un beau gros livre éponyme. C’est un travail politique qui montre l’opacité de ces no go zones, accompagnée des chiffres de ce cancer qu’est l’exil fiscal, les poses de divas de certains PDG, tous ces gens qui vivent complètement en dehors de notre réalité. Je vous en reparlerai en détail tant ce problème, fondement de toutes les crises, me paraît l’un des plus essentiels de notre époque.

 

Passons sur de nombreuses autres expositions pour finir par celle, rigolote, de Sandro Miller qui a demandé à son vieux pote Malkovitch de se grimer en icône de la photographie contemporaine. C’est ainsi qu’à l’aide de maquillage, perruque et accessoires mais sans trucages, il est devenu JPGaultier, Marilyn, les jumelles d’Arbus, le Mick Jagger de Bailey, Nicholson,Dali et autres Picasso. Très réussi !

 

 

 

Voilà…

C’est un très petit tour, j’en conviens. Vous pouvez aller voir le site officiel ici qui est imbitable, ou un article de Télérama qui vous conseille sur les meilleures expos.

Texte © dominique cozette

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Jusqu’où iront les oiseaux

15/07/2015 Comments off

Je me perds en conjectures.
Déjà qu’ils pépient. Bon. En plus ils volent.  Ils se déplacent où ils veulent, parfois à des milliers de kilomètres avec un impact carbone frôlant le zéro.
Mais voilà que maintenant, ils peignent. Non !!! Si.
Peindre est un bien grand ou petit mot. Disons qu’ils font leur portrait. Autoportrait, selfie, appelez-ça comme vous voudrez mais force est de constater que l’œuvre que l’un d’eux m’a laissée sur une table, aujourd’hui, vaut bien ce qu’on voit à la FIAC quand, d’aventure, on s’y aventure.
Je trouve ça d’une délicatesse exquise et j’irai jusqu’à appeler cette série les fientarelles, comme on dirait les aquarelle ou, pour les plus imbibés, les vinarelles.

Texte et photo © dominique cozette

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Montrouge, à nous la joie !

14/05/2015 Comments off

On n’a plus la Samaritaine où on trouvait tout mais on a le Salon de Montrouge et on ne perd pas au change. Les 60 artistes émergents de la sélection (sur 3000 dossiers) composent une étonnante mosaïque de tendances, techniques, inspiration diverses. Leur abord aussi est varié, parfois c’est immédiat, parfois il faut lire quelques lignes du cartel pour appréhender la pertinence de l’œuvre. Entre peinture, dessin, installations, photos, vidéo, on a le choix des armes. L’humour est bien présent aussi, qu’il soit morbide, léger ou caustique.
Au hasard de ce qui m’a marquée, les vagins carnivores de Stanislas Bor (photo), les délires algorithmiques de Julien Borel, les dessins acides de Clara Citron (photo), une vidéo hilarante sur le dopage des artistes de la Biennale de Venise et ses tubes à essais où sont conservés sang et urine des testés (photo), les boîtes à ossements de chats de Fleuryfontaine, le morbide piano où vous pouvez faire chanter des cadavres de souris de Nieto (photo), des peintures outrées très fiesta à Miami de Vincent Gautier (photo), d’autres videos où Yann Vanderme nous montre à quel point il n’aime pas plein de trucs comme le nudisme, fumer, les manèges…, les dessins d’une méticulosité extrême où tous les points de trame d’une affiche sont faits à la main de Clément Balcon, d’autres au rotring de Thomas Barbey, puis des tas d’autres choses dingues ou follement académiques.

Kenny Dunkan

Stanislas Bor

Nieto

Elia David

François Malingreÿ

Julie Luzoir

Jérôme Cavalière

Vincent Gautier

Que de belles œuvres que je vous conseille vivement d’aller voir dans le superbe Beffroi de Montrouge desservi par le métro Mairie de Montrouge et flanqué d’un super café-resto avec immense terrasse. Bref, un super bon moment à passer.
Pour en savoir plus, le site du Salon ici.

Texte © dominique cozette

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Jérôme Zonder et ses jeux d’enfants

19/04/2015 Comments off

Une expo très particulière, un immense dessinateur à la Maison Rouge, à la Bastille.


