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Mot clé : ‘lionel duroy’

Mais qui est le sale bourge ?

21/02/2021 Comments off

Sale bourge est le premier roman de Nicolas Rodier. Le titre peut égarer, on peut penser que la racaille fait du mal au garçon bien propre sur lui de la couverture, mais on se trompe. C’est le bourge, qui est sale, parce qu’il est violent, parce que son milieu est pourri et que les valeurs inculquées sont de pures virtualités.
Dès l’intro, on apprend que Pierre est condamné à quatre mois avec sursis, mise à l’épreuve et injonction de soins pour violences conjugales. Il a 33 ans. Il va alors dérouler sa vie, mais de façon factuelle. Que des scènes isolées sans introspection, ni analyse, ni explication ce qui fait la force du livre. Le trait est incisif, les chapitres courts et denses et, selon le bon vieil adage de la royauté britannique « never complain, never explain »; on n’est pas ici dans une tentative de réhabilitation, d’indulgence ou de confession complaisante. Pas du tout. Le narrateur n’essaie jamais de nous entraîner sur ce terrain. S’il y a une chose que l’on peut déduire de sa violence, c’est qu’elle serait déterminée par celle de son éducation. Mais sans s’appesantir sur cette hypothèse.
Le premier chapitre de l’enfance, terrible, plante le problème : sa mère l’oblige à avaler ses carottes râpées, trop acides pour lui, il ne peut pas, il n’y arrive pas. Ses frères et sœurs, ses cousins et cousines sont tous à la plage, mais lui décide qu’il ne cédera pas, sous le regard cruel et froid de sa mère. Et la scène s’étirera jusqu’à ce que tous les jeunes reviennent, il est dix-huit heures, alors vite, pour qu’on ne se moque pas de lui, il avale tout. Sa mère « tu vois, quand tu veux ». Le soir, elle ira l’embrasser dans son lit en lui disant qu’elle l’aime.
Ils sont d’un milieu haut de gamme, bourgeoisie catho versaillaise, les écoles privées, puis les prépas et grands écoles, les domaines et propriétés familiales où ce petit monde se retrouve à chaque fête, ou événement ou rite, et aussi les interdits, notamment le nom du frère du mari décédé de bonne-maman, secret de famille qui pèse. Il y a l’obligation de réussite, d’être le premier de la classe. Il y a aussi les coups de cravaches, les coups de gueule du père qui, ne se mêlant de rien quand l’enfant est petit, devient tyrannique quand il flanche durant son adolescence. Il y a aussi le qu’en dira-t-on, les pressions de la famille pour que rien ne sorte, rien de mal, entre gens bien élevés, rien ne doit filtrer.
Pierre va se révolter, un jour. Drogue, alcool et sexe seront son ordinaire quelques temps, puis la philo et le retour, un peu obligé, dans le droit chemin.
La femme qui va le faire craquer, c’est Maud, belle, étudiante douée en médecine, facile à vivre. Et pourtant, parfois, il s’énerve d’un rien. Il doit se contenir. Il voit même un psy après un premier faux-pas. Mais il se sent parfois envahi par la violence, il a un mal fou à se maîtriser. Il ne se comprend pas, se prend pour un moins que rien. Jusqu’à ce que quelques récidives et que Maud ait atteint son seuil de tolérance. Alors le procès et la condamnation.
Au départ, on a l’impression de lire un « petit » roman mais au fur et à mesure, on est pris dans l’engrenage de ce que subit Pierre et on se laisse envahir par son mal-être qui, sans être développé dans le détail (comme dans les livres de Lionel Duroy), nous atteint profondément. D’après ce que j’ai lu sur l’auteur, ce n’est pas du tout autobiographique. Ce n’est pas non plus une compile de clichés sur cette bourgeoisie fière, tête haute toujours, méprisante pour le reste du peuple, c’est beaucoup plus subtil. Un très bon premier roman.

Sale bourge de Nicolas Rodier, 2020 aux éditions Flammarion. 218 pages, 17 €.

