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Tremblons, les robots qui écrivent comme nous sont au point !

12/03/2010 un commentaire

"C'est un robot qui écrit mon papier. Cool !"

L’ère des robots-journalistes.

(Intro de moi-même : que ceux qui travaillent avec leur plume ou leur clavier commencent à se faire du souci. Journalisme aujourd’hui, BD, pub, littérature dans quelques temps pourront bientôt se passer du cerveau humain. On dit que c’est pour libérer les journalistes  et leur permettre de faire des travaux plus intéressantes, comme si un travailleur dégagé d’obligations ingrates grimpait de facto vers des tâches plus nobles… Lisez ça, c’est scotchant et caillant à la fois. C’est un peu long, mais ça explique la technique)

Des chercheurs américains créent, dans le secret de leurs laboratoires, des techniques journalistiques révolutionnaires. Articles ou journaux télévisés sont conçus par des ordinateurs. A première vue, rien de surprenant. Un compte rendu de sport d’une confondante banalité : « Les efforts remarquables de Joe Mauer n’ont pas suffi à assurer la victoire des Minnesota Twins contre les Texas Rangers lundi dernier au stade d’Arlington. Les Rangers l’ont emporté sur un score de 8 à 5 (…) Quand il maniait la batte, Mauer a été excellent de bout en bout. Il a marqué une fois dans la première manche et deux fois dans la sixième. Du côté des Texans, l’artisan de la victoire est sans conteste Tommy Hunter, qui a remporté avec brio son cinquième match d’affilée…  » Un article de sport comme il en existe donc des milliers, publiés dans les pages sport de la presse américaine. Seule différence, mais de taille : il est signé The Machine, préparé et rédigé par un programme d’intelligence artificielle, baptisé Stats Monkey.
Depuis des décennies, dans le monde, des ouvriers découvrent un beau matin qu’ils vont être remplacés par un robot. Si les journalistes se croyaient à l’abri de ce genre de mésaventure, ils avaient tort. Depuis quelques mois, ils peuvent aller à Evanston (Illinois), près de Chicago, pour voir et tester le système qui va peut-être bientôt les suppléer. Il est tapi dans un réseau d’ordinateurs appartenant au laboratoire d’information intelligente (Infolab), installé sur le campus de l’université du Northwestern. Pour déclencher Stats Monkey, il suffit qu’un humain lui indique quel match il doit couvrir. Une fois lancé, il travaille automatiquement de A à Z. Il commence par télécharger les tableaux chiffrés publiés par les sites Web des ligues de base-ball, et collecte les données brutes : score minute par minute, actions individuelles, stratégies collectives, incidents… Puis il classe cette masse d’informations et reconstruit le déroulé du match en langage informatique. Ensuite, il va puiser son vocabulaire dans une base de données contenant une liste de phrases, d’expressions toutes faites, de figures de style et de mots-clés revenant fréquemment dans la presse sportive. Il va alors rédiger un article, sans fautes de grammaire ni d’orthographe. Il peut fournir plusieurs versions, rédigées dans un style plus ou moins imagé ( » Les Minnesota Twins ont : perdu/reçu une sévère correction/esquinté leurs battes en pure perte… « ) ou encore deux articles adoptant le point de vue de l’une ou l’autre équipe. Il ira même chercher sur Internet les photos des principaux joueurs. Le tout en deux secondes chrono, qui dit mieux ? Le rêve de tout chef de service : un journaliste rapide, pas cher, sans états d’âme.
Stats Monkey a été imaginé par les professeurs Larry Birnbaum et Kris Hammond, spécialistes d’intelligence artificielle. Puis son développement a été confié à John Templon, 27 ans, diplômé de journalisme, et Nick Allen, 25 ans, informaticien. M. Allen estime que le but est quasiment atteint : « Les articles écrits par The Machine sont très proches des dépêches sportives de l’agence Associated Press, qui sont souvent reprises telles quelles par les journaux.  »
La première version de la liste de phrases-clés a été réalisée manuellement, mais, à l’avenir, Stats Monkey l’enrichira automatiquement, en décortiquant de gros volumes d’articles écrits par des humains. Il pourra même imiter le style d’écriture de tel ou tel journaliste connu.
Une version commerciale de Stats Monkey sera bientôt accessible en ligne. Kris Hammond vise en priorité les journaux locaux et les sites Web de sport, qui n’ont pas les moyens de payer des pigistes pour écrire les comptes rendus de tous les matches de leur région :  » Il y a aux Etats-Unis 160 000 équipes scolaires de base-ball qui n’intéressent pas les journalistes, mais qui passionnent des millions de gens.  »
Infolab a l’intention d’adapter Stats Monkey à d’autres sports, notamment le football et le basket-ball. Il souhaite également se lancer dans le secteur de la finance et de la Bourse – où, là aussi, les journalistes utilisent massivement un nombre assez limité d’expressions toutes faites. A nouveau, Kris Hammond parle chiffres :  » 54 000 sociétés américaines sont cotées en Bourse, et chacune d’elles doit publier des données chiffrées, qui intéressent les actionnaires, les employés, les clients… Or, à peine 3 000 d’entre elles sont suivies par la presse économique.  »
