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Archives pour la catégorie ‘fictions’

Balle de neige

20/01/2013 Comments off

Moi, j’ai le sens de la blague ! Enfin, j’avais. L’an dernier, pour me marrer, j’ai mis une boule de neige au congélo en pensant que, aux beaux jours, je l’enverrai dans la tronche de quelqu’un, au débotté. Vous voyez le topo ? Une boule neige en plein mois de juin ! Lol de chez lol, non ?
Sauf que ça s’est passé d’une sale façon. Mon interphone ne marchait plus, j’attendais mon fils, pas le grand dépendeur d’andouille qui passe ses nuits en gardav, l’autre, l’intelligent, çui qui travaille chez Free sur la ligne chaude. Claude-Jean qu’il s’appelle. Claude-Jean arrive donc un soir pour mon anniv, c’était le 14 juin, il m’appelle de son phone pour que je lui ouvre la porte.
Ni une ni deux, je me dis comme ça : tiens ! c’est le bon moment pour la boule de neige dans la tronche. je vais chercher la Tupperware où elle était stockée, j’ouvre la fenêtre, je la laisse tomber droit sur la tête de Claude-Jean qui avait le nez en l’air vers moi, me préparant à la grosse rigolade. Mais ça a pas été rigolo du tout. Dès que la boule l’a touché, il s’est recroquevillé sur lui-même et est tombé sur le trottoir. Des gens se sont précipités vers lui, il y a eu un affolement général, j’entendais les gens qui disaient faut appeler le Samu.
Et puis le Samu est arrivé. J’ai préféré rester là-haut, j’ai un problème avec mes bêtises. Et puis j’ai appris qu’il était tombé dans le coma. Je suis allée le voir, c’est quand même la moindre des choses. Il y a eu une enquête mais personne n’a parlé de neige congelée ou quelque chose d’approchant. Ça avait dû sécher avec ce cagnard. Il paraît que les flics, ils ont ramassé des pierres pour en prélever les traces d’ADN. Je me dis heureusement que ça a fondu, de toute façon, ça ne changerait rien que je me dénonce,  j’aurais encore des problèmes avec les services sociaux, tout ça.
Quand je vois cette neige qui tombe, je reste chez moi, je n’ai pas envie d’en faire des boules croyez-moi. Claude-Jean est sorti du coma mais par la petite porte. Un morceau de lui est resté dedans. Il fait de la rééducation pour récupérer la parole. Aujourd’hui, il a regardé tomber la neige en criant « neid, neid ! ». Sacré Claude-Jean ! j’y ai fait en lui caressant la cicatrice du crâne.

Texte et dessin © dominique cozette

Categories: fictions

Palpez-moi ça !

03/01/2013 un commentaire

J’étais dans un bon restaurant mi-gastronomique, mi-gastro-entérique avec un jeune homme louche comme un bol de caviar et riche de naïveté enfantine, qui goûtait les premiers escargots de sa courte vie. Il y mettait du coeur et de la bonne volonté, d’autant plus qu’il avait été élevé au pays de Galles. Après dégustation enthousiaste du gastéropode, fallait voir comme il t’introduisait une mouillette dans la coquille afin d’en extraire le plus de sauce possible.
- Ben dis-donc, lui fis-je, on peut dire que votre émotion est palpable !
- est quoi ?
- palpable !
- palpable ? Vous voulez dire visible, peut-être ?
- Oui, voilà. Mais la mode journalistique, aujourd’hui, c’est de dire palpable.
- Mais palpable, ça veut bien dire touchable du doigt, non ?
- Oui mais ça veut dire aussi : évident. Et aujourd’hui, tous les commentateurs utilisent ce mot. Dès qu’un drame se produit dans le monde, attentat, carnage, exaction,  l’émotion est toujours palpable.
- C’est noté, dit-il en suçant ses doigts. J’adore manger avec vous, j’en apprends tous les jours, ajouta t-il en aspirant bruyamment le reste de beurre persillé enfoui au fin fond de la spirale.
- Ecoutez, Harry, on ne dit pas manger, on dit déjeuner ou dîner. Manger, ça fait plouc. Et on ne fait pas ce que vous faites, là. C’est parfaitement grossier, vous savez !
- Oh mais dites-donc, ça devient pénible de bouffer avec vous. Vous êtes une casse-couilles de première et je dis ça sans avoir besoin de me les palper. Fuck, quoi !
Là, j’explose de rire car c’était l’effet recherché : le faire sortir de ses gonds. D’abord interloqué, il reprends son petit minois d’effronté avant de parler la bouche pleine :
- Oh, je suis soulagé ! J’ai cru que vous n’étiez pas prête de me réinviter à baffrer (sic) !
- Harry, pour la dernière fois : pas PRÈS de. Comme si on disait : pas près de Paris. Car ça, c’est rédhibitoire, mon petit. Si vous continuez à commettre cette erreur, je peux vous assurer que je ne suis pas prête à passer l’éponge.
- Je ne comprends rien à votre langue, dit Harry, mais je trouve que, malgré tout, vos seins sont très palpables !
Il tendit ses doigts luisants de graisse vers mon buste épanoui de reconnaissance.
- Ah, on s’essuie les mains avant, petit bougre !
Bien heureusement, j’étais prête à tout, tout près de flancher dans ce boui-boui où j’avais eu la prudence de réserver un salon privé.

