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Ce livre était sur « la liste de mes envies ».

05/02/2012 Aucun commentaire

Et voilà, il est dévoré. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de ralentir un peu, d’en garder la fin pour le lendemain, mais le lendemain devient vite la veille.
J’avais donc apprécié au-delà du raisonnable le premier opus de Grégoire Delacourt « l’écrivain de la famille » (mon article ici) paru l’an dernier, me disant qu’il allait falloir attendre un bail pour en savourer un autre — selon mon pessimisme optimiste — et toc ! me voilà avec le deuxième !
Ce qui est top, c’est que Grégoire Delacourt nous change de registre. Après avoir raconté son histoire de façon romancée, il fait dans la fiction totale en nous contant celle de Jocelyne, mercière à Arras, qui, poussée à jouer par des copines, gagne le gros lot. Puis décide de ne pas le claironner mais surtout de ne pas l’encaisser, de peur de perdre ses bonheurs tout simples. Je n’en dirai pas plus, l’auteur le raconte très bien.
Grégoire, que j’ai connu dans une autre vie, aime les gens de peu, les humbles, les simples et les gentils. Et puis le nord. Il nous introduit avec grâce dans la famille de Jocelyne, dans son couple, dans sa tête et ses rêves de jeunesse évaporés. Jocelyne qui, sans faire de philosophie, soupçonne qu’il y a plus à perdre qu’à gagner avec une telle somme. Jocelyne qui fait confiance aux autres, qui ne voit pas le mal, ou ne veut pas le voir, qui, sans être une sainte, aime bien rendre service. Elle tient d’ailleurs un blog sur les astuces, les trucs, les cent idées de la vie quotidienne via les travaux d’aiguilles. Elle pardonne assez facilement quand on lui fait des crasses mais attention, faut pas en remettre une couche ! C’est une pragmatique, pas une victime.
Bien sûr, c’est sentimental car Jocelyne est sentimentale. Elle lit et relit Belle du Seigneur tout en déplorant sa tragique issue. Et revient  sur le lieu d’un de ses bonheurs pour essayer, sans trop y croire mais on ne sait jamais, de le retrouver.
Et puis, grâce ou à cause de son gain, il y a la liste de ses envies, qu’elle refait de temps en temps, et qui nous met bien le nez dans l’incohérence de notre société bling-bling et autiste.
C’est un roman pas très épais, ça n’est pas une critique car tout est dit avec précision, acuité et sentiment.  C’est un roman suffisamment dense pour en faire un  film. Et pourquoi pas ?  Son premier livre a été couronné de plus d’une dizaine de prix. Et celui-ci « a déjà séduit les éditeurs du monde entier » comme c’est écrit sur le bandeau.
Bravo Grégoire ! Sans mettre la pression, j’attends le suivant…

Grégoire Delacourt « La liste de mes envies ». Editions JC Lattès. 2012. Imprimé développement durable. Presque 200 pages. 16 €.

Texte © dominique cozette

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En toute pour le Goncourt !

01/02/2012 Aucun commentaire

C’est une BD très marrante et légèrement littéraire qui fera rire tous ceux qui se sont essayés un jour à la littérature. « En toute pour le Goncourt » est l’illustration de ce qu’il faut faire et surtout ne pas faire si on veut se retrouver un jour sur une table de la FNAC à côté de Jauffret et de Nothomb.
Les strips — deux par page —  sont tous un petit gag à eux seuls et nous montrent un héros avec un giga poil dans la main qui ne cesse de procrastiner, jusqu’à ce qu’il se contente d’un roman minusculissime. Prétentieux, en plus, et pénible car il ne cesse de solliciter son ami Mathieu qui lui donne les bon conseils — jamais suivis — il n’envisage de publication que chez Gallimard. Puis éventuellement Minuit. Il campera devant sa boîte aux lettres comme si ces éditeurs n’attendaient que lui, et avaient accepté sa courte prose dès réception.

Je voulais vous mettre plusieurs strips mais le format n’est pas lisible, alors tant pis. Vous auriez vu que le dessinateur ne s’est pas trop cassé le tronc non plus puisqu’il doit y avoir une dizaine d’images différentes – au bureau, au lit, dans la cuisine, à vélo, nuit/jour — avec juste la bouche qui change d’expression. N’empêche, ça reste très efficace.
Si vous ne  l’achetez pas, si votre bibliothèque municipale ne l’a pas, allez le lire dans votre librairie pour bien commencer la journée, ou la finir… ou lisez presque tout (mais pas la fin) sur le site du Figaro ici

En toute pour le Goncourt. Jean-François Kiezkowsi & Mathieu Ephrem. Editions Cornelius 2011.