Reste une question épineuse : si l’on met en place un système efficace et bon marché pour couvrir les matches locaux et la vie des PME, pourquoi ne pas étendre peu à peu son usage aux rencontres importantes et aux grosses entreprises ? M. Hammond a une réponse toute faite :  » Notre but est juste de fournir aux journalistes des outils qui les débarrasseront des tâches les plus répétitives et les moins intéressantes. Ils dégageront ainsi du temps pour accomplir leurs missions nobles : reportages de terrain, investigations, analyses…  »
Au même étage, trois chercheurs mettent au point un système expérimental baptisé News at Seven, qui fabrique des mini-journaux télévisés pour Internet, présentés par Zoe et George, deux personnages de dessin animé. Le spectateur se contente de choisir trois thèmes d’actualité – par exemple politique intérieure, basket-ball et nouveau film -, News at Seven se charge du reste. Il parcourt une série de sites d’informations pour trouver des textes pertinents, qu’il raccourcit. Puis il les envoie vers un logiciel de synthèse vocale, qui crée deux fichiers audio – une voix d’homme, et une de femme. Les textes sont aussitôt dits à l’écran par Zoe et George.
Pour les critiques de films, News at Seven apprend à faire le tri entre les articles élogieux et négatifs, grâce à un dictionnaire de mots-clés. En même temps, il cherche sur Internet des vidéos pouvant illustrer les thèmes choisis, et les insère dans l’émission.
Dès le lancement des projets, les responsables d’Infolab avaient poussé les jeunes chercheurs à aller faire des stages de formation à l’école de journalisme Medill, rattachée à l’université. Nathan Nichols, diplômé d’informatique travaillant sur News at Seven, se souvient qu’au début la collaboration n’était pas idéale :  » Des étudiants demandaient à leurs profs : faut-il vraiment aider ces gens à détruire nos futurs emplois ? Et certains profs semblaient assez d’accord avec eux.  » Pour combler ce fossé, Infolab et Medill ont créé en 2009 un organisme commun d’enseignement et de recherche, le Centre d’innovation en technologie, médias et journalisme, qui va accueillir des étudiants venus des deux écoles et leur apprendre à travailler ensemble. Le rapprochement se fait aussi avec la grande presse. Bill Adee, directeur du département numérique du Chicago Tribune, est venu à Evanston pour étudier une éventuelle coopération avec Infolab sur des projets à venir, notamment des outils de veille pour repérer les sujets qui agitent Internet. Il a aussi invité plusieurs fois MM. Birnbaum et Hammond à la rédaction du Chicago Tribune :  » Je leur donne des conseils pratiques, en adoptant le point de vue du journaliste. Ça les aide à concevoir des outils qui nous seront réellement utiles.  » M. Adee ne s’intéresse pas particulièrement à Stats Monkey, mais il sait que, face à ce rapprochement, certains de ses confrères pourraient se sentir menacés :  » Dans tous les journaux, il y a des gens qui passent leur temps à écrire des comptes rendus de matches. J’espère que, si on leur en offre la possibilité, ils seront capables à l’avenir de faire autre chose.  » De même, Larry Birnbaum est conscient de l’impact de ses inventions :  » Nous sommes en train de créer un paysage médiatique que nous ne comprenons pas encore, mais nous savons déjà que l’organisation économique des médias devra s’y adapter. Le défi sera d’intégrer les valeurs classiques du journalisme dans ces nouveaux outils.  »
En attendant, d’autres équipes travaillent sur une demi-douzaine de projets qui viendront compléter la panoplie d’Infolab. Le chercheur Francisco Iacobelli construit ainsi un système intelligent baptisé Tell Me More. Il commence par mémoriser un article politique publié sur CNN. com, puis il trouve d’autres articles traitant du même sujet, publiés par AP, Reuters, le Chicago Tribune. Si leur contenu est identique, il les rejette. En revanche, s’ils contiennent des informations supplémentaires (noms de personnes ou de lieux, chiffres, citations), il extrait les paragraphes concernés. Dans un second temps, Tell Me More va composer un nouvel article plus long et plus riche à partir du texte de CNN, auquel il aura incorporé, aux bons endroits, les phrases pertinentes tirées des autres articles. M. Iacobelli a testé ses méta-articles sur un panel de lecteurs :  » Ils ne voient pas la différence avec un texte écrit par un seul auteur. Il faut dire que, très souvent, les journalistes sautent d’un sujet à l’autre sans transition.  » Combiné à Stats Monkey, on imagine ce que pourrait donner Tell MeMore…
Aucun aspect du journalisme n’échappe à Infolab. Patrick McNally, étudiant-chercheur, met au point un système de fabrication de bandes dessinées appelé Manatee Comics. Son but est de démonter, reproduire et automatiser le mécanisme des plaisanteries basées sur une comparaison, une chute inattendue, un paradoxe… A ce jour, les résultats sont assez déroutants, mais M. McNally semble sûr de lui :  » Je vais prouver qu’une machine peut générer du contenu humoristique de façon robuste et régulière.  » A terme,toute intervention humaine sera éliminée : Manatee Comics choisira le sujet de sa BD du jour en allant consulter Google pour connaître les événements les plus recherchés et les plus commentés par les internautes.