J’avais déjà vu quelques œuvres de Jérôme Zonder dans ce même lieu, mais cette fois, il a investi TOUT le rez-de-chaussée, du sol au plafond, l’a noyé dans son univers de fusain, d’encre de Chine et de mine de plomb.

Et quand ce n’est pas une jungle de branches et de feuilles qui est représentée, c’est un mur de briques sans fin, des briques dessinées une à une, opiniâtrement, de façon réaliste. Le parcours a été modelé selon des chemins de traverse, des maisonnettes dans lesquelles on entre et même un boyau entièrement noir.

Vous l’avez compris, ce n’est pas un univers joyeux et coloré. Même s’il aime dessiner les enfants, ils ne sont pas toujours à mettre en présence d’autres enfants.

Un enfant qui empoigne la tête de son copain pour l’égorger, un trio sexuel entre gosses dans une chambre, et d’autres où ils tuent à coups de batte. Il y a aussi beaucoup de portraits extrêmement sensibles, touchants, jolis.

Mais l’horreur revient au galop avec ces chairs grises qui racontent les guerres, les camps, l’Algérie, la violence sous toutes ses formes.

Jérôme Zonder est né en 1974 et lorsqu’il est sorti des Beaux-Arts de Paris, il s’est mis au dessin avec une contrainte de taille : que du noir et blanc, jamais de gomme, de repentir, pas de limite dans les dimensions d’une œuvre.
Je ne peux vous montrer qu’un faible échantillonnage de son talent. Car il y a beaucoup de styles dans son travail. Des images enfantines, d’autres (nombreuses) réalisées au doigt, d’anciens dessins gigantesques faits de minuscules petites formes visibles de près, des photos redessinées, des dessins inspirés de la BD. Il a aussi réalisé des décors directement sur les murs. Mais il ne s’arrête pas là puisque ses dessins s’appuient sur de nombreuses références littéraires, sociales ou artistiques.

Si vous aimez le dessin, cette exposition est indispensable. C’est du grandiose à l’état pur !

Pardon pour la mauvaise qualité des photos : vous en trouverez de beaucoup plus précises sur de nombreux articles et sur le site que La Maison Rouge lui consacre : c’est ici, tout y est expliqué et largement illustré.
L’exposition Fatum se tient jusqu’au 10 mai 2015, n’allez pas pleurer après, je vous aurais prévenu(e)s !

Texte © dominique cozette

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Karl Beaudelere, l’artiste qui touche sa bille

06/03/2015 2 commentaires

Qui se cache sous ces étranges masques ? Un artiste pas comme les autres, qui s’efface pour mieux s’incarner. Et comment mieux s’incarner qu’en se portraitisant à l’infini. L’infini du chiffre 8, son chiffre peut-être, adepte qu’il est de la numérologie. Mais aussi l’infini du trait de ses stylos bille dont il remplit les grandes feuilles de ses carnets de croquis, sortes de gribouillages emplissant peu à peu les blancs, surlignant les traits déjà faits pour créer les noirs, imprimant un itinéraire de courbes et de cercles qui, magiquement vont composer une tête. Et quelle tête !


La sienne ? Non. Celle de Karl Beaudelere, son nom d’artiste. Ces immenses faux autoportraits « gribouillés » de façon saisissante le représentent en somme très peu. Ils donnent l’image d’un homme âgé alors qu’il vient d’avoir cinquante ans. Mais son visage — qu’il dévoile sans problème dans la vie courante — son allure, son style cuir-punk et sa voix enjouée le classeraient plutôt parmi les jeunes quadras.
Pourquoi le masque ? Parce qu’il a repris la vie de Charles Baudelaire là où elle s’était arrêtée. Comme il le dit dans une vidéo, « je suis re-né à travers lui qui est peut-être moi ». Et comme il me le dit en riant « je suis un peu schizo, je ne sais pas si je suis sa réincarnation, je ne sais pas si je suis son entité, je ne sais pas si je suis Charles Beaudelaire mais quand je porte ce masque, vous parlez à Baudelaire, ou plutôt à KX17, sa réincarnation ».