Dessin et texte © dominique cozette

 

Categories: fictions

Arrête de lire, Henry, s’il te plaît !

30/11/2012 Comments off

Et si tu allais jouer au cerceau ? Ton grand-père a fabriqué ce beau cerceau dans un fût, regarde comme il est rond…
Oh, j’ai une idée ! Si tu jouais à cache-tampon avec tes cousins ? Vous êtes tous tellement joyeux lorsque vous jouez ensemble !
Amuse-toi avec cette grosse toupie… Non, tu ne veux pas ? C’est amusant, pourtant !
Jouez à la grenouille, ou au pousse- billes, ou au remonte-balle, non ?
Oh, Henry, regarde ça, c’est un jeu de puces, va chercher ton frère, je vais vous apprendre… Si, je t’assure, c’est trop drôle !
Ou encore la longue paume, la patate, les petits chevaux, le jacquet, colin-maillard, je ne sais pas, moi, joue à ce que tu veux, tiens, masturbe-toi même,
MAIS ARRÊTE DE LIRE, HENRY, ARRÊTE DE LIRE !!!

Je viens de finir l’enfant rieur de Henry Bauchau, très beau récit de ses trente premières années, vraiment très très bien. Je ne vais pas vous en faire une tartine, c’est juste pour vous dire que ce qui m’a énormément étonnée, c’est la réaction de sa mère au fait qu’il se gave de lecture. Sa mère, figurez-vous, considérait les livres comme des objets diaboliques et dangereux parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a dedans. Et elle essayait par tous les moyens de détourner son fils de cette coupable activité. Rassurez-vous, c’est moi qui ai tout inventé, bien sûr qu’elle ne va pas l’inciter à l’onanisme, d’ailleurs, est-ce que seulement elle imaginait que cela pût exister ?
Bref, elle ne parvint heureusement pas à détourner Henry Bauchau de la littérature et c’est tant mieux pour nous !
Bon alors vous aussi, parents responsables, n’empêchez pas vos enfants de lire, de dévorer … comment ça, ils ne lisent pas ? Quoi, les jeux vidéos, les écrans, le web, les Ipad, les téléchargements mais… mais… essayez de les intéresser à d’autres choses ! Les billes, le bowling, le hoola hoop, le skate, le monopoly, si, si, ouais bon, ben quoi, pfff, c’est vendredi en même temps, on peut pas être caustique toute la semaine, non ?

Texte calamiteux et dessin © dominique cozette (qui irait me piquer ça, hein ?)

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Le jour où je suis sortie de mon contexte.

04/10/2012 Comments off

Je commençais ma carrière de future députée, j’apprenais à manier la rhétorique, à détourner les sujets, à affûter la langue de bois, à noyer le poisson, utilisant parfois des éléments de langage, usant grossièrement de mauvaise foi et d’éhontés mensonges tout en accumulant d’infidèles followers.  Bref, je suivais mon petit bonhomme de chemin politique quand soudain, le dérapage : la sortie de contexte ! Quelqu’un me prit à partie, m’agressa, me postillonna dans le nez :
- q’vous foutez là ?
- vous voyez, je creuse mon sillon …
- balivernes ! C’est pas vot’ sillon !
- j’ai juste glissé  !
- sachez-le, ma chère, z’êtes dans mon contexte à moi !
- ???
- Vous êtes sortie grave du vôtre. Et ici, c’est le mien.
- Ah.
- Ben oui. Y a pas de « ah » qui tienne !
- Bon. Ben je vais retourner dans le mien, alors . C’est par où ?
- Je me marre !
- …
- Je me marre ! C’est trop facile, comprenez ? Vous sortez de votre contexte et après vous prenez l’air con ! « Ah, j’savais pas, c’est comment qu’on fait pour revenir » ? Pathétique, ma pauvre !
- OK, OK, m’énervé-je. Je fais quoi là, hein ?
- Rien, y a plus rien à faire. Quand t’es sortie, t’es sortie. C’est fini. Ça s’répare pas. On ne revient pas. Terminé.
- C’est pas la mort…
- C’est juste astigmatisant !  Ça peut être estrêment négatif ! R’gardez les autres politicards ! Z’aiment pas que ça leur arrive ! Perdent des points parfois ! Des élections ! Alors si vous voulez un conseil, dégagez, hop  ! Allez, bien le bonjour !
Je fis demi-tour et m’éloignais de lui, l’air décontracté.  Quand je l’entendis hurler :
- Et la parenthèse, c’est moi qui va la fermer, la parenthèse ?
- Vous savez quoi ? haussé-je le ton,  je vous tacle et vous retacle et bien profond en plus. Au plaisir, cher ami !
Je claquai la parenthèse avec fracas — quelques guillemets se brisèrent —  et retournai hashtaguer dans le timeline des twittos anonymes. Non mais !