Texte Yves Eudes © Le Monde électronique du 10 mars 2010
Dessin © dominiquecozette

Nota : Pas de billet demain, peut-être un dimanche. pas sûr. Sinon, lundi. Bon WE !

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Allez les verts caca d’oie !

26/02/2010 Comments off

« Il existe deux conceptions du développement durable. Celle symbolisée par Nicolas Hulot se résume à « polluer un peu moins pour pouvoir polluer plus longtemps » : elle a le gros inconvénient de diluer les responsabilités. L’autre  conception est incarnée par la présidente du Medef Laurence Parisot, qui affirme que si un peu de croissance pollue, beaucoup dépollue; ou par Claude Allègre qui appelle à passer d’une écologie dénonciatrice et culpabilisatrice à une écologie réparatrice. Cette nouvelle écologie veut adapter la planète aux besoins du productivisme en étendant le champ de la marchandisation à la nature grâce à la monnaie carbone. Ce capitalisme vert tend à réhabiliter le monde de l’entreprise et celui de la technoscience, au moment où l’on commençait à les montrer sérieusement du doigt. Les firmes capitalistes ne sont plus les acteurs de l’effondrement écologique mais les nouveaux chevaliers verts. Merci Yann Artus-Bertrand et toutes les ONG financées pas les firmes ! »

Texte © Paul Ariès  (in Les Inrockuptibles) Dessin © dominiquecozette (ce n’est pas le portrait de Paul Ariès mais ça lui ressemble un peu).
Paul Ariès, militant écologiste, est rédacteur au Journal de la Décroissance et directeur du journal Le Sarkophage. Il fut l’un des organisateurs du contre-Grenelle de l’environnement à Lyon, le 6 octobre 2007. Il a publié plusieurs ouvrages dont Apprendre à faire le vide : pour en finir avec le » toujours plus ».

Bonus du Libé du jour « Il ests possible de reconnaître un secteur polluant à son nombre de publicités faussement écologiques. Plus l’activité est polluante, plus les indistriels ont recours à l’écoblanchiment ! » Stephen Kerckhove, délégué général de l’association Agir pour l’Environnement.