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1960, le bonheur ? Pas vraiment…

31/01/2012 un commentaire

Réalisé par deux poids lourds du regard sur la société, Jean Rouch, cinéaste et Edgar Morin, sociologue, ce film, « Chronique d’un été », qui a été tourné l’été 1960 a reçu le prix de la critique à Cannes, en 1961.
Ce qu’en dit Wikipedia : « Paris, été 1960, Edgar Morin et Jean Rouch interviewent des Parisiens sur la façon dont ils se débrouillent avec la vie. Première question : êtes-vous heureux ? Les thèmes abordés sont variés: l’amour, le travail, les loisirs, la culture, le racisme etc. Le film est également un questionnement sur le cinéma documentaire : cinéma-vérité et cinéma-mensonge. Quel personnage jouons-nous devant une caméra et dans la vie ? »
Les protagonistes de l’affaire interviewent des inconnus dont certains entrent dans le groupe et tissent des relations qu’ils vont rejouer devant la camera. Car les auteurs pensent qu’on se lâche mieux dans une ambiance conviviale où l’on peut manger, boire et fumer. (Ils fument tous comme des dingues).
Ce qui est remarquable, c’est la pudeur des gens sur leur vie personnelle. Rappelons que les premières émissions  psy où les gens déballaient leurs problèmes sont arrivées bien plus tard et ont fait scandale ! Donc, on ne parlait pas de ça, de la relation simplement amoureuse. Affaire privée. On pouvait juste évoquer le fait que oui, « dans mon foyer » ça va bien. Et c’était pas si mal, déjà. Une des filles — sorte de Béatrice Dalle italienne stupéfiante — qui est tombée amoureuse  durant le tournage se confie mais c’est très critiqué par les autres, ensuite.
En revanche, on est plus loquace sur les conditions de travail qui sont assez épouvantables dans les ateliers Renault ou autre, où  le petit chef a tous les droits. Il y a des millions d’ouvriers dont la vie se résume à métro, boulot, dodo. Et peur de se faire licencier. Il y a aussi les intellos, ou étudiants (on verra Régis Debray très jeune mais on ne le saura qu’après la projo).
Où ils vivent, tous ces gens, c’est loin d’être le minimum syndical. Souvent dans des piaules minables, sans eau ni chauffage, sous les toits en général et loin de Paris, déjà. Ils se lèvent très très tôt et le soir, ne font pas grand chose. Il n’y a pas grand chose à faire à cette époque le soir, pas de télé, pas de téléphone, pas de livres de poche… Les rues de Paris sont moches, toutes noires — Malraux n’est pas encore passé par là avec sa loi sur le ravalement — , les jeunes font adultes, soucieux, leurs engagements politiques sont déçus et la guerre d’Algérie les attend, pour les envoyer dans l’horreur durant 28 mois !
Une séquence drôle se passe à Saint Trop car Rouch trouvait que le film était tristouille. Et là, une starlette insensée, taille de guêpe,sosie cheap de Bardot, nous donne sa petite leçon de vie : c’est la mode de dire qu’on s’emmerde, à Paris, à Saint Trop, partout,  mais elle, elle s’amuse bien, on la prend en photo, elle fait du ski nautique, elle profite joyeusement… une blonde qui finalement, n’est pas si conne. (je me souviens qu’effectivement pour faire bien, il convenait d’être « blasé ». Ça n’a pas tellement changé).
Alors quoi ? Tous ces gens qui affirment qu’on était des petits vernis, si on les envoyait vivre ces années-là, ben ils feraient une drôle de tête ! Je vous le dis en face…

Extrait de 30 mn

Extrait de 5 mn  sur le racisme

Un très bon article de Critikat

Texte © dominique cozette

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Paul Auster m’a invitée à Sunset Park : Super !

29/01/2012 un commentaire

J’avais abandonné Paul Auster ces dernières années, ça ne me disait plus rien. Et là, je viens de lire son dernier, « Sunset Park » et je le trouve formidable, d’une très belle écriture et d’une construction très simple et efficace. Les personnages y sont décrits avec une minutie qui, sans être aussi alambiquée que celles d’écrivains sortant d’ateliers d’écriture, nous les attache durablement car ils se mettent à exister dans notre esprit avec leur historique de souffrance, de petites victoires ou de tares mal assumées.
On y croise, croiser n’est pas le mot, on y rencontre d’abord le héros, Miles, anti-héros plutôt, mal dans sa vie depuis toujours, sa mère l’ayant laissée  à six mois à son père pour vivre sa vie de comédienne. Puis Pilar, la femme de sa vie, une jeune lycéenne mineure, orpheline dont il s’occupe comme un père puisqu’il est plus âgé. Puis son père, éditeur marié à sa belle-mère qui l’a élevé avec son demi-frère. Le problème de Miles, c’est qu’il se demande s’il a tué son demi-frère en le poussant sur la route. Avait-il vu la voiture qui l’a heurté avant de le pousser ?
Ne pouvant vivre avec cette horrible question sans réponse, il fuit ses parents, ne donne plus signe de vie et c’est en faisant des petits boulots qu’il rencontre Pilar. Mais une des sœurs de celle-ci veut le rançonner sinon elle le dénonce. Il retourne donc à New-York, dans un squatt où vit son meilleur ami et deux femmes au parcours pas facile non plus. En attendant la majorité de la jeune fille qu’il se prépare à épouser.
Après sept ans et demi, comment renouer avec son père, sa belle-mère et sa mère ? Comment se prouver qu’on a grandi, qu’on est apte à mener une vie probe et apaisée ? Mais est-ce qu’on est responsable de tout ce qui nous arrive ? Est-ce qu’il faut être conforme à ce que la société exige pour s’en sortir ?