A part ça, rien que du très normal, l’homme est direct, chaleureux et gai. Derrière lui, un portrait grand format, au stylo bille comme tous les autres mais entouré de fleurs aux couleurs vives. Parce qu’il avait rêvé qu’il ferait un portrait aux fleurs. Sinon, il continue de dessiner juste la tête qu’il voit dans son miroir, qui n’est pas forcément la sienne puisqu’elle change tous les jours. Et qui n’est pas forcément entière car il n’y a plus de place sur la page.

Au départ était le street art, le pochoir, pour remplir ses insomnies, dues à son grand chagrin d’amour. Puis il se mit au Bic et comme il était fauché, il a acheté des sacs de stylos au rabais dans un bazar à six sous. Heureusement que ce ne furent pas des feutres car ceux-ci s’effacent avec la lumière et le temps. Le stylo, c’est du costaud, du durable. De l’impressionné impressionnant.

 

Karl Beaudelere n’a pas la vision de ce qu’il va faire. De ce que ça va donner. De ce qu’il veut rendre. Il commence toujours par un œil. Et sa main tourne sur la page. Parfois ce sont plutôt des traits que des courbes, alors il dit qu’il fait du mikado. Le tout est de ne pas rater la dernière ligne droite ou ronde : s’il se plante pour mettre un dernier éclat dans le regard, si l’œil se ternit, c’est le dessin entier qui est fichu. Pas moyen de rattraper. Pas de repentir possible, on n’est pas dans la peinture.

 

Chez lui, que du grand format. Il est dans le geste ample, il faut que la bille se balade, qu’elle prenne ses aises sur les grandes étendues blanches, qu’elle ait le loisir d’aller, venir, passer, repasser encore.
Sa première œuvre, la rouge ci-dessous, est, avec les fleurs, atypique, car non seulement la tête semble posée sur un semblant de cou, mais encore elle est ornée. Notre Dame de la Garde, la belle Marseillaise qui a accompagné sa vie, a scellé ses premiers pas d’artiste. Et quelques vers du grand poète en ont composé le décor.

 

L’artiste avoue ne pas savoir dessiner. Il est autodidacte, n’a suivi aucune méthode, n’a copié aucun savoir faire, il ne sait exprimer son art que selon cette technique qui tient de la mission impossible. Il lui faut en moyenne un mois pour réaliser un portrait. Alors comment fait-il pour que ses traits de Bic donnent autant de finesse et de modelé à ses œuvres ? Comment ne perd-il jamais confiance, comment n’a t-il pas la tentation de zébrer ou de sabrer les visages ?

 

 

Ci-dessous le gros plan d’un autre portrait rouge qui rend compte de l’entrelacs des traits et de la finesse du processus créatif.

 

Vous pourrez voir l’expo jusqu’au 14 mars. L’artiste, lui, sera à l’expo jusqu’à demain, samedi 7, puis il rejoindra sa belle pour une nouvelle vie dans une nouvelle ville que la sienne. Avec son sac de billes au bout de ses stylos.

Karl Beaudelere du 3 au 14 mars 2015 à la galerie Routes, 53 rue de Seine 75006 Paris. Site de la galerie clic
Ici un article
sur lui paru dans Artension en 2014.

Texte © dominique cozette

Categories: kultur

Nina Childress, artiste vibrante

23/02/2015 Comments off

Je ne connaissais pas cette ex-punkette née en 61 à Pasadena, Californie, vivant actuellement à Paris, passionnée de clichés des années 50 qui représentent son fond de commerce, ayant beaucoup exposé partout. Après avoir étudié aux Arts Déco, elle fit partie du groupe punk Lucrate Milk puis du collectif des Frères Ripoulin (dont les deux principaux sont Pierre Huyghes et Claude Closky) connus pour leur appartenance à la figuration libre et aux graffiti. Et se mit à peindre dans ces mêmes années.

J’ai peu de doc sur elle mais ce que j’en ai appris et vu, c’est sa fascination pour les années 50/60 dont elle s’inspire depuis le début pour ses peintures et ses installations. Au CRAC de Sète sont accrochées des séries de tableaux copiés sur les Nudies américains, films sur les nudistes dans des situations de la vie courante en société comme jouer au ballon, prendre le thé. Ces tableaux, et deux très grands tirages de même facture, sont étonnants car on dirait qu’ils ont été conçus pour être vus avec des lunettes 3D, du fait des contours verts ou rouges des personnages. Une intense sensation de vibrations.