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Le dernier Duroy, un bijou

17/02/2021 Comments off

Lionel Duroy vient de sortir L’Homme qui tremble. Duroy, c’est un peu mon chéri, il écrit du plus profond de lui même, il écrit sur les choses intimes principalement, son enfance dans sa famille zinzin, plusieurs fois, ses amours et sa rage d’écrire. Il a commis aussi, parmi ses bouquins officiels, sur d’autres sujets plus journalistiques — il a été journaliste —  tels les enfants de bourreaux ou de dictateurs, le peintre Emil Nolde etc… et il a participé à l’écriture des mémoires de people comme Farah Diba, Vartan et bien d’autres.
Mais ceux que j’aime le plus sont évidemment ceux de sa vie privée et le meilleur, c’est de voir l’évolution de son jugement sur les événements vécus et sur lui-même. Son sens de l’analyse est d’un pointilleux jubilatoire et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer de la part d’un homme qui décortique à ce point sa vie, il n’a pas une très haute opinion de lui-même, il se revoit minot avec ses grosses joues moches auprès d’un magnifique frère très classe, et déplore la façon dont il a été élevé avec ses neuf frères et sœurs, par une mère imbécile et un père sympa mais trop soumis à elle, une enfance en miettes et délabrée.
Il re-raconte cela dans ce livre, il se livre si je puis dire encore plus nu que d’habitude, raconte ses tremblements de peur qui lui tombent dessus dès qu’un livre n’avance plus ou qu’une femme qui l’aime devient une menace car ça l’oppresse, ça met une pression et surtout, il l’a compris, ça lui rappelle une scène de son enfance, quand sa mère se cachait sous l’armoire de leur chambre pour échapper à sa vie. Echapper est d’ailleurs le titre d’un récit qu’il a consacré à sa mère bien après sa mort, ce qui lui a donné les clés pour la comprendre.
Chaque femme aimée, la première avec qui a a eu deux enfants, puis la seconde qui l’a presque obligé a lui faire deux enfants, puis la suivante etc… a eu cet effet sur lui et chaque fois, il fuyait vers une autre femme qu’il n’aimait pas encore, donc sans enjeu, donc sans les tremblements.
Il re-raconte tout, dans l’ordre chronologique, avec les vrais prénoms, pour expliquer ce qu’il n’avait pas su bien expliquer. Il gratte et gratte encore la croûte. Il explique aussi comment il serait mort sans les livres qu’il écrit, comment il a envie de se suicider quand il bloque. Et surtout, pourquoi ses femmes et ses enfants lui ont souvent reproché d’être là sans être là. Car Duroy ne jouit pas du présent. Jamais. Il fait du présent la matière d’un prochain récit, il emmagasine la matière, il fait provisions de détails, il photographie même, en prévision. La plupart du temps, il écrit sur ses femmes après la rupture, lorsqu’il est avec la suivante, fou amoureux. « Comparée à la vie dans mon roman, la vie réelle n’avait que peu d’intérêt et je m’en serais volontiers retiré s’il n’avait pas été nécessaire de la maintenir a minima — pour écrire, précisément. » Certes, il avoue ceci lorsqu’il enquête sur sa mère et n’a rien de palpitant à faire d’autre. Plus tard, quand Sarah le rejoint en Roumanie où il travaille sur un personnage, elle se rend compte que l’amour qu’il dit avoir pour elle a beaucoup moins d’importance que d’arriver à finir son livre. Effectivement, pour lui, le désir de vivre, c’est écrire. Sinon vient la tristesse d’exister, et alors, comment aimer.
Fait-il vraiment être fan de Duroy pour apprécier ce récit ou peut-on y entrer comme ça, sans le connaître puis, se laissant prendre par cette fièvre qu’il a tout raconter, décider de se procurer tous ses autres récits ? Je ne saurais dire. Mais quel bouquin ! Quelle sensibilité ! Quelle sincérité !

L’homme qui tremble par Lionel Duroy, 2021, aux éditions Mialet Barrault. 384 pages, 21 €.