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Journaliste, boulot de merde ?

25/02/2010 un commentaire

A la question des Inrocks « Pourquoi avoir choisi d’en faire un livre et pas un feuilleton pour un magazine ? » Florence Aubenas répond :
« Je crois qu’il y a un certain nombre de sujets sociaux — les sans papiers, la précarité — qui posent problème pour les journaux. Ils veulent les traiter tout en craignant d’avoir l’air ennuyeux, sinistres pour le lecteur. Face à ce type de sujets que les journalistes proposent, j’ai vu des générations de chefs de service lever les yeux au ciel, commander cinq feuillets et les réduire à deux, voire ne pas passer le papier du tout. Si la presse jouait pleinement son rôle d’intervention, d’engagement, ces papiers passeraient. je ne me voyais pas aller en réunion de rédaction au Nouvel Obs pour dire que je voulais faire de longs articles sur les femmes de ménage ou la précarité. Traités au cinéma ou dans les livres, ces sujets prennent une autre dimension. (…) J’ai pris un an de congé sans solde, j’avais mis de l’argent de côté. Et, surtout, je ne voulais pas faire un livre « Moi, femme de ménage ». je suis très amie avec l’artiste Sophie Calle et, même si ma démarche n’est pas la même, peut-être son culot à se mettre dans certaines situations m’ont-ils contaminée. »
A lire, forcément, il y a de l’humanité dans ce livre mais ma petite librairie ne l’a pas encore reçu. Je préfère l’acheter chez les petits commerçants vu que le prix est le même* ( qu’à la FNAC où les salariés ne sont pas très bien traités, comme c’est bizarre, et qui appartient à un très riche monsieur qui cherche à la revendre donc turbulences en vue… (* grâce à la loi Lang, merci Jack) et qu’un bouquin sur les précaires, on va pas enrichir un commerce libéral en l’y achetant.
Autre anecdote de Florence : les employeurs et consorts ne risquaient pas de la reconnaître bien qu’elle usât de son vrai nom et qu’elle fût très peu grimée, pour la bonne raison que quand tu es un précaire, tu passes totalement inaperçu, personne ne te regarde et a fortiori ne te voit…

Texte © Florence Aubenas/Inrockuptibles 17 fév 10. parlant de son livre « le quai de Ouistreham ».
Photo de mon balai** © dominiquecozette
** si vous avez une bonne vue, vous verrez le logo Carrefour sur mon balai. Ce n’est pas moi qui l’ai acheté mais j’aurais pu le faire moi-même  dans ce haut lieu de l’économie ultra-libérale vu que Jack Lang n’a rien décrété sur le prix des balais, qui sont donc forcément plus chers dans les commerces de proximité. Comme quoi c’est pas parce qu’on a de belles idées qu’on est une belle personne.

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Le dernier gag de Marcel Duchamp.

17/02/2010 un commentaire

«Marcel est incinéré au cimetière du Père-Lachaise. «Après son incinération, se souvient Paul Matisse, nous avons demandé de vérifier le contenu de l’urne. Bernard Monnier [le mari de  Jackie] et moi avons accepté. Ce que j’ai tout de suite remarqué parmi les cendres, c’était ses clefs. Elles étaient restées dans sa poche… [...] Elles étaient là, dans les cendres, elles n’avaient pas fondu. Pour moi c’était un miracle de voir cela, parce que cette question de secret, de clefs, a toujours tourné autour de Marcel et  de son œuvre. On nous a demandé si nous voulions récupérer les clefs. J’ai tout de suite répondu : « Non, on les laisse ».». Quelques jours plus tard, les cendres de Marcel Duchamp sont transférées au cimetière de Rouen.»

Tetxe © Marcel Duchamp, Bernard Marcadé, Flammarion, 2007,

J’ai trouvé cette anecdote dans le bouquin barré de Philippe Katerine « doublez votre mémoire », (journal graphique. Denoël 2007) et j’ai vérifié sur Internet. Katerine, dans ce bouquin, c’est une sorte de Lélu mais en bien mieux. Tout est écrit à la main et accompagné de dessins, collages  ou photos plutôt jetés. Ex : « encore un rêve qui revient souvent et qui m’est pénible. Mes sourcils restent bloqués très haut sur le front. Impossible de les faire redescendre. + image de lui où il a découpé ses sourcils à la hache pour les coller très haut. Ce genre… vous voyez. Bon, je l’avoue, c’est assez régressif comme humour, c’est pour ça que je l’apprécie.