A travers ses personnages touchants, Paul Auster nous donne une image de l’Amérique d’aujourd’hui qui commence à s’accommoder de la vie en marge. En même temps, elle reste très proche de celle plus bobo qu’il fréquente : le monde des artistes et de l’édition, du théâtre et de la culture. Et puis, il a vécu à Paris et ne l’oublie pas : c’est toujours agréable de retrouver notre modeste rayonnement dans une histoire made in loin d’ici.

Paul Auster. Sunset Park. 2011. Editions Actes Sud, 317 pages et pas une en trop.

Texte © dominique cozette

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Sevellec, les photos de ses folles boîtes

26/01/2012 Aucun commentaire

Je vous ai parlé il y a peu de Roan-Jim Sévellec, artiste qui fait des boîtes ahurissante. C’est ici.
En fait, je viens juste de recevoir les photos qui vont avec. Vous verrez, c’est sidérant. Je vous rappelle que l’expo est prolongée jusqu’au 25 février. Voir adresse ci-dessous.

 

 

 


Ronan-Jim Sévellec à la galerie Antonine Catzeflis, 23 rue Saint-Roch, 75001. Prolongation jusqu’au 25 février.
Photos © Joel Laiter

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Chiharu Shiota serait-elle l’épouse nippone de Spiderman ?

23/01/2012 Aucun commentaire

Encore une artiste incroyable ! Imaginez une immense pièce habitée d’une sorte de toile d’araignée gigantesque finement réalisée et impénétrable. Deux lampes placées pendant le « tressage » figurent un double coeur qui bat. Cette installation a nécessité une centaine de pelotes de laine noire et trois jours pleins à deux personnes, l’artiste et son assistant. C’est impressionnant de technicité, vous pouvez d’ailleurs voir la video ici.
Et quand c’est fini, vous demanderez-vous peut-être comme je l’ai fait ? Hé bien on détruit tout, voilà. Et si une institution ou un collectionneur a acheté l’oeuvre, elle sera entièrement refaite selon la géographie de l’endroit.
Pour ceux et celles qui, comme moi, sont abasourdis par le long travail de persévérance que représentent de tels installations, allez-voir cette installation exemplaire. En bonus, vous découvrirez une seconde oeuvre  près de ce labyrinthe : une boîte en plexiglas qui contient une poupée prise dans les rets de laine plus fine, sorte de miniaturisation minutieuse de l’oeuvre monumentale.
Chiharu Shiotsa est née au Japon en 1972 et travaille à Berlin. Elève de Marina Abramovic, elle s’est nourrie du travail de Louise Bourgeois et Ana Mendieta. Elle a participé à de nombreuses manifestations internationales notamment la dernière biennale de Venise, elle a exposé à la Maison Rouge en 2011 et travaille aussi à des décors de théâtre.
Ce ravissement des yeux se trouve à la galerie Templon, à deux pas de Beaubourg. Et aussi du BHV où l’on peut acheter de la laine, des clous et des agrafes pour tenter de composer sa propre toile chez soi. Bon courage !

Texte © dominique cozette

 

 

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Sévellec, un artiste en boîte… fantastique !

20/01/2012 Comments off

La minutie semble sans limites pour Ronan-Jim Sévellec qui confectionne des sortes de maquettes — le terme manque de poésie — d’espaces à vivre, vieux salons, ateliers,  boucheries, toilettes de brasserie avec un réalisme sidérant. Réalisme dans la patine du temps, le fourbi témoignant de  la vie présente, l’usure des objets, les traces au sol et aux murs, les carrelages ébréchés, la crasse aussi… Parfois, on a envie de dire « range ta chambre » devant tant d’accumulation.
J’ai découvert cet artiste dans Artension de ce mois et, bluffée par la double page représentant un atelier, j’ai couru à la galerie Antonine Catzeflis, à deux pas de  l’église Saint-Roch ou de Colette qui a exposé aussi cet artiste cet hiver, et là, je suis tombée en catatonie devant son travail de fou. On peut passer une heure à détailler chaque boîte tant il y a de détails malgré l’extrême petitesse des objets : un mm pour un tube de peinture, et il y en a des dizaines…
Le plus étonnant, c’est l’ambiance poétique qu’il se dégage de chaque boîte car chacune possède son éclairage qui lui vient d’une verrière, d’une fenêtre ou de lampes. La galeriste m’a montré des photos de nombreuses créations dont il est impossible de croire que ce sont des petits décors. Il y a des bains avec serviettes mouillées jetées là, des lieux d’aisance où les minuscules objets de ménage sont restés en plan : balai, chiffon, Ajax ou javel, c’est stupéfiant, une boucherie avec des taches de sang dans la sciure…
Si vous avez envie de vous émerveiller, allez passer quelques moments dans les boîtes de Sévellec, vos petits neurones de l’art vous diront un grand merci !
Plusieurs photos reçues plus tard : ici