Texte © dominique cozette

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Lionel Duroy et l’absente

07/11/2016 Comments off

Si, comme moi, vous vous passionnez pour la vie racontée de Lionel Duroy, cet écrivain qui triture son histoire et celle de ses étranges parents ayant mis au monde 10 enfants qu’ils n’avaient pas les moyens d’élever, ce livre paru cette année, L’absente, vous ravira. L’absente, c’est sa mère. Sa foutue mère qu’il a toujours détestée et qui le lui a bien rendu. Il l’a toujours trouvée moche et se demande comment son père, Toto (un petit nobliau qui vend des Tornado) peut être aussi amoureux d’elle, même quand elle devient folle d’avoir été déchue de sa caste, chassée manu militari de son chic appartement de Neuilly pour être relogée dans un « taudis » d’une sale banlieue prolo, indigne d’elle.
Donc ce livre trouve notre auteur en complète capilotade, totalement éparpillé dans sa tête comme dans sa vie : Esther, son dernier amour, s’est barrée avec leurs deux enfants, il a été obligé de vendre et de vider leur maison en pleine campagne, en province. Le jour du déménagement, il a enfourné dans sa vieille voiture tout et n’importe quoi : photos, jouets d’enfants, dossiers, livres, vêtements etc, en vrac. Le reste est allé au garde-meuble. Il ne sait que faire, ou aller. Il s’installe dans un petit hôtel de l’est où une libraire fan amoureuse excessive de lui le reconnaît et s’y accroche, contre son gré. Pendant son road-trip lui vient l’idée de faire le livre sur sa mère (ses parents sont morts depuis longtemps, il est fâché avec toute sa famille à cause de ses livres).
Pour cela, il fuit l’est et s’en va près de Bordeaux, un château où toute la famille très riche de sa mère vivait, en grands bourgeois. Et dans laquelle vivait aussi une magnifique cousine dont il était follement amoureux et qui l’aimait bien. En faisant le tour du parc, il est surpris par un cousin et lui raconte un bobard pour pénétrer dans le château, se faisant passer pour un bricoleur (ce qu’il est). Il découvre avec tristesse que la cousine est morte après un mariage, un divorce et une vie à s’occuper de petits orphelins indiens. Il découvre aussi des secrets de famille et l’énorme histoire que sa mère a vécue dans sa jeunesse et qui lui révèle enfin pourquoi elle a épousé Toto, si peu en accord avec son rang, et pourquoi elle est partie de Bordeaux. C’est énorme quand on suit l’histoire et il raconte très bien cette épopée, tandis que la libraire de l’est de la France est venue le rejoindre et commence à le rendre amoureux. Et surtout, comment une cousine plus jeune du château l’a reconnu, car elle lit ses livres et suit ses interviews. Elle ne lui en veut pas de les avoir mystifiés et c’est elle qui le mettra en relation avec le vieil homme qui racontera sa mère, jeune et belle, ce qui le réconciliera avec cette femme dont il n’avait jamais découvert l’âme. Très beau livre.
C’est encore mieux si vous avez lu les livres sur son enfance, Priez pour moi (clic), Colère (clic), Le chagrin dont j’ai parlé dans ce blog.
Une video ou l’auteur parle de son livre ici.

L’absente de Lionel Duroy, 2016, aux éditions Julliard. 352 pages

Texte © dominique cozette

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Echapper, avec Duroy

29/01/2015 Comments off

C’est rare que je vous fasse part de mes lectures quand elles ne m’ont pas emballée. C’est vrai que ce bouquin ne m’a plus que dans sa seconde moitié. Lionel Duroy est un écrivain de l’intime dont j’attends fébrilement les nouveaux récits. Ses histoires d’amour ou de famille ou de séparation, ou même d’enfants (même si la démarche est contestable) subtilement autopsiées me passionnent.
Or, que me raconte-t-il dans Echapper dont la presse a d’ailleurs assez peu parlé ? Un voyage dans le nord de l’Allemagne pour retrouver le contenu d’un livre qui l’avait bouleversé : il y était question d’un peintre, Emil Nolde en fait mais sous un autre nom, interdit de peindre par les nazis qui trouvaient sa peinture « dégénérée ». Comment il s’en sort, comment il vit, comment il essaie de se remettre de la mort de sa femme adorée, comment une jeunette de 50 ans de moins tombe amoureuse de lui jusqu’à l’épouser. Tout ça dans un environnement de neige, de vent, de nature, de tempêtes dont Duroy veut absolument s’imprégner.
Donc pendant plus de la moitié du roman, je m’ennuie. Déçue, déçue je suis. Je peste !
Puis apparaît une jeune femme, une maison abandonnée et la possibilité d’une histoire. Puis l’histoire. Qui s’entremêle avec celle de Nolde car la jeune femme (mariée), en plus d’être peintre, garde le petit musée Nolde où l’écrivain va pouvoir s’abreuver des bribes de la vie de l’artiste mondialement reconnu. Et de bribes d’un amour impossible. Avec une fin totalement inattendue et franchement parfaite.

Echapper, de Lionel Duroy, aux éditions Julliard, 2014. 280 p. 18,50 €.

Texte © dominique cozette

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Vertiges de l’amour 100% chagrin !