Dessin © dominiquecozette

PS : Toujours en panne d’ADSL, qu’est-ce qu’ils foutent chez France-Télécom à part suicider leurs salariés  (non, c’est pas drôle !) donc ceci étant mon dernier blog de secours, ne m’en veuillez pas si vous n’en recevez pas pendant quelques jours. AU SECOURS !!!

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Au s’cours, de la littérature !!!

29/01/2010 un commentaire

« Quand je m’éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux mais je n’en ai jamais le courage. Des larmes ont séché au coin de mes paupières. Mes épaules ne me font plus mal. Des cheveux raides couvrent mon front. De mes doigts écratés je les rejette en arrière. C’est inutile : comme les pages d’un livre neuf, ils se dressent et retombent sur mes yeux. »

© Emmanuel Bove (Mes amis) né Bobovnikoff d’un père russe qui ne travaille pas et se partage entre la mère  de ses fils et une Anglaise très bourge. Léon, le cadet et leur mère, ne cesseront de vivre aux crochets de l’écrivain. Léon, terriblement jaloux et amer se demande pourquoi Emmanuel s’est marié puisqu’il les avait, eux. A 80 ans, ce frère ingrat cherchera encore pourquoi Bove les a abandonnés (il est mort depuis belle lurette, en 45).

On fait souvent l’amalgame entre Bove et Henri Calet, de son vrai nom Raymond-Théodore Barthelmess, né le 3 mars 1904 à Paris et décédé le 14 juillet 1956. C’est lui a écrit « ne me secouez pas, je suis plein de larmes ». Voici le contexte de cette jolie citation : « C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. »

Dessin © dominiquecozette

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Ecrivain, métier à risques

27/01/2010 2 commentaires

« Il est certain que la Quête de Plaisir Fugace diminue l’espérance de vie chez l’écrivain. Jacques Vaché est mort à 23 ans d’une overdose d’opium, Jean de Tinan à 24 de rhumatismes aggravés par une consommation d’alcools frelatés, Georg Trakl à 27 ans d’une overdose de cocaïne, Hervé Guibert à 36 ans du sida, Roger Nimier à 36 ans dans un accident d’Aston Martin, Boris Vian à 39 ans d’excès festifs sur cœur fragile, Guillaume Dustan à 40 ans d’une intoxication médicamenteuse, Guy de Maupassant à 43 ans de la syphilis, Scott Fitzgerald à 44 ans d’alcoolisme, Charles Beaudelaire à 46 ans de la syphilis, Alfred de Musset à 46 ans d’alcoolisme, Albert Camus à 46 ans dans un accident de Facel Vega, Jack Kerouac à 47 ans de cirrhose, Malcolm Lowry à 47 ans d’une overdose de somnifères, Frédéric Berthet à 49 ans d’alcoolisme, Jean Lorrain à 50 ans d’une péritonite consécutive à l’abus d’éther, Hans Fallada à 53 ans d’une dose de morphine, jean-Paul Toulet à 53 ans d’une overdose de laudanum… »
C’est dans le dernier bouquin de Beig-BD, là ousqu’il raconte sa gardav après ligne de coke sur capot. Des écrivains morts tôt d’excès (d’excès de morteaux parfois), il y en a un paquet qu’il a oublié* dans sa liste,  je n’ai pas le temps de chercher. Mais de mineurs, de couvreurs, de rockers disparus prématurément dans des accidents de bibine, substances illicites et dommages collatéraux, pas un mot ! Ah bon ? Il y aurait d’autres métiers à risques en dehors du sien ? Ben oui Fred ! Y a des gens qui vivent des choses aussi atroces que tes 30 heures au dépôt, y a des gens qui travaillent dans des conditions aussi épouvantables que les tiennes et qui ont aussi autant besoin de remontants que toi. Alors tu vois, Fredo, t’es pas tout seul, Fredounet, y en a aussi des palanquées  qui ont subi l’inénarrable choc du divorce parental, et aussi le départ irrémédiable du frère aîné vers sa vie d’homme et puis, Fréfré, qui n’arrivent pas à rester longtemps avec la même femme ô que c’est triste tout ça et aussi… quoi ? Qui ont ton nez et ton menton ? Non, Frédéric, tu es seul dans ce cas, faut assumer mon vieux, tout le monde peut pas avoir en plus un physique traumatisant…