Ronan-Jim Sévellec à la galerie Antonine Catzeflis, 23 rue Saint-Roch, 75001. Prolongation jusqu’au 25 février.

texte © dominique cozette (la photo trouvée sur le net n’est pas terrible par rapport à la magie des boîtes…)

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Diane Keaton, pas Buster, ni Closer…

13/01/2012 Comments off

Voici un livre de mémoires, c’est écrit dessus, il s’appelle « une fois encore » (genre de titre qui ne veut rien dire et dont on ne se souvient jamais) de Diane Keaton, actrice bien aimée de tous, enfin presque, car personne n’a de raison de ne pas l’aimer, un peu comme Edward Hopper. Donc je me suis ruée sur le livre où elle pose dans toute la splendeur de ses t’huit ans, grand feutre noir et pieds en l’air, pensant y partager ses souvenirs de Manhattan avec Woody qui n’est pas resté de bois (ha ha ha !) devant cette charmante créature à leur époque heureuse.
Hé bien balpeau. De Woody, il est question, forcément puisque c’est pour Annie Hall qu’elle a reçu l’Oscar. Or quand elle a reçu l’Oscar, elle n’était plus avec lui mais avec Warren. Warren Beatty, voyons. On apprend qu’elle aime toujours tendrement Woody, elle a d’ailleurs remplacé Mia Farrow au pied levé dans je ne sais plus quel film au moment où les époux Allen frayaient avec les mauvaises chroniques des faits divers.
Donc, nous ne saurons rien de rien de sa vie avec Woody Allen, sauf que c’était un gars un peu compliqué, merci du renseignement, pas plus qu’avec Warren sauf qu’il était considéré comme un coureur de jupons, merci encore, et encore moins avec Al Pacino, sauf qu’il avait un grand nez, qui l’eût cru ? Et quand elle dit nez, elle ne dit pas autre chose.
On apprend quand même qu’elle a été boulimique grave, elle apparaît comme pas très entreprenante,  un peu floue comme fille. Les choses lui tombent dessus, comme ça. On a l’impression de quelqu’un de velléitaire, de dilettante, d’assez fade finalement.
Alors quid de ce livre ? Ce livre est tout bonnement celui que sa mère voulait faire, sa mère chérie, morte d’Alzheimer dans ses bras, entourée des autres frère/soeurs de Diane, sa mère qui avait rempli des milliers de pages sur sa vie, ses enfants, ses désirs et fait des centaines de collages s’y rapportant, que Diane a retrouvés après. Qu’elle n’a pas eu le coeur de bazarder. Donc, dans ce livre, Diane nous conte son père, sa mère son frère et ses soeurs, tous très beaux à en croire les photos. Elle nous raconte aussi son parcours dans le théâtre et le cinéma et met en parallèle les écrits de sa mère à la même époque.
L’on peut dire que la mère a plus de talent littéraire que la fille car elle analyse, elle détaille, elle appuie où ça fait mal. Diane, pas vraiment. Elle manque de profondeur et de dramaturgie (ça se dit ?). C’est un peu plat, parfois charmeur si on aime se retrouver dans l’Amérique des sixties et d’après. Elle évoque plus longuement les deux petits qu’elle a adoptés après 50 ans pour être moins seule et compare sa vie de « jeune » mère à celle de sa mère qui, au même âge, n’avait plus ses enfants à la maison.
Un peu décevant malgré tout car on y cherchait du Woody Allen, de l’humour, de la dérision : il n’y  en a pas. C’est juste une nana comme vous et moi qui avait envie d’écrire sur ses liens familiaux. C’est déjà pas mal.

Diane Keaton, Une fois encore, Robert Laffont 2011, 314 pages 21 euros.

Texte © dominique cozette.