01/09/2013 Comments off

Je me régale comme c’est pas permis avec ce nouvel opus de Lionel Duroy, Vertiges, qui re re re raconte ses chagrins d’enfance où il voit la cause de tous ses chagrins actuels, ses peines d’amour. C’est du grattage de croûte permanent, de l’empêchement de cicatrisation, du report de responsabilité sur autrui, de la vaine course au bonheur qu’il ne goûte jamais puisque tout occupé à essayer de comprendre le pourquoi du pourri de sa vie.
Pourquoi ça me passionne ? Parce qu’on (je, oui) a souvent tendance à essayer d’entrevoir ce qui peut amener à tel ou tel comportement par ce qu’on a vécu dans l’enfance, lors de la formation de nos affects.  Sorte de déterminisme rédhibitoire. Mais contrairement à Duroy, je lâche l’affaire de la culpabilité des parents car autant remonter au couple  de néanderthal.
Dans Vertiges, Duroy nous remets une vaste couche de son premier mariage où sa femme tant aimée, mère de ses deux premiers, lui a préféré un ami décorateur, bas du front et peu gracieux. Pour survivre, il décide de tomber amoureux d’Esther, sa future deuxième femme — qui le prévient d’emblée de ses tendances destructives — Esther qui attend avec patience qu’il ait fini d’écrire l’ode à la première et qui supportera toujours patiemment, sans moufter semble-t-til, ses absences, ses écarts, ses disparitions. Qu’il finira par mettre sur un tel piédestal qu’il s’en rendra malade. Il ne peut plus l’approcher sans trembler. Une vie infernale. Il avait déjà écrit sur elle dans Le cahier de Turin (2003) : cette femme avait entamé leur amour en lui écrivant très régulièrement. Mais il n’a jamais lu ses lettres, ses cahiers. C’est après leur rupture qu’il décide de mettre la main dessus.
Etrange personnage qui ne vit que dans le passé, la douleur, l’interrogation maladive, la recherche de sa vérité, mouvante, puisque chaque livre raconte la chose différemment.
Ce gros livre suintant de douleur relate encore et encore son enfance pourrie et ses deux principales amours. Mais aussi sa quête incessante sur l’origine des êtres et des récits. Comme ses romans ne lui permettent pas de vivre aisément, il écrit avec  succès diverses bios (Libé précise lesquelles : Ingrid Betancourt, Vartan, Mireille Darc, le curé d’Outreau, Bigart etc). Un jour, il est sollicité pour écrire la vie de la fille d’un dictateur sud-américain, celui qui avait mis au point la disparition des opposants en les balançant vivants, attachés et lestés, au milieu de l’océan. Passage ahurissant où, impuissant avec Esther, il passe des jours et des nuits à faire l’amour à cette femme à laquelle il apporte la preuve que son père adoré est bien un terrible assassin. Elle refusera l’écriture du livre. Puis il passe à une cantatrice célèbre à qui il confiera maladroitement que sa merveilleuse voix lui fait penser à sa mère folle lorsqu’elle criait.
Beaucoup de choses témoignent de détresse l’écrivain exacerbé, émouvant par ses efforts pour faire bien, odieux par l’utilisation de la matière vivante de ses personnages pour construire son oeuvre. En même temps sincère car il explique comment il procède ou a procédé, les légers travestissements de la vérité pour en changer le faciès.
Il y a énormément à dire sur ce bouquin, exceptionnel d’un certain point de vue  : je vous renvoie à une analyse très claire par une blogueuse plus littéraire que moi (Sophielit sur facebook) voir l’article ici, et aussi sur le portrait négatif mais puissant qu’en a fait Luc Vaillant ici sur  la 4ème de Libé (il a connu la vraie Esther  qui a été journaliste au journal).
Et si vous voulez en savoir plus sur d’autres livres que j’ai lus, le lien ici sur mes articles.

Vertiges de Lionel Duroy, éditions Julliard, 2013, 468 pages, 21 euros.