C’est entre l’impressionnisme et l’hyperréalisme, comme des photos bougées, c’est d’ailleurs réalisé d’après des captures d’écran, format écran. Le remarquable aussi est l’élégance des scènes car, malgré leur nudité, les personnages se tiennent bien, sont bien apprêtés, ont de bonnes manières. Les hippies n’ont pas encore fait leur apparition.

On peut voir des scènes de danse, d’immenses rideaux peints habillant les hauts murs du CRAC.

Il faut savoir aussi que Nina Childress a ses marottes, elle a peint beaucoup de Romy Schneider en Sissi, d’images de romans-photos et de scènes d’opéra. Pour se rendre compte de son foisonnement et de son éclectisme (créations criardes et géométriques, petits travaux très kitsch et pas forcément très jolis selon moi), il faut aller sur son site ici.

Cette exposition comporte trois autres belles artistes, Sylvie Fanchon avec « chair », Enna Chaton et ses impressionnantes photos et la mystérieuse Mirka Lugosi. A voir jusqu’en mai.

Texte © dominique cozette

Categories: kultur

Malaval, très mal…

24/10/2014 Comments off

Robert Malaval, j’ai vu ses tableaux pailletés, glamrock en diable au Palais de Tokyo en 2006, sûre de faire plaisir à ma petite-fille parce que bien clinquants. Plus des éléments de mobilier vandalisés par sa nourriture blanche, sorte de matière expansive qu’il avait inventée avant César.
Franck Maubert, écrivain, a bien connu cet artiste jusqu’à sa mort, en 80. Franck, alias Mao-mao, avait 20 ans, Malaval 35. Ils se sont rencontrés aux Halles, QG de la branchitude à l’époque du trou des Halles, de la finition de Beaubourg et de l’embrasement d’une société qui explosait de partout avec les expérimentations artistiques de tout poil, les drogues, l’alcool, les années Palace, les provocs en tout genre, l’avènement de la culture punk.
Un monde complètement dingue auquel Malaval, qui créchait dans un bunker sans fenêtre, sans douche, toilettes dans la cour, rue du Pont Louis Philippe, ne souscrivait pas vraiment. C’était un artiste maudit qui jouait avec la mort, essayant toutes sortes de substances autant pour créer que pour se détruire.
Le livre,  un « roman » dit la couverture, visible la nuit, raconte comme Malaval, asocial, a quitté l’école très tôt, puis tenté diverses choses pour éviter de bosser comme un con. L’art lui a permis de s’exprimer, aussi bien la musique (mixages créatifs dans son home studio)  que les installations, la peinture. Les galeristes, pas fous, reconnaissaient son talent et achetaient ses œuvres pour thésauriser. Le problème est que Malaval était incontrôlable, capable du pire quand il était défoncé. De plus, bien que très appréciées, ses œuvres se vendaient mal.

Franck Maubert, très jeune et naïf, passe beaucoup de temps avec lui, ils sont très amis, et il est parfois missionné par un galeriste pour le garder présentable. Il sait que Malaval peut claquer d’un jour à l’autre, il estime à 35 ans qu’il a bien vécu. Entre autres, il a élevé des chèvres et des vers à soie dans le sud, il a eu deux enfants et vécu deux ou trois amours, les dernières plutôt platoniques. Tous deux ont rencontré toutes les personnes qui ont fait les nuits parisiennes de ces années-là. Un de leurs fidèles amis était Jean-Marc Roberts, dit Mouche, l’écrivain et éditeur.
Le dernier baroud de Malaval fut une commande de la Maison de la Culture de Créteil, un environnement de béton et de triste banlieue nouvelle, où, dans une fosse, il créait au vu des gens du coin. Les amis parisiens ne venaient pas (c’est plus facile d’aller à Marrakech que de passer le périphérique) mais il a tenu bon, réalisant une trentaine  de grands formats dans ce lieu hostile. Lire l’article de JF Bizot
Puis en août 80, on n’a pas su quel jour, il s’est tiré une balle de 22 long rifle dans la bouche. Personne n’en a rien su. Son corps sans tête est resté là plus d’une semaine.
Même s’ils ont fait des bringues monstrueuses dont beaucoup de livres témoignent aujourd’hui, l’impression que donne le livre est d’une tristesse sans fin. Malaval n’était pas du genre à croquer la vie. Plutôt à la défier, et ce n’était pas une posture. Un livre passionnant pour qui s’intéresse au sujet.