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Asterios Polyp, super(be) roman graphique

09/01/2012 Comments off

C’est une BD qui m’a esbroufée, laissée sulku, aussi bien dans la forme que le fond. Un pavé soigneusement découpé en chapitres de flash back, de tranches de vie, de considérations sur l’architecture, la philo, le massacre des Indiens d’Amérique, l’art, le style…. et un épisode hilarant sur un chorégraphe contemporain qui se la pète…
Ça se passe aux Etats-Unis, l’auteur, David Mazzucchelli, est de là-bas et, après avoir sévi dans les super héros, se consacre à des travaux plus personnels. Ce roman graphique narre le parcours d’un architecte « de papier », théoricien en vogue et prof se tapant ses élèves, mais n’ayant rien bâti,  en crise morale et personnelle dans l’Amérique d’aujourd’hui. Un incendie ravage son appartement new-yorkais bordélique — il a été largué par sa chouette femme — et taille la route, seulement  vêtu de ses  frusques cracra, dans l’Amérique profonde. Il devient mécanicien dans une bourgade de red necks, tandis qu’en cut, on découvre sa vie de mondain qui-sait-tout avec sa femme sculptrice style art brut, et son enfance d’hyper doué veuf d’un jumeau homozygote. Ce bouquin énorme, d’une foisonnante richesse formelle et narrative, à la mise en page et  direction artistique remarquables, a été salué par les médias américains. Il a reçu de nombreux prix ainsi que le Fauve d’Angoulême – prix spécial d’Angoulême.
Plein de blogs, de critiques  et de références sur Google.

Asterios Polyp de David Mazzucchelli chez Astermann 2010 (2009 aux USA).

Texte  dominique cozette

 

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Du cul ? Pas que. Du Crumb et de la Crumbette à donf !

06/01/2012 Comments off

Parlez-moi d’amour, l’énorme album que vient de sortir le couple Robert Crumb et Aline Kominsky-Crumb est d’ une jouissance parfaite. Il est énorme en boulot, en intérêt graphique, littéraire, sociologique, psychologique, philosophique, mais énorme aussi en taille et en poids. Le lire au lit relève d’un tour de force de plusieurs jours/nuits vu le temps qu’il faut pour détailler une page de Crumb et de sa moitié — qui est plutôt son double vu sa densité physique, son imposante stature de sportive compulsive qui n’aime que les petits mecs geignards, style avortons portables (elle le porte fréquemment dans ses séances de baise). Ça tombe bien, lui raffole de ses fessiers bombés et charnus. Donc ce couple qui s’est réellement trouvé après tâtonnements maritaux a vite fait dessins communs, ne se privant pas de se surcorriger de préciser ou d’annoter  dans la case de l’autre. Kiffant d’infantilisme.
Il y a plusieurs époques  dans cette somme, des trucs des années 70 jusqu’à nos jours, ce qui permet de les voir, non pas vieillir, mais avancer en âge et en mentalité, faire leur gosse, une fillette qu’ils laissent pousser de façon très cool. La question juive prend beaucoup de place : Aline est une vraie juive américaine, brillante, bruyante, extravertie et lui non. Elle est athée mais reste représentative de sa communauté avec la bouffe y rattachée, la façon peu discrètes de causer aux gens ou de s’habiller, sa propension à grossir,  oui elle est forte. Lui, ça continue de l’interroger ce folklore mais elle s’en fout à un point ! Elle part ramasser le vomi du chat ou prépare la table. On les voit vraiment dans leur intimité de dessineux, de ménagère, leurs balades avec leurs discussions animées. Et dans leurs activités sexuelles au stade prémisses.
Ils s’installent dans un village médiéval du sud de la France dans les années 90. Et là, c’est hilarant la façon dont ils appréhendent les Français (qu’ils adorent) : toutes les différences socio-culturelles entre nos deux pays sont là. Ne manquent pas les crottes de chiens fumantes, les tracts (Le Pen, vite !) collés aux murs, les vieux sur les bancs de l’église, l’absence d’ambition à faire du fric, la queue au bureau de poste, les journées de ces drôles de Latins passées au bistro. Et les Françaises ! Des maigrelettes à tête d’oiseaux habillées strict.

Passage très marrant aussi où ils se rendent à la grande cousinade de la famille Crumb, aux Etats-Unis. Elle s’est mise sur son 31 (des trucs voyants, comme d’hab) et se rend compte que le chic crumbien c’est d’être en beige/blanc/bleu ciel, sobre. Elle est désappointée aussi par le fait que tous ces goyim qu’elle imaginait coincés se marrent, sont branchés, rigolos, pas comme il faut, bref ultra-fréquentables.
Il faut la voir aussi revenir de Londres, le visage en canard ultra-botoxé et les arguments qu’elle développe pour se faire accepter par son mari halluciné qui ne lui demandait que de « vieillir avec grâce ».
Et puis le sexe. Ils essaient d’être soft un moment car ne voudraient pas que leur fille ait honte. Mais Aline est une chaudasse surtout depuis sa ménopause et lui se laisse tenter. En même temps, ils refusent la monogamie depuis toujours et elle ne vit que dans la séduction. Une sacrée nana qui picole jusqu’à tomber raide au milieu du village… puis se met au Coca Light.
Ça foisonne, ça foisonne, ça n’arrête pas, on finit par se sentir bien chez eux et se dire qu’aux prochaines vacances, on se pointera dans leur bled médiéval (elle tient à ce terme) pour s’en claquer deux, trois, quatre, faut voir, ils n’ont pas de limites.