Texte et dessin © dominique cozette

Categories: fictions

Rendez-moi mon sourire !

06/07/2012 un commentaire

Un matin, je sors guilleret de chez moi et je croise ma jolie nouvelle voisine. Vous auriez fait comme moi : je lui souris. Malheureusement, elle me rend mon sourire ! Mon sang ne fait qu’un tour ! Je me replace devant elle et lui refais un sourire. Elle me le rend encore, quoi qu’un peu plus crispé, mais bon, je le reconnais, c’est le même. Un peu plus crispé.
Ma bonne humeur s’envole d’un seul coup. Je la trouve saumâtre. Je m’approche d’elle et lui demande, sans aménité, pourquoi elle me rend mon sourire.
Elle reste bouche bée, ça ne m’étonne pas.
Puis se décide à répondre : Mais … vous m’avez souri le premier, non ?
- certes, et sans mauvaise intention.
- Alors moi, je vous ai souri.
- Vous m’avez rendu mon sourire. On peut dire ça, non ?
Gênée, elle fronce ses sourcils effilés.
- Si on veut, on peut dire ça.
- Pourquoi me l’avez-vous rendu ? Il ne vous plaisait pas ?
- Mais… c’est une expression !
Bien sûr que le sourire est une expression, elle me prend pour un béotien ou quoi ? C’est même une des expressions les plus aimables qu’un visage peut prendre lorsqu’il veut faire preuve d’empathie.
- Je sais, mademoiselle, que c’est une expression. Mais ce sourire, je vous l’ai adressé de façon candide, c’était un cadeau, certes modeste, mais sincère.
Elle refronce ses sourcils et le rose lui monte au front. Néanmoins, je poursuis : Me rendre ce sourire constitue non seulement une incivilité notoire mais en plus, c’est blessant.
- Vous plaisantez, là ?
- Ah non, je sens même la moutarde me monter au nez !
- Vous êtes vraiment dingue ! Laissez-moi passer.
- Pas avant que vous ne vous soyez excusée…
- Vous voulez des excuses ? En voilà une !
Et vlan, elle ma envoyé une baffe, mais une baffe ! Une vraie torgnole. Comme je suis un honnête homme, que mes parents m’ont bien élevé, je ne la lui ai pas rendue.
Un partout.
Hier, nous nous sommes croisés devant les boîtes. Je lui ai donné le bonjour.  Elle ne me l’a pas rendu. Je suis heureux de voir que la situation s’améliore, qu’elle n’est pas rancunière. Je souris intérieurement et décide que demain, je passe à l’attaque, je lui donne un baiser.

Texte et dessin © dominique cozette

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Definition : canicule

28/07/2011 un commentaire


Canicule
; nf, du latin canicula, petite chienne.
Petit os qui pue situé dans le fondement du chien (ne pas confondre avec occiput) et qui a permis à cette espèce, de par ses émanations olfactives suivies de reniflements amicaux, de s’autopacifier. L’homme, qui ne possède pas cet os, utilise souvent l’expression « je ne peux pas le sentir ». Moins on peut le sentir, plus on a envie de le bombarder. D’où l’invention de la bombe déodorante grâce à laquelle on peut se re-sentir.
Par glissement sémantique, exprime aussi une température de l’air excessive et relativement durable qui exacerbe les odeurs corporelles. D’où les expressions « avoir mal à la canicule » et « la canicule passe, la caravane aboie ».