Visible la nuit de Franck Maubert, aux éditions Fayard, 2014. 208 pages, 17 €
Voir une video de Malaval ici.

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins, kultur

L’au-delà Fontaine

17/10/2014 Comments off

Oui, pourquoi pas un article sur ce monument qu’est Brigitte Fontaine passée hier à Ivry ? J’étais face à elle, au deuxième rang, elle est impressionnante, sorte d’Iggy Pop décharnée, ravagée, vieille (ce mot n’est pas péjoratif pour moi) poupée branlante, avec une canne à pommeau d’argent, rock star tout en noir et cuir à casquette de caillera, les yeux aussi faits que ceux de la Gréco.
Le rideau s’ouvre sur la silhouette gracile de l’icône, jupe transparente en tulle noir, qu’elle change pour une blanche un quart d’heure plus tard, petite cape en cuir noir, mitaines bondage itou, lacées, pantalon ou leggins très ajusté et sortes de sandales-boots avec guêtres écrues. Cheveux longs et pendants. Grandes mains noueuses et élocution improbable, celle qu’on connaît aujourd’hui, qui slame en accord parfait avec celle d’Areski, monumental et impassible devant ses percus, son pupitre d’où il déclamera un beau texte de sa voix de grotte. Et un guitariste magnifique, silhouette noire et feu d’artifice de cheveux blonds qui jouent sur le fond noir, de même couleur que le liquide ambré qu’il sirote, du whisky, entre accords étirés et déchirements onduleux tendance psychédélique.
Et des textes. Les superbes et drolatiques textes de la poétesse, qui font rire très souvent, réfléchir ou s’émouvoir, intercalés par quelques paroles saugrenues de la Madelon ou, pour le guitariste pinkfloydien, de la bonne du curé.
Du très inattendu pour moi qui en était restée à ses chansons chantées, je ne l’avais d’ailleurs jamais vue sur scène, et là, j’ai adoré ! Très fort, spirituel,  gai, partageux, requinquant, différent et carrément géant.
Je vous mets ici en lien l’un de ses textes irrésistibles, bourré de l’humour de cette auteure hors normes, mis en ligne en 2011.

texte et photo © dominique cozette

Categories: kultur

Du superbe moelleux signé Hicks

15/10/2014 Comments off

Sheila Hicks est une Américaine du Nebraska installée depuis des lustres dans le quartier de l’Odéon, tout au fond d’une impasse. Elle a 80 ans et, de toutes les matières, c’est le textile qu’elle préfère.  C’est en découvrant les textiles du Pérou précolombien qu’elle décide de voyager auprès des tisserands du monde et qu’elle se détourne de l’univers de la peinture auquel elle se destinait.

Aujourd’hui encore, avec des jeunes filles comme petites mains, elle ne se lasse pas de triturer, tresser, filer, natter, tricoter, emmêler, mettre en boule d’énormes écheveaux de laine, de soie, parfois agrémentés de petits objets personnels, mais toujours de couleurs joyeuses, soyeuses et alléchantes.
Les grosses boules en forme de poufs exposés à la galerie sont autant d’invites à se vautrer dessus pour échapper à ce monde de brutes et les cascades de douceur qui dégoulinent du plafond sont de cruelles — car interdites — exhortations à s’y plonger.

 

 

 

En vrai, c’est beaucoup mieux…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus que trois jours pour voir Sheila Hicks à la galerie Frank Elbaz, 66 rue de Turenne Paris 3. Jusqu’au 18 octobre.