Aline et R. Crumb. Parlez-moi d’amour d’amour | Drawn together, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Lili Sztajn | Ed. Denoël Graphic | 264 p., 35 EUR.

Texte © dominique cozette.

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Portrait d’un fumeur de crack, l’ultime expérience…

02/01/2012 Comments off

Il devrait être mort. Avec tout ce qu’il s’est enfourné en quelques jours pour en finir, ces litres de vodka pour arrondir les effets du crack, plus les somnifères pour être sûr d’y arriver. Il avait déjà perdu  son job — une petite boîte d’édition montée avec une amie — perdu son amoureux qui ne pouvait plus supporter l’addiction mortifère, perdu son corps, 18 kg qui avaient fondu en un rien de temps, et son fric donc impossibilité de continuer à cracker.
Bill Clegg, beau jeune homme séduisant menait une vie agréable entre les auteurs pour qui il bossait, son amoureux cinéaste, leur bel appart, les fêtes où ils étaient toujours conviés et ses  excès d’alcool et de dope  qu’il contrôlait assez bien.
Un soir de beuverie, il suit un type plus âgé qui lui propose le caillou. Et c’est un tel pied qu’il se hâte de s’y adonner, d’autant qu’il possède un solide compte en banque. La descente est rapide, l’argent dans les beaux hôtels où il se réfugie vite claqué, la vie vite saccagée. Il devient une loque sale, maigre, indifférente à tout ce qui n’est pas le crack. Rejeté par la société des gens propres sur eux, il s’enfonce dans un enfer terrible. Il est pourtant rattrapé par les bretelles, sauvé, sevré lors d’une sincère rehab. La vie peut reprendre, ça n’aura été qu’une sale parenthèse. Mais non, quelques mois plus tard, le démon revient et là, ça sera la fin. Il ne sait pas comment il se retrouve à l’hosto.
Ce récit passionnant d’une aventure de l’extrême ultra-détaillée vue de l’intérieur  est entrecoupé de douloureux souvenirs d’enfance, difficulté tragique d’uriner avec rituels humiliants, père méprisant au verbe violent, mère présente mais tellement absente. Il ne tente pas d’y voir des excuses à son addiction, il ne tente rien, d’ailleurs, il raconte, il déballe. C’est sec, bref, concis et froid. « Au scalpel » comme on dit dans les rubriques littéraires. Efficace en tout cas et brillant.
C’était  au début du siècle, il est clean à présent et s’apprête à sortir la suite.
Ici vous pouvez voir le personnage interviewé.

Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme par Bill Clegg. Editions Jacqueline Chambon Actes Sud 2011. (New-York 2010). 253 pages.

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Yayoi Kusama, la folle de Tokyo

26/12/2011 un commentaire

Une sorte de folie terriblement productive s’est emparée  de Yoyoi Kusama, depuis son âge tendre, depuis qu’elle eut une hallucination de pois rouges alors qu’elle était à table. Validée par un psychiatre, cette folie devint l’emblème de son art qu’elle exerça principalement à New-York, dans les années 60, où elle explosa littéralement. C’est un travail de fourmi, sans relâche, qu’elle entreprend en créant de gigantesques peintures obsessionnelles,  des Infinity Net, d’abord blanc puis en couleur, sans début ni fin.
Elle devint aussi une performeuse opiniâtre qui en appelait à la presse dès qu’elle se produisait avec ses modèles, souvent nus comme elle ou peints de pois, ou encore vêtus de ses créations textiles à caractère orgiaque.
Bien que très provoc, Yayoi exprime sa peur/hantise du sexe par la confection de myriades de sculptures phalliques souples, en tissu rembourré, dont elle tapisse murs, barques, mobilier, pièces entières. On a tous vu celles qui jaillissent du sol comme de superbes tentacules rouges à pois blanc ou réciproquement.
Il y a aussi ces espaces fermés, boîtes tapissées de miroirs qui renvoient à l’infini ses formes molles à pois mais aussi des petites étoiles qui changent de couleur : c’est magique de s’y recueillir !
Suite à des problèmes personnels aigus, Yayoi Kusama rentre à Tokyo en 73 et se fait admettre en hôpital psychiatrique pour s’y faire soigner. Depuis, elle y demeure et  travaille régulièrement dans son atelier voisin. Elle réalise de grandes peintures très graphiques, très colorées, ainsi que de nombreuses autres choses car c’est une artiste protéiforme qui alterne films, romans, poésie…
Yayoi Kusama, née en 1929, a exposé dans de prestigieux musées. Une infime partie de son travail (150 oeuvres) forme une importante expo- rétrospective  à Beaubourg jusqu’au 9 janvier, attention, c’est demain !, avant de partir à  la Tate Modern de Londres puis au Whitney Museum de New-York.
Une expo hallucinante, variée, joyeuse, délirante, totalement frappadingue. Courrez-y !