Dessin et fin de texte © dominiquecozette

* Ça fait bizarre de ne pas mettre au pluriel mais il s’agit d’un paquet, n’est-ce pas, comme le paquet fiscal ou le paquet de l’ami du président, Bigard…

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Projet pour réchauffer la terre

26/01/2010 Comments off

« En 1912, l’ingénieur new-yorkais Riker suggéra de construire une jetée de 300 km de long au large de Terre-Neuve, afin de modifier la dérive du Gulf Stream. “Les bénéfices de ceci seraient énormes, écrit-il. Toute la glace de l’Antarctique fondrait, ce qui améliorerait le climat mondial de deux façons. L’Europe et l’Amérique du Nord seraient libérées des tempêtes et des courants océaniques glaciaux. Et sans la glace du pôle Nord, le pack de glace du pôle Sud deviendrait la partie la plus lourde de notre planète. La force centrifuge redresserait alors la terre. Avec l’hémisphère Nord dirigé vers le soleil, l’Europe et l’Amérique du Nord pourraient espérer un climat plus doux.” »

Un homme louche. François Beaune (Verticales 2009)
Dessin © dominiquecozette

(J’ai cherché Riker sur Google, sans acharnement, et je n’ai rien vu là-dessus. Encore une invention fumeuse de cet écrivain).

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Pourquoi un ventre plat à tout prix ?

22/01/2010 Comments off

« Précision historique : les premiers restes de ventres plats ont été découverts en Egypte et remontent à environ quatre mille ans. Le ventre plat est une conséquence directe  de l’usage du profil dans les représentations picturales égyptiennes. Archéologiquement parlant, un hiéroglyphe à gros ventre signifiait la femme enceinte, et un hiéroglyphe à ventre plat la femme célibataire, en attente de partenaire. Le ventre plat au fil des temps est devenu une sorte de convention de langage, de sorte qu’aujourd’hui tout le monde comprend bien que les femmes qui cherchent à avoir un ventre plat nous signifient qu’elles sont ouvertes comme des huîtres à toute proposition. »

François Beaune. Un homme louche (Verticales 2009)
Dessin © dominiquecozette

(Ce bouquin est plutôt marrant, atypique, plein de théories fumeuses…)

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Un peu de psychologie féminine

21/01/2010 Comments off

« Parenthèse : ce que c’est que la « psychologie féminine » ? A priori une invention des hommes pour ne pas dire la « connerie des femmes ». Il n’y a rien à chercher dans cet abîme, si ce n’est que la « psychologie féminine »  est devenue une croyance répandue et vendeuse. La femme a des nichons alors elle est tenace. Elle n’a pas de pénis donc aucun sens de l’orientation. Elle peut avoir des enfants ce qui la rend angoissée, lunatique et frigide.
L’invention  de la « psychologie féminine »  semble légitimer des comportements catastrophiques et souvent obscènes, comme l’hystérie ou la désinvolture.
Emma, pas exemple, est une éponge poreuse. Elle ingurgite ce qu’elle entend, puis elle se souvient qu’en tant que femme elle est un peu tête en l’air. Alors elle se force inconsciemment à oublier tout ce qu’elle vient d’apprendre. Ce qui la ramène perpétuellement à son degré zéro et la maintient dans  cet état d’aliénation affligeant qui lui permet d’être un bon coup, une fille pas trop chiante. Fin de la parenthèse. »

François Beaune. Un homme louche (Verticales 2009)

Dessin/peinture © dominiquecozette

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Nouvelles al-art-mantes !