Texte et photos © dominique cozette

Categories: kultur

(Extra)ordinaires

11/08/2014 Comments off

C’est le titre d’une expo réjouissante au Musée d’Art Contemporain Saint Martin de Montélimar, un très beau bâtiment avec de vastes pièces, sur une place vide et calme, emplatanée, face à  un café resto branché. Les six plasticiens exposés font dans le grand format, la couleur, l’humour grinçant. Et évidemment dans la satire de la société. Bref aperçu.

Cette première image, une huile de 200×160 réalisée par Gaël Davrinche, représente une femme que je connais bien puisque je l’ai côtoyée  journellement pendant une quinzaine d’années. Nous étions dans la même agence de pub, Martine était D.A et moi C.R mais nous n’avons jamais rien produit ensemble à part des fous rires. Martine Camillieri est aujourd’hui auteure, plasticienne et scénographe. Son travail est axé sur le recyclage, l’écologie, la biodiversité. Elle vient de sortir un livre qui nous transporte dans son univers plein de fraîcheur et de simplicité : « Jamais sans mon Kmion » qui donne une foule de détails, d’infos et de recettes, tout cela abondamment illustré, sur la meilleure façon de vivre en autarcie avec les ressources locales, dans un véhicule aménagé — même sobrement — en camping car. Martine possède le don de rendre n’importe quoi joli, de faire de chaque instant un petit bonheur, de réenchanter l’ordinaire. Positive, généreuse, bienveillante, joyeuse et profonde. Son site (clic) lui ressemble, allez-y donc le visiter, il y a beaucoup à voir, vous ne serez pas déçu !
Poursuivons avec quelques portraits revisités de Joël Gavrinche :

 

 

 

 

 

Liu Ming est un pointilleux. Pour ne pas dire un pointilliste avec ses tout petits ronds de couleurs par milliers qui composent ses tableaux comme si la vie actuelle n’était que pixellisation, solitude dans la multitude, amas inexorables, juxtapositions jusqu’à la désincarnation.

 

 

 

 

Pour Philippe Huart, les paradis montrés dans les médias ne sont que des enfers. Tout est lisse mais dirty, tout est beau mais trash, tout est voluptueux  mais bad. Ça pique, ça coupe, ça saoule, ça heurte et ça hurt. Bref, sale temps pour les bouches !

 

Aurélie de la Cadière s’amuse des plus bas instincts de notre société. C’est gai comme de la littérature enfantine mais ça mord. La bimbo en prend plein sa polie petite gueule et le cochon qui s’en dédit mérite le fouet.

 

Cette expo est visible au Musée d’Art Contemporain Saint-Martin de Montélimar jusqu’au 26 octobre 2014. Il y a d’autres artistes. C’est très très bien ! Site ici (pas terrible, le site !)

Texte © dominique cozette

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Petit survol d’Arles, grand plaisir !

07/08/2014 Comments off


Les Rencontres sont toujours d’extraordinaires façons d’appréhender le monde à travers le regard d’un artiste. Cet article n’est qu’un survol car en une journée, difficile de  tout voir. Certains travaux m’ont vraiment interpellée, comme celui de Patrick Willocq (plus de détails sur son site) qui a réalisé des mises en scènes de rituels d’une tribu de pygmées de RDC  dont particulièrement ceux qui concernent la maternité. On dirait parfois du Goude de la belle époque, mais ce que raconte l’image renvoie aux racines ancestrales des personnages.

Katharina Gaenssler, c’est un boulot énorme qui reconstruit l’espace selon la topologie qu’elle a elle-même initiée. Elle prend des centaines de clichés d’un lieu qu’elle compile dans des livres puis les régurgite pour en faire une sorte de champs des possibles, faisant fi de contraintes de cadres ou de perspectives. C’est un peu plus compliqué que ça… Vous pouvez voir sur son site la progression de cette installation.



Chema Madoz est un poète tendance surréaliste qui nous montre des objets transmutés, ou qui ont perdu leur usage, en ont gagné un autre, se sont enrichis d’un nouveau sens. Bref, ce sont des centaines de clichés d’une rigueur absolue qui bouleverse notre rationalisme. Photos pas terribles à cause des reflets mais un gros bouquins restitue tout ce bel univers.

 

Le pauvre, s’il voyait ce que j’ai fait de son expo ! Je vous engage fortement à cliquer ici pour voir ses photos dans de bonnes conditions.