Texte et dessin © dominique cozette

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Le ver est dans l’escalier

18/07/2011 un commentaire

Concierge d'Henrillette

Samedi, je vais voir Henrillette, ma copine du Mans venue de Côte d’Ivoire. Elle habite un étroit meublé derrière la place Kichy, comme elle dit, au septième étage sans ascenseur, de toute façon il sent la pisse et ne bouge plus de là où il est, entre le rédécé et le 1er.
Sept étage à gravir avec le risque d’y trouver ce que l’humanité a de plus craspec, c’est pas marrant, personne ne rit, tout le monde en chie, surtout les gens de la Côte d’Ivoire qui n’étaient pas habitués à des habitats en hauteur. Je dis ça, je dis rien. Mais je me comprends.

J’entame mon ascension et ça commence : je vois un ver. Un gros ver dans l’escalier, menaçant comme un élu du PS qui serait passé à droite. Et aussi vilain. Pouah. Impossible de l’enjamber, un ver ça ne s’enjambe pas et je sais de quoi je parle.

Je redescends fissa et affolée, et me poste devant la loge à la concierge (ici, on ne dit pas la loge de). Soudain me saute aux yeux l’écriteau, péniblement calligraphié, jauni et moucheté de chiure « la concierge est dans le fruit ».! Si la concierge est dans le fruit, comment lui dire alors que le ver est dans l’escalier ?
Un enfant antédiluvien s’interpose : Madame, moi je sais ce qu’il faut faire : il faut battre le ver pendant qu’il est chaud.
Nullement motivée, je tente d’appeler Henrillette du Mans sur son iphone portable sans fil (c’est comme ça qu’elle appelle son antique Tam-tam, ça fait « plus mieux ») mais pas de réponse, ce qui est normal car pour la contacter, il est préférable d’utiliser le téléphone arabe. Encore faut-il posséder le numéro.
Je me dis tant pis, suis avalée toute crue par la bouche du métro qui rote quelques individus chelou dans ce quartier cramé et je file chez Serge Lama ou Arno Klarsfeld, je les confonds toujours, car j’éprouve l’irrépressible besoin de prendre un ascenseur, quel qu’il soit. Mais propre et en état de marche.

Texte et dessin © dominique cozette

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Avant, dans les années 10

27/06/2011 Comments off

Avant, dans les années 10 — c’est mon ancêtre qui m’a raconté — on se reproduisait en faisant des petits dans son ventre. Puis on les nourrissait avec le lait de son  sein (j’arrive pas à l’imaginer). Les hommes et les femmes avaient des rapports sexuels quand ils voulaient, mais avec l’espoir que la fécondation réussisse (!!!). Sinon, c’était pour se faire plaisir (!!!). Je ne vois pas bien. Plaisir ! Rien que ce mot, ça sent le moisi. Le ventre ? C’était une partie du corps. Quoi, le corps ?
Ecoutez, arrêtez de poser des questions, sinon, je n’y arriverai jamais. C’est vrai, c’est très difficile de penser qu’autour de nous — « nous »  s’appelait le cerveau—  il y avait le corps, un truc un peu grossier, qu’il fallait remplir tous les jours avec des trucs bizarres, chauds, froids, liquides, solides, colorés, odorants, mous etc… mais qu’il fallait aussi vider dans des endroits secrets. Il fallait le faire remuer, on s’en servait pour aller (quand on rencontrait un autre corps, on demandait si ça allait), il perdait des substances liquides, après il s’usait, c’était un merdier, comment ils ont pu vivre de cette façon aussi … primitive.
Avant, il y avait des endroits pour les corps, des maisons, qu’on remplissait de choses manufacturées par des gueux. Des trucs qui ne servaient à rien : des tablo, des biblo, de la déco, des gadgets… C’est bizarre de penser qu’ils s’encombraient ainsi. Et aussi, qu’ils rêvaient de posséder ces choses qui faisaient tellement envie à leurs amis, qu’on exposait dans des vitrines (voir ce mot dans le glossaire). Ah oui, parce qu’ils avaient aussi des amis en vrai, des corps en chair et en os qui venaient les voir (!!!), voir quoi ?, et parler.
Avant, on s’habillait. On couvrait son corps de substances de toutes sortes qu’il fallait changer non seulement tous les jours, mais encore toutes les saisons. Il fallait en acheter tout le temps pour avoir une bonne image (je n’ai pas bien compris le concept). Il y avait des saisons, régulièrement. Les corps partaient en vacances, ça veut dire qu’ils allaient tous ensemble dans les mêmes endroits pour … se reposer. Mais, disait mon ancêtre, il ne fallait surtout pas se reposer pour pouvoir se fabriquer des « souvenirs ». Une sorte d’historique qui se devait d’être conforme mais différent, plus criard en quelque sorte.
Et puis il y avait les distractions. Il ne fallait pas qu’on s’ennuie (???).  L’ennui c’est une sorte de vacuité, si j’ai bien compris. Donc on remplissait le vide avec des trucs qui gavaient, qui bougeaient, qui faisaient du bruit, qui enivraient…
Je ne sais pas si c’était mieux avant. Cette existence purement cérébrale à laquelle nous avons abouti représente un idéal au-delà duquel l’évolution n’est plus envisageable. A moins d’un imprévu, d’une surprise. Nous ne sommes pas à l’abri d’une mutation. Qui a dit « poil au morpion » ? Vraiment, on peut s’interroger sur le progrès de l’espèce humaine…