Yayoi Kusama au Centre Pompidou jusqu’au 9 janvier. Lien ici.

Texte © dominique cozette

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Oeuvres à la tronçonneuse

15/12/2011 Comments off

Du très lourd ! Impressionnant ! Je parle des sculptures de Baselitz que je viens de voir au Musée d’Art Moderne de Paris. A coup de hache et de tronçonneuse, il nous découpe dans des troncs gigantesque des portraits de personnages bruts, vaguement peints d’une ou deux couleurs, voire recouverts d’un tissu imprimé, et toujours énormes : têtes de femmes et d’hommes d’un mètre vingt minimum, personnages de deux mètres cinquante qui vous toisent avec un certain humour. Les derniers sont des autoportraits où il porte  une casquette avec inscrit « zéro » dessus et où le sexe pointu jaillit du short trop large.

Baselitz est né en 1938 à Deutschbaselizt, en Saxe, dont il empruntera le nom car il s’appelle Hans-Georg Kern.  Son père, instituteur et bon citoyen, inculque l’idéologie nazie aux jeunes enfants et ainsi, Georg sera enrôlé dans les jeunesses hitlérienne dès 43. Par la suite, cette expérience totalitaire n’aura de cesse de l’interroger, Baselitz se défendant d’en porter une part de responsabilité vu son très jeune âge.

Jeune homme, il commence par peindre des paysages et des natures mortes, la pipe au bec,  et se fait virer de son école d’art plastique pour manque de maturité socio-politique. Il décide de passer à l’ouest. Et y reste.

Gros scandale en 1963 qui va le lancer : pour sa première grande expo dans une galerie du centre très bourge de Berlin, il affiche un tableau intitulé « la grosse nuit foutue » qui représente un jeune garçon se masturbant. Tableau saisi, procès pour outrage aux bonnes moeurs, sa réputation d’artiste provoc est faite.

En 75, il innove en peignant ses portraits à l’envers, tête en bas, un moyen de « se libérer » du tableau.

C’est en 80 qu’il brandit la tronçonneuse pour  des oeuvres qu’il expose à Venise. Il est définitivement un immense artiste.

Il serait dommage que vous laissiez passer cette gigantesque et formidable exposition. C’est au MAM jusqu’au 29 janvier 2012.
(En revanche, je ne vous conseille pas les cookies de la cafèt, secs et durs comme des copeaux).

 

Texte d’après Beaux Arts sur Baselitz.

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Basquiat en permanent vacation…

06/12/2011 Comments off

Après avoir vu et revu tous les autres, j’ai découvert le tout premier film de Jim Jarmusch, film de fin d’études réalisé  en 1980 alors qu’il se tâtait pour devenir écrivain ou musicien. Il a d’ailleurs co-écrit la bande-son du film avec John Lurie, qui joue dans le film. C’est Wim Wenders qui le convaincra, sans trop de difficulté, de poursuivre sur cette voie lorsqu’il verra le film juste terminé.
Permanent vacation est un road movie « à pied » car Jim n’avait pas les moyen de le faire autrement. Dans son esprit, d’ailleurs, et sur le scénario, le rythme du film aurait dû être bien plus rapide. Le jeune homme qui joue le héros, Chris Parker, était quelqu’un de dynamique et de nerveux. Ce n’était pas un comédien, aussi, lorsque la camera tournait, il adoptait bizarrement un rythme très lent aussi bien pour la marche que pour le débit de sa voix. Comme Jim n’était pas metteur en scène, il ne savait pas le diriger, il lui laissa donc cette liberté qui convient étonnamment bien à l’histoire. Une histoire sommaire puisqu’il s’agit de passer deux jours et demi avec Allie Parker qui, laissant sa copine seule dans leur squatt, erre dans un Manhattan en friche, dort à la belle étoile, rencontre des êtres singuliers, marginaux, musicos. C’est une balade punk et jazzie, poétique et creuse, entre romantisme et bourdon. C’est lent, c’est beau, c’est touchant, touchiant parfois, c’est original et originel : on devine le style de Jim lorsqu’il s’y mettra pour de bon, c’est à dire dans Stranger than paradise en 83.
Ce qui est sidérant dans la séquence en lien ci-dessous, c’est la présence invisible de Basquiat. Car Basquiat, qui faisait partie des potes de Jim, squattait la piaule où a été tournée cette scène de danse. En fait, il pionçait dans un coin. Lorsque Jim déplaçait la camera pour le plan suivant, l’équipe faisait glisser le sac à viande et Basquiat continuait à roupiller. Et c’est assez drôle de savoir qu’il est dans la pièce, juste derrière mais qu’on ne l’y verra jamais.
Pour voir cette magnifique séquence, superbement éclairée, c’est ici.