La série Small Universe présente des photographes néerlandais à la démarche particulière, appliquée à leur way of life : petits espaces, notamment. Dans cette perspective, ce sont réellement des concepts mis en images.  Hans Eijkelboom (merci !) par exemple, aime bien s’infiltrer dans des familles pour prendre la place du papa qui est au boulot. Il s’invente ainsi des familles très plausibles.

 

 


Il fait aussi le pari de figurer chaque jour pendant 10 jours sur le journal local, en arrière-fond d’un événement. Ou alors c’est son assistante qui s’y colle : elle va trouver des relations qu’il a perdues de vue et leur demande de parler de lui et d’imaginer un métier qu’il ferait : il met ces images en scène.

Jos Houweling photographie du mobilier urbain, des bécanes et autres objets de rues pour en faire des compilations très graphiques (désolée pour les reflets !)

 

 

Et voici le travail de dingue de Vik Muniz (site ici), un peu comme celui de Katharina Gaenssler, des centaines de milliers d’images à partir desquelles il reconstruit une seule image, géante, avec la contrainte que tout soit dans la même thématique. Il est interdit de faire des gros plans ou de trop cadrer, mais à l’œil nu, c’est vraiment barjot le nombre de petites coupures qu’il entasse et superpose pour obtenir un modelé !


Ça fait un peu léger  ce que je vous raconte mais il y a énormément de lieux, de surprises, notamment l’un où il fait tout noir et où l’on nous donne des barres de diodes pour voir les images, sur l’histoire de la Chine.  Parce que le  lieu n’est tout simplement pas équipé pour une expo.
Et puis il y a à (re)voir les grands que nous connaissons, Clergue, Bailey, Vincent Pérez, Patrick Swirk, des films, des conférences, des rencontres, des débats, des signatures. Et puis la ville d’Arles, adorable, ses petits restos trop sympas, le Méjean avec sa librairie d’où j’ai du mal à m’extraire, et enfin, le tout nouveau tout beau, paraît-il, centre d’art contemporain : la Fondation Van Gogh que j’irai visiter prochainement.

Texte et médiocres photos © dominique cozette

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Melik Ohanian experience

20/07/2014 Comments off

Voilà un artiste tentaculaire qui envahit l’espace des galeries comme celui de la pensée. Ses œuvres sont multiples, fragmentées ou floues, simples d’accès ou difficiles à appréhender mais elles relèvent toutes d’un questionnement sur la temporalité, la topographie, les liens avec la politique, les sciences, la réalité historique.
Ça a l’air compliqué, ça peut l’être. Pour certaines parties du parcours. Pour la partie ci-dessous, de toute beauté et d’une grande émotion, c’est simple et concret.


Elle s’intitule Girls of Chilwell. Ce sont des sculptures réalisées à partir d’archives photos de la première guerre mondiale. Les ouvrières représentées, immaculées, sont la réplique des « munitionnettes », travaillant à remplir des obus de nitroglycérine. Drôle de boulot. D’autant que ce matériau occasionnait divers effets secondaires comme le jaunissement des parties du corps y exposées — ce qui leur valait le surnom délicat de canary girls — et une puissante  vasodilatation. Ces jeunes femmes étaient donc shootées à longueur de journées…

 


Le CRAC de Sète recèle un grand nombre de travaux de cet artiste mais l’un d’eux a particulièrement retenu mon attention :  DAYS I see what I saw and what I will see. Il a été réalisé en 2011 à l’occasion d’une Biennale dans les Emirats Arabes. C’est un documentaire qui montre la vie des précaires de Dubaï de façon intrigante : il s’agit d’un travelling infini dans un camp de travail qui renseigne, au hasard, sur la vie des émigrés durant les pauses. Les 100 m. de rail sont démontés puis remontés au fur et à mesure de l’avance de la caméra qui capte ainsi ce qui se présente devant elle, au hasard, de jour comme de nuit. Une sorte de fascination nous empêche de quitter le film car on a envie de savoir ce qui va se passer après le tournant. L’autre grande idée est d’avoir monté un recto/verso du film et de les présenter sur un écran recto/verso, un côté nuit et un côté jour. On peut passer de l’un à l’autre puisque le film est sans fin.
D’autres installations provoquent la curiosité, l’étonnement ou une fausse indifférence puisqu’une expérience est en jeu. Je vais bien sûr y retourner pour mieux les explorer.