Texte et dessin très approximatif et assez vilain, j’en conviens © dominique cozette. Enfin, non, pas de copyright pour le dessin, qui voudrait piquer un truc pareil ???

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Ma nuit avec la star

24/06/2011 un commentaire

Ma lentille !

C’est une star énorme. Quand je dis énorme, je ne parle pas de son physique ! Comme la plupart des hommes formatés par leur époque qui est celle d’aujourd’hui, je préfère les minces, les maigres, les longues tiges mais avec quelques rondeurs, même artificielles, bien placées, car c’est elles qui ont de la valeur de nos jours donc qui font bander les hommes comme moi, superficiels, un peu nases et d’une virilité assez douteuse. Cette dernière  étant dûe à la pétrochimie qui déverse sur la planète des tonnes d’oestrogènes et augure d’une mutation  qui donnera des seins aux mecs dans quelques décennies. Veinards ! Ils pourront enfin tripoter des nichons à longueur de journée sans être obligés d’acheter des fleurs ou d’inviter chez Lipp.
Donc star énorme quant à sa célébrité planétaire. Vous la connaissez tous mais pas question de livrer son nom. Non, non, je suis une tombe. Bref, à l’issue d’un shooting, elle m’a branché sans vergogne, me demandant de la raccompagner dans son domicile parisien, dans sa voiture avec chauffeur. J’exécutai de bonne grâce, étant venu dans cet espoir. Elle me fit monter puis, dans son intimité très kitsch, me prépara quelques babioles dans son « galet », c’est ainsi qu’elle appelle son bloc-cuisine au milieu de son loft. Mais avant, elle me demanda de faire le clap de début puis le clap de fin. J’ai besoin de ça pour me mettre dans l’ambiance, s’excusa t-elle. Je suis tellement trop actrice !
Nous bûmes en picorant des petites choses sucrées-salées de toutes les couleurs. Puis elle m’invita à faire un autre clap de début. Elle ajouta : vous ferez le clap de fin lorsque je serai nue.
Ce corps que j’avais vu sous toutes les coutures — c’est le cas de le dire — emballa vite mes sens mais j’eus la politesse de me contenir durant ce show très privé. Ce fut très gracieux, elle était très pro. Elle m’entraîna dans sa chambre ronde et sur son lit rond.
Avant même que je la touche, elle clapa et dit, d’une voix affirmée : moteur.
Je vous jure que ça fait bizarre. Je m’attendis à voir une équipe technique sortir des murs pour filmer nos ébats, cela me fis débander, légèrement, mais visiblement. Gentiment, elle dit : On la refait. Clap. Moteur ! Ça tourne. Ajouta t-elle. Cela ne contribua pas à me remettre en forme. Popaul se recroquevilla un peu plus. Alors, elle cria : Maquilleuse ! Et avant que je ne réalise, elle me prit en bouche et s’activa habilement à me rendre présentable. Elle me lâche et me redit : On la refait.
Clap, moteur, ça tourne. Silence sur le plateau !!! Hurla t-elle.
Je ne suis pas de bois — d’habitude, on dit ça pour le contraire —  je veux juste signifier que le bois dont on fait les flûtes s’étant à nouveau ramolli, elle rappela la maquilleuse pour arranger tout ça. Je lui suggérai, pour la nouvelle prise, d’être un peu plus sobre si elle voulait que la scène soit réussie.
Clap, moteur, ça tourne. Je me mis sur elle, banalement, et, au moment où je la pénétrai, elle cria :  Coupez ! On l’a !
Aïe. Ça fait mal. Très mal. Couper une érection, franchement, on ne me l’avait jamais fait. Pourtant, on m’en a fait !  La semaine d’avant, c’est la splendide brune qui me fit chercher sa lentille tombée sous le lit puis, au bout de cinq minutes, me montra les photos qu’elle avait prises de mes fesses pour sa « collec ». Elle ne baisait pas avec les inconnus.
Pour en revenir à notre histoire, je fus vertement  éjectée de son corps. Elle sauta du lit, me dit bravo, les essais sont concluants, on vous contactera, merci.
Je me rhabillai, la mine (pour être poli)  déconfite. Elle était déjà au téléphone lorsque je pénétrai dans le salon. Elle me regarda partir d’un air neutre.
Je fus mitraillé par un trio de paparazzi pré-retraités en sortant de l’immeuble. L’un d’eux ricana en mimant une paire de ciseaux. Je fis semblant de ne pas comprendre mais je vais vous dire, messieurs : arrêtez de fantasmer devant les actrices internationales, elles sont toutes timbrées.