20/01/2010 Comments off

La rédaction du magazine britannique Artreview, « assistée d »experts » aux noms  gardés secrets, vient de classer les 100 personnes plus influentes de la scène artistique internationale actuelle. Parmi elles, six Français : les collectionneurs François Pinault (n°6) et bernard Arnauld (49), le diercteur du Centre Pompidou Alfred Pacquement (18), le galeriste Emmanuel Perrotin (64), le critique d’art Nicolas Bourriaud (68) et la sculptrice Louise Bourgeois (75).

A quand un lieu d’exposition, dans la capitale, subventionnée par l’Etat ou par la ville, et prêté aux artistes ? Pourquoi le Grand palais ou l’Espace 104, entretenus à l’aide de nos impôts, ne remplissent-ils pas cette mission ? L’essentiel des lieux parisiens (soir 575 000 m2) sont depuis 2008 aux mains de VIParis, soit Unibail-Rodamco, une foncière immobilière membre du CAC 40, ayant passé un accord avec la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le Salon d’art actuel MACParis vient de lui louer l’Espace Champerret (500 m2 , 5 jours durant) « entièrement aménagé » pour … 205 000 euros. L’artiste souhaitant une prise électrique sur son stand devait débourser 75 euros supplémentaires, entre autres.*

Texte rubrique « bref » dans Artension jan/fev 2010.
Dessin © dominiquecozette * bien placée pour le savoir.

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Enfance de lard(on).

19/01/2010 Comments off

« J’ai joué du clairon dans la phalange enfantine des sapeurs pompiers de Reims et de la trompette, dite d’harmonie. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais je faisais partie de ces gens qui pensent que ce n’est vraiment pas pour eux, les choses artistiques. Mes parents espéraient pour moi un boulot à la poste. Une bonne place et en plus, on a les vêtements, on n’use pas trop ses vêtements personnels. Plus tard, ils ont été très inquiets, ils ne comprenaient pas trop ce que je faisais, je travaillais vaguement dans des journaux où on écrivait « ta gueule ! » à la une. Ça ne pouvait pas bien être intelligent tout ça. Moi, je suis venu un peu par hasard à l’écriture, à l’inverse des gens qui écrivaient déjà des poèmes dans les marges de leurs cahiers. Le contraire des gens comme mon fils. Nous, les gens de 45 ans* d’un certain milieu, on a l’impression qu’on a tous les mêmes gosses, des gosses pas cons mais qui ne foutent rien, qui dessinent ou qui grattent un peu la guitare, qui ne savent pas ce qu’ils vont faire. Ce qui est certain, c’est qu’ils ne vont pas aller à l’usine ou à la poste. C’est seulement dans les sphères artistiques qu’ils cherchent. Ils ne voient pas ce qu’ils pourraient faire d’autre que d’écrire des livres ou d’enregistrer des disques. Pour moi, c’était tout à fait le contraire. Tout ça n’était pas pour nous. »

Très vieil extrait d’une interview de Jackie Berroyer réalisée pas Sylvain Bourmeau et Gilles Tordjman, vraisemblablement aux Inrocks dans les 90’s. (* Berroyer est né en 46)
Dessin © dominiquecozette

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Petit homme

05/01/2010 Comments off

Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France,
de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène :
il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé « .

Victor HUGO, dans  » Napoléon, le petit  »
Réédité chez Actes Sud
Dessin © dominiquecozette

(Entendu Besson ce matin, horreur, je l’avais espéré englouti dans un bug New year ! Pouah !

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Deux siècles d’aveuglement

28/12/2009 Comments off

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre que leurs parents ont conquise.
Devine qui l’écrit ? Thomas Jefferson, président des Etats-Unis. Devine quand ? En 1802, tu entends : 1802 ! Deux siècles d’aveuglement volontaire ! LA PASSION D’IGNORER. LA PASSION D’IGNORER. LA PASSION D’IGNORER. »