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121 curriculum vitae…

30/11/2011 Comments off

… pour un tombeau.

C’est le titre du premier roman de Pierre Lamalattie qui a déjà peint de nombreux romans et curriculum vitae tant ses images sont loquaces. Allez voir son site ici, vous serez conquis si vous aimez les phrases fulgurantes. Rien que sa bio, ça vous donnera l’idée. D’ailleurs, il l’a reprise pour commencer le livre. D’une causticité réjouissante. Je vous la cite car elle incite : « J’ai 54 ans. J’ai connu moins de femmes qu’un animateur du Club Med. J’ai gagné moins d’argent que mon voisin orthodontiste. Je suis moins sportif que ma belle-soeur. J’habite toujours à 500 mètres de chez ma mère. Et bien sûr, je n’ai vécu aucune aventure de l’extrême. Je suis un type inoffensif, une sorte de raté irrémissible. » Bon, on prend un peu pitié, on se dit merde, c’est dommage quand même ! Puis on lit la suite : « J’aurais pourtant bien tort de me plaindre, car, au fond, je m’en fout complètement. » Ouf.
Je vous le dit tout net : ceci n’est pas une pipe. Je veux dire pas un roman conventionnel. C’est un prétexte à nous livrer les histoires que ce peintre pompier (dit-il de lui, mais on n’en croit pas une image) a accumulées dans sa carrière professionnelle d’agro, section ressources humaines. Pierre Lamalattie est aussi à l’aise pour réduire en quelques coups de pinceaux (mouais, c’est un peu plus compliqué que ça) une personnalité à un visage qu’à le décrire en quelques phrases choc. Il y en a 121 donc, et ça va de Hervé qui a rencontré la mère de ses enfants dans une association pour le renouveau de la bourrée à Laura avec laquelle il comprend que se poserait un problème : que faire durant la période réfractaire ?
Pierre Lamalattie est le seul écrivain qui parle, dans le même ouvrage, de période réfractaire, d’anachorète idiorythmique (un homme seul qui vit à sa façon) et de la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer (rassurez-vous, moi non plus !). C’est vous dire combien il est atypique. En même temps, quand il raconte le mariage participatif auquel il se rend dans le seul but de baiser une « nénette » et où il est affecté à l’atelier équeutage de haricots verts alors qu’elle se trouve dans celui des tartes salées, ça me fait vraiment rire : on se croirait dans un  film choral de mauvaise qualité avec des héros bien ringards dont l’honnête homme aime se moquer « au deuxième degré ».
Ce livre m’a appris où en était ma vie, selon la théorie de Schopenhauer : « il voit la vie un peu comme la digestion chez les vaches : en deux temps. Dans un premier temps, la vie se présente comme une succession d’actions. Mais on ne se rend pas compte de ce qu’on vit. Dans un deuxième temps, s’il y a deuxième temps, la vache arrête de s’agiter, elle s’allonge. On passe à la rumination. C’est là que se produit la véritable digestion, avant, ce n’était que du bourrage d’estomac. C’est dans la rumination des souvenirs, dans la représentation, dans l’art que la vie peut être appréciée, connue. La vraie vie est donc dans la rumination. » C’est là que j’en suis personnellement, depuis que j’ai un peu de temps pour réfléchir.
Une idée de description à la Lamalattie : « [elle] avait opté pour un look cool : jean partout, à l’exception de Converse vertes. Son visage, criblé de taches de rousseur, évoquait l’univers mental de l’érotisme breton. »
Sur l’art contemporain : « En France, intellectuel, on voit très bien de quoi il s’agit. Mais artiste, c’est indiscutablement moins clair. Je ne parle pas de pseudo-artistes qui gravitent autour du ministère de la Culture et des galeries à la mode. En réalité, la plupart du temps, il ne s’agit pas d’artistes, mais plutôt d’intellos bas de gamme. Toute leur habileté professionnelle consiste à faire des commentaires filandreux pour justifier leur « travail ». Non ! J’en reste à cette idée : on ne voit pas très bien en quoi ça consiste, un artiste. »

Sur la mort, ou le mort, enfin, après je vous laisse découvrir par vous-même le reste de cette somme : « Un vrai défunt se distingue d’un vivant par le fait qu’il incarne des valeurs. L’homme ordinaire est balloté dans la vie ordinaire, il doit faire ses courses, essuyer des scènes de ménage, payer des impôts, aller chez le dentiste, bosser, épargner. Le défunt, lui, s’est consacré uniquement à des valeurs, à énormément de valeurs. Parmi celles-ci, la plus large place doit revenir, bien évidemment, aux valeurs humaines. »

121 curriculum vitae pour un tombeau, Pierre Lamalattie. L’Editeur, 2011(vient de sortir), 448 pages.
Vous trouverez, à côté ou au rayon arts plastiques, le recueil des 121 portraits, dont le sien en couverture.

Texte © dominique cozette

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