Texte et dessin © dominique cozette

Categories: fictions

Les malheurs d’une sirène

18/11/2010 Comments off

- OK, t’es poisson, je lui dis. Mais il y a poisson et poisson … T’es quoi ? raie, espadon, brochet, esturgeon, requin-marteau ???
- Alors ?
- Alors, il me regarde en faisant : Ouh la la ! Ça doit pas être simple avec toi, hein ? Je préfère qu’on  arrête tout de suite.
- Alors ?
- Il s’est cassé ! Et tu sais quoi ? Avec mon hameçon dans la gueule ! En même temps, c’était un Wide Gap sans ardillon… Mais tout d’même !
-  Alors ?
- Quoi alors ? Alors rien ! t’es conne ou quoi  ? Je finis par ferrer un mec en trois semaine ! Trois semaines !!! Et je tombe sur ça. Même pas un gramme d’humour, t’as noté ?
- Alors ?
- Je me suis réconciliée avec mon petit canard qui vibre. Mais ce qui me gêne, c’est que j’ai l’impression de coucher avec Emmanuelle Béart !
- Et alors ?
- Rien. Ça pourrait être pire.

Texte et dessin © dominiquecozette

Categories: fictions

il aura la femme…

03/11/2010 Comments off

Ce con !  Il était là, à faire le kéké avec son Audi. On lui avait appris que s’il avait l’argent, s’il avait le pouvoir, s’il avait une Audi, il aurait la femme. Ah, pour ça, la femme, il l’a eue ! Elle ne s’est pas fait prier. Ça a commencé tout à fait conventionnellement, genre : c’est à vous, cette belle bouche à pipe ? A quoi, elle rétorqua : oui, j’aurais pas besoin de l’ouvrir bien grande avec toi, p’tite bite ! Et toc.
Deuxième round assez con : c’était le dîner le soir même avec l’intermédiaire qui devait l’introduire auprès du ministre, pour développer son marché en Extrême Orient. Entre autre. Et là, blam, qui s’assoit face à lui ? Elle, la femme de l’intermédiaire. Il se mis à bander dur et elle à lécher ses lèvres. La table était trop vaste pour qu’ils se fissent du pied. Ils le prirent un peu plus tard dans les luxueuses toilettes du Lieu (le nom du bazar), debout vite fait. Non seulement, elle était petite, mais encore elle était pressée. Je parle de sa queue. Elle apprécia. Elle n’aimait pas les porcs qui placent leur puissance là. Plus vite c’est fait, mieux c’est. Ils firent donc affaires (de cul) tous les deux, elle continua à l’appeler p’tite bite malgré ses atermoiements.
Ils partirent à Shangaï avec monsieur le Ministre et son intermédiaire aux frais du contribuable que je suis. C’était une vraie salope. Je veux dire une saleté. Qui ne pense qu’à elle et au fric de ces messieurs. Ça s’attire toujours, ces gens-là. Bref, elle lui en fit baver des ronds de châteaux, vomir des pépettes, paumer sa confiance, perdre sa mâle assurance. Elle l’essora avant de le quitter non sans avoir fait savoir dans le tout Paris-London-Zurich et Saint-Tropez, ses endroits, qu’il ne valait pas un pet au lit. Elle bousilla même son Audi pour lui apprendre à vivre. Elle l’oublia instantanément dans les bras d’un boxeur célèbre qui la remit dans le droit chemin, celui de l’humilité face à l’homme.
Quant à notre audiphile, la personne qui lui avait promis qu’il aurait la femme fut retrouvée nue et saucissonnée dans un parking de la porte Champerret, le visage broyé. C’est une sale histoire, non ? Mais c’était vraiment une sale pub !