Melik Ohanian, Stuttering, au CRAC de Sète, 26 quai aspirant Herber, jusqu’au 21 septembre.

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En forme de quoi ? De forme de Viallat

10/07/2014 Comments off

La forme inventée par Viallat a longtemps évoqué pour moi Gratounett’, la petite éponge qui gratte – gratte – gratte longtemps (Pub de Mondino, agence FCA). Cette forme inventée par Viallat en août 66 avait pour qualité de n’en avoir aucune, ni d’être géométrique, décorative, symbolique ou figurative. Eurêka, Viallat avait trouvé son « truc », celui qu’il garderait toute sa carrière après une courte période figurative. Au début, il avait découpé cette forme dans de la mousse et s’en était servi comme d’un tampon à imprimer sur des bâches. C’était parti.
Depuis, il continue de façon systématique, voire obsessionnelle, « peignant » sur tout et n’importe quoi puisque c’est le concept de son courant « supports/surfaces ». Il créé sur des tentes, des draps, des bâches, des housses, des parasols, des cagettes, des tapis, des textiles de toutes sortes souvent cousus ensemble pour faire de joyeux patchworks. Il aime que ses surfaces portent la trace des pliages qui font partie de l’acte. Car Viallat peint par terre, pliant ses tissus pour plus de commodité.
Beaucoup de ses œuvres sont immenses, ses couleurs sont chatoyantes, l’effet est formidable. La rétrospective présente 200 pièces de l’artiste sachant qu’il en produit … 450 par an ! Dans une partie de l’expo, un coin réservé à quelques oeuvres de la collection d’Henriette, épousée après l’Algérie en 62, et première personne à qui il continue de montrer son travail. Touchant.
Voici quelques modestes photos Iphone, tellement éloignées du vertige que l’on ressent devant les immenses cimaises du musée Fabre de Montpellier.

Ce détail montre une toute petite reprise dans la bâche gigantesque. Et ci-dessous, une esquisse qui me plaît bien, où le taureau écrase le torero. Viallat est un grand amateur de corrida, le traitre !

Viallat une rétrospective, jusqu’au 2 novembre au musée Fabre de Montpellier.

© dominique cozette

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Ma vie est un chef d’œuvre, clap de fin.

28/05/2014 Comments off

39ème épisode de « ma vie est un chef d’oeuvre » sur les 80 exposés jusqu’à ce soir, mercredi 28 mai.* Aujourd’hui, tendresse d’une mère…
Le 59ème Salon de Montrouge ferme donc ses portes ce 28 mai et sera ouvert de midi à 23 h. avec une nocturne de finissage riche en surprises.
Non seulement l’entrée est libre, mais en plus le métro vous dépose au pied du Beffroi, station Mairie de Montrouge, sortie n°3.  Cerise sur le gâteau : la plupart des artistes seront là dont moi, bien sûr.

Plus d’infos sur le site ici. Et sur mon site ici.

* Désolée pour mes abonnés qui recevront cet article jeudi.

Texte © dominique cozette. Oeuvre © Alex Katz

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Ma vie est un chef d’œuvre… jusqu’à mercredi soir

26/05/2014 Comments off

38ème épisode de « ma vie est un chef d’oeuvre ». Celui-ci concerne un certain artiste iconique à moustaches..
Pour les épisodes les plus intimes de ma vie, non destinés au blog, il reste encore deux jours, jusqu’à mercredi soir.
En attendant,  Le 59ème Salon de Montrouge est ouvert TOUS LES JOURS jusqu’au 28 mai, de midi à 19 heures plus la nocturne de finissage qui sera riche en surprises artistiques.
Non seulement c’est gratuit mais en plus le métro vous dépose au pied du Beffroi, station Mairie de Montrouge, sortie n°3.  J’y serai mercredi et me lamente déjà de devoir décrocher.

Plus d’infos sur le site ici. Et sur mon site ici.

Texte © dominique cozette. Oeuvre © Yue Minjun

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