Texte de Lydie Salvayre.  (BW. Ed. Fiction & Cie 2009)
Photo © dominiquecozette

Dans ce bouquin, Lydie Salvayre prend la plume pour raconter l’histoire de son compagnon éditeur, BW, qui devient aveugle. Il évoque particulièrement une enfance humiliante car ils étaient pauvres et il ne pouvait pas le cacher, d’abord parce qu’il était le seul boursier. Sa mère lui fabriqua un blouson en skaï bleu, immettable, qu’il planquait avant d’arriver à l’école, mais il devait quand même garder le pull tricoté main marron à rayures vertes, car il n’avait rien en dessous,  et faire comme si c’était délibéré. Il avait des pantalons aux ourlets rallongés. Son père, hors une camionnette de service, n’avait qu’une mobylette avec un chariot dans lequel il emmenait parfois son fils, la honte totale. Je vous raconte tout ça parce que c’est un sentiment que j’ai pu aussi frôler, jeune, plus parce que mes parents n’avaient pas le souci du paraître et qu’ils étaient très occupés par leur boulot que par leur niveau de vie qui était convenable. A côté d’autres enfants toujours très bien « tenus », il y avait toujours un truc qui clochait. Mais j’aime bien avoir eu ça.

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Déjà, les risques du vaccin contre la grippe fin des 70’s.

29/11/2009 Comments off
Mademoiselle Drôle de Cuisse

-    Vous vous souvenez des gens qui s’étaient retrouvés paralysés après avoir été vaccinés contre la grippe ?
Burke secoua la tête n égativement.
-    Je me rappelle, dit Mary-Ann.
-    Eh bien, c’était le syndrome de Guillain et Barré. Je veux dire que c’est ce syndrome qui est la cause de la paralysie.
-    Mais, dit Mary-Ann en fronçant les sourcils, Michael n’a jamais été vacciné contre la grippe.
-    C’est l’une des causes possibles. On ne sait pas vraiment ce qui cause ce syndrome, en fait.
-    Mais … qu’est-ce que ça fait ?
-    C’est une paralysie qui remonte. Généralement, ça commence dans les pieds et les jambes et puis, … eh bien, ça remonte.
Il baissa les yeux et pianota sur ses cuisses.
-    Le plus souvent, il disparaît.
-    Jon, il n’est pas…
-    Le seul véritable danger, c’est lorsque ça gagne le système respiratoire. Si la paralysie progresse suffisamment pour empêcher la respiration, il faut faire une trachéotomie pour permettre…

(Et l’écrivain évoque la mort qui peut survenir. Mon père l’a eu très gravement dans les années 70, c’était mal connu , puis s’en est remis à 90%. Ça a été très long. Un de mes voisins en est mort à la même époque à 25 ans. Un petit ami de 10 ans l’a eu l’an dernier, dur et long, il s’en est complètement remis. Et d’autres, un peu moins bien. Une saleté de maladie, il faut bien dire).
PS : Je n’ai pas d’opinion tranchée sur la nécessité de se faire vacciner. Je trouve la démarche de gouvernement suspecte comme à chaque fois qu’il s’agit de gros sous. On a toujours l’impression de se faire bourrer le mou. Du coup, méfiance légitime.

Texte extrait des Nouvelles Chroniques de San Francisco. 1980 © Armistead Maupin
Dessin © dominiquecozette

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De qui est l’enfant ?

23/11/2009 Comments off

« J’ai eu un rapport le 16 décembre avec mon copain et le 24 décembre avec le meilleur ami de mon copain parce que j’avais rompu et je croyais que c’était pour de bon et je me sentais seule et je n’ai pas eu de règles quand je les attendais le premier janvier et depuis mon copain est revenu il veut faire sa vie avec moi et hier je me suis mise à vomir et j’ai fait un test je suis enceinte. De qui est l’enfant ? » *

Texte tiré de « le choeur des femmes » de Martin Winckler (09), superbe pavé sur les femmes, leur corps et la façon de les soigner. Bien que le début soit un peu démotivant parce que l’interne qui est une femme parle plutôt comme un macho, mais finalement, c’est fait exprès.
Peinture sur tôle © dominiquecozette

* J’ai connu une fille qui s’était posé la même question mais elle savait que le problème serait réglé dès la naissance puisque l’un de ses deux amants était indien et l’autre très blond. De ce fait, elle n’a pas pu faire endosser la paternité à l’un des deux durant sa grossesse. Donc ni après, je suppose car je n’en sais pas plus. L’enfant doit avoir une vingtaine d’années aujourd’hui.

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