Texte et dessin © dominiquecozette

Categories: fictions

Mon chauffeur de métro

27/10/2010 Comments off

   j’ai un tuyau faramineux à vous filer si vous voyagez en métro. Le meilleur conducteur, c’est lui. Il s’appelle Denis Lavigne — déjà ce nom qui fleure bon le nectar — il écoute les Fabulous Trobadors et il me file So Foot à la fin de son service. Surtout, il est confortable : jamais un coup de patin qui t’envoie valdinguer contre la mémère effarouchée, et toujours il t’informe d’une voix posée sur le pourquoi du comment t’es en rade dans le tunnel. C’est sobre, ce n’est pas l’autre, le Tony Truand qui raconte ses conneries, je dis pas que c’est mal mais ça  lasse.
Donc, je ne voyage plus qu’avec lui, ou, quand ce n’est pas possible, qu’il est en vacances, avec Sylvette l’Antillaise à la voix chantante. Sinon, je reste à quai. J’en ai soupé des conducteurs qui font durer le signal de fermeture des portes à te casser la tête, qui cliquent vingt fois sur le micro avant de passer une annonce — ou sans en passer, les cons — hurlent dans le micro comme si on était au Stade de France ou chuchotent comme s’ils disaient une horreur. Et qui klaxonnent quand ils croisent un collègue, soit toutes les deux minutes, qui te laissent moisir  sans rien dire quand tout s’éteint (remarquez, quand je roupille, c’est pas moi que ça gêne), qui pilent, qui ne disent rien quand c’est le terminus etc etc… C’est vrai que ça restreint mes déplacement tout ça, mais vous savez quoi ? J’habite dans le métro, alors tant qu’à faire, autant choisir son tôlier, non ?

Texte et dessin © dominiquecozette

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Touti rikiki maousse costo, la suite

20/10/2010 2 commentaires

Loukati lo souk !

Mais quelle peste, cette nana ! Toujours en train de gueuler. Et puis Grocradopoulo qui se laissait faire… Dix ans que ça durait ! Il faisait tout, le linge, les courses, l’aspi, le bricolage et le cunni du samedi soir. Jusqu’à ce qu’un jour, ce gros gentil rencontre un jeune et beau bonobo au rayon placoplâtre de Castorama ! Comme tous les bonobos, le jeune et beau bonobo n’était qu’amour et sexe. Il lui présenta sa croupe, qu’il avait rose et satinée. Grocradopoulo hésita un moment, un cours moment, juste pour réviser quel slip il avait mis le matin, ah ouf, un boxer. Et se mit à l’oeuvre. Avec coeur et douceur. De toute façon, dans ces magasins, y avait jamais de vendeur…
- Tu es mon premier gorille, s’amusa Bonobo. Et je t’avouerai que… c’était très bon ! Et pour toi ?
Grocradopoulo rougit sous son pelage et avoua :
- Tu es mon premier mec. Et tu vois, on m’avait toujours dit du bien des bonobos. Je confirme !
- Tu fais quoi, maintenant ?
- J’avais mon cours de langues-zoo, puis capilliculteur mais si tu veux, on peut aller manger une banane ensemble …
- T’es vraiment primitif, toi ! Mais j’aime ça. Allez, viens dans ma tribu, quand tu verras mes soeurs et mes frères, tu vas halluciner. Hé, ta grognasse, elle fait vraiment pas le poids. Mais quelle idée de t’emmerder la vie avec cette chimpy !
C’est ainsi qu’il quitta sa mégère, lui envoyant juste un SMS pour lui rappeler d’éteindre le four où rissolaient quelques ignames.
Fini Omo, les taches, les emmerdes. Chez les bonobos, on vivait à poil, les uns sur les autres, sens dessus dessous. Et l’un dans l’autre, il se sentit très heureux !

Le film Omo Micro, touti rikiki maousse costo, c’est ici.
Conception du film : Dominique Cozette et Elisabeth Bonamy. Voix de Martine Boéri et de François Jérosme. Le tournage avait eu lieu à Rome, à Cinecitta. La guenon, Peggy je crois, était « l’enfant » de deux hommes gay, ses deux mummies, qui l’avaient sauvée de je ne sais plus quoi. Ils avaient aussi une superbe orang-outang rouquine, Cristina, qu’on se repassait de bras en bras. La petite guenon, elle, était trop craintive pour les câlins. Le gros gorille était un animatronic avec un lilliputien indien dans la pelure. Mais on n’avait pas le droit de le dire aux journalistes car Lever trouvait que ça la foutait mal d’utiliser ainsi des petits hommes. Foutaises car il était très content du job. Il tournait plein de trucs dans des mini-décors sur des plateaux voisins et il avait même une mini-moto. Il allait se marier avec une toute petite dame et, nous, on s’amusait à les imaginer dans le grand duplex qu’ils pourraient tirer d’un 30 mètres carrés…

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Pépé mon moko…

17/09/2010 Comments off

Voici mon grand-père. Un chouette mec. Un mec qui a fait 14-18 (il a été trépané à vif mais n’en a gardé aucune séquelle hormis sa cicatrice « en trou de balle » comme il aimait à le dire). Il a fait aussi 39-45, puis 68 puis 69. Après, il en a eu marre des chiffres, il est passé aux lettres, a fait facteur, a sonné, sonné (le facteur sonne toujours deux fois) mais n’a jamais pris Kim Basinger sur la table en formica de la cuisine. Pauline Carton a bien proposé de se sacrifier mais il a fait la sourde oreille. Mon grand-père, Ernest il s’appelait, fumait une sorte de cigare roulé sous les  aisselles qui puait un peu le cigare roulé sous les bras, et mettait régulièrement dans le chasseur français (une revue) une petite annonce pour rencontrer une « femme jolie mais belle, capable d’aimer un homme sans foi, sans coeur et sensuel ». Evidemment, il ne recevait de réponses que de détraqués, hommes ou femmes pressant leurs furoncles de haine dans des missives anonymes. Avait-il si envie/besoin d’une femme, lui qui se complaisait dans la contemplation infinie des carpes et des libellules ? Oui, c’est ainsi qu’il appelait les jolies femmes du boulevard Arago qu’il voyait passer chaque été, et repasser et encore repasser, plus lourdes des ans, plus grisonnantes et trébuchantes. Vieillir n’est pas bon pour les femmes, disait-il, et c’était là son principal défaut. Il avait le culte de la jeunesse et d’ailleurs, ma grand-mère, quand elle a eu trente ans, a été priée d’aller voir ailleurs s’il y était. Et comme il n’y était pas, aux USA où elle vola, elle s’éclata comme une dingue avec Gatsby et toute la clique, bref, elle a trouvé le bonheur, a coupé ses cheveux, a porté un costard et fricoté avec Marlène D. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça, parce que j’ai mon expo de demain à finir, c’est pas vrai ! Il est déjà  trois heures ! Je suis une horrible procrastineuse, mais demain, vous verrez si vous venez, tout sera prêt et nickel. En principe…

Texte et photo © dominiquecozette

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Le chat

08/08/2010 un commentaire

Mon mec et moi, on ne s’entend pas. Depuis le début. Ce n’est pas une histoire de désamour — bien sûr, il y aurait à épiloguer —  juste un problème de communication. Mon mari articule mal et parle bas : je l’entends mais ne comprends rien. Moi-même articule peu et manque de conviction : il ne m’écoute pas. Il y a deux mois, j’en ai eu marre de prêcher dans le désert et lui ai annoncé que je le quittais. Que je prendrais mes biens un peu plus tard. Et qu’il n’y voie rien de personnel.
Son mutisme m’a manqué terriblement, étant remaquée avec un jacasseur. Mais le mal était fait. Au bout d’un mois, téléphone. C’était lui. Il voulait savoir si je ne voyais pas d’inconvénient à ce qu’il passe à la maison prendre ses affaires.
- Tes affaires ?
- Oui, mes affaires, mes livres, mon mixer-batteur, enfin mes trucs, quoi !
- Mais… je ne suis plus à la maison. Et justement, je comptais t’appeler pour en faire autant !
- TU N’ES PLUS À LA MAISON ????
- Depuis un mois. Bah et toi ?
- Pareil.
et en choeur : Merde ! Doherty !
Nous sommes arrivés ensemble devant la maison, nous empressant d’ouvrir au plus vite la putain de porte (j’écris comme un amerlock, maintenant) et criant : Doherty ! Doherty ! Comme d’hab, il ne s’est pas précipité vers nous mais nous l’avons découvert dans la cuisine, momifié, avec plusieurs boîtes de Ronron autour de lui dont une entre les pattes. Toutes avaient été griffées et mordues, et leurs étiquettes dévorées. Pauvre Doherty ! Quelle fin atroce !
Nous sommes tombés en pleurs dans les bras l’un de l’autre. Avons enterré Doherty dans le jardin de la maison abandonnée. Avons mis un peu d’ordre, vidé la poubelle qui puait, changé les draps et les serviettes, téléphoné à nos nouveaux compagnons pour leur signifier que c’était la fin de l’histoire.
Puis nous avons entamé une croisade (lettres diverses, ouvertes ou non, dépôt de statuts d’association, groupe sur facebook…) pour inciter les professionnels de l’alimentation animale à repenser le packaging de tous leurs produits afin que nos bêtes puissent les ouvrir en cas d’urgence. Enfin, nous avons décidé de communiquer entre nous via Internet et nos écrans. Doherty ne sera pas mort pour rien.

Texte et dessin © dominiquecozette

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