Texte © dominique cozette

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La belle Hélène de Lionel Duroy

05/11/2012 Comments off

Le cahier de Turin, paru en 2003, tente de raconter  l’histoire de la petite famille de Lionel Duroy  avec sa seconde femme adorée, Hélène,  après dix ans de vie commune.
Il a connue Hélène par voisinage : sa fenêtre donnait sur le petit jardin de Duroy, au coeur de Belleville. Il avait d’abord remarqué le bel homme avec qui elle vivait et n’osait pas penser une seconde qu’elle pourrait s’intéresser à lui. Pourtant, elle le fit. Il était en convalescence de la rupture d’avec sa première épouse partie avec un métèque en emportant leurs deux enfants — Duroy est un homme qui adore ses enfants et s’en occupe comme une maman.
Au début du livre, il enjolive. Il dit à son ami qu’il est tombé amoureux très vite. Pourtant, il n’était pas curieux d’Hélène. C’est dix ans après, d’un seul coup, que ça le taraude car lui revient en mémoire que lors de leur première escapade, dans un hôtel de Turin, Hélène lui avait donné un cahier écrit tout fin où elle se racontait afin qu’il sache à qui il aurait affaire. Mais il négligea le cahier et s’en veut terriblement.
Dix ans après, il confesse à Hélène que pour écrire son roman sur elle, il faudrait qu’il retrouve le cahier, qu’elle l’avait sûrement rangé quelque part. Et là, il provoque deux vexations qui l’accablent : non seulement il a oublié le cahier à l’hôtel, mais en plus, elle le lui a déjà dit. Il est pétrifié.
En même temps, il conte ce qui se passe au quotidien, Hélène qui travaille pour une députée, rentre tard, circule pas mal, s’habille flashy, ne l’écoute pas quand il parle, mais possède une grâce qu’il n’arrive pas à définir et qui la rend craquante. Leurs deux fillettes qui ne s’entendent pas, la petite étant trop cool et joyeuse pour son aînée qui ne supporte pas qu’on ne se plie pas à tous les usages. Le grand fils du premier mariage apparaît parfois pour foutre son bordel de jeune homme mal réveillé.
Et puis la voisine, petite nana ronde pas très futée, qui a « succédé » à Hélène à son ancienne fenêtre, dont Duroy fait la connaissance et que la jalousie d’Hélène pousse à considérer comme un irrésistible objet de désir. Classique.
Mais il faut démarrer le roman et sans le cahier de Turin, rien n’est possible. Duroy va téléphoner à l’hôtel. Il a changé de propriétaire,  on lui donne le numéro de l’ancien. Cet homme est hospitalisé mais, comme lui dit sa fille, il ne jette rien donc il y a de fortes chances qu’il ait gardé le cahier. Il donne rendez-vous à cette femme à Turin le lundi suivant, on est jeudi. Et précisément ce jeudi, Hélène convainc son mari d’aller le week-end dans les environs de Pontarlier revoir la maison de son père. Qu’après, il peut les déposer au train pour continuer sur Turin.
Ce n’est pas une maison abandonnée ni en ruines, c’est là où vit sommairement un des frères d’Hélène. C’est là que Duroy va comprendre l’infime chose qu’il possède et qui a séduit sa femme, et c’est là aussi que le mystère du cahier va se dénouer.
Formidable livre qui montre qu’avec un talent exceptionnel, n’importe quelle histoire quotidienne peut devenir une merveille. (Ah que j’aurais aimé qu’un écrivain sensible comme lui fasse mon portrait ! Vanité !)

Colères, que j’avais lu en mars, résumé et vidéo ici vous donnera la suite de cette histoire, la douloureuse séparation d’avec Hélène, l’explosion de la famille et la triste rupture avec son fils devenu toxicomane.

Le cahier de Turin de Lionel Duroy, édition J’ai lu 2012, 247 pages, 7,10 €. La photo de couverture ne reflète absolument pas la légèreté du récit.

Texte © dominique cozette

 

 

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Les colères de Duroy

19/03/2012 Comments off

Une autre tranche de vie de Lionel Duroy dont « le chagrin » avait bouleversé les foules ET moi-même en 2010 et qui racontait la monstrueuse comédie familiale déjà narrée en d’autres termes dans « priez pour nous » (1990, lien du blog que j’ai écrit récemment ). Je ne sais pas s’il faut en avoir lu un des deux pour apprécier ce nouvel opus, « colères », paru l’été dernier, qui décrit et  analyse le vie actuelle de sa famille recomposée en pleine décomposition. Je pense que c’est préférable.
Il est donc marié avec son deuxième amour, une femme douce et idéale de 15 ans sa cadette, rencontrée alors qu’il se faisait salement plaquer par la première, Agnès, mère de ses deux premiers enfants.
S’appliquant tous deux à recréer une « vraie » famille à l’abri de toutes les tempêtes, ils font deux filles (qui ne s’entendront jamais) et affrontent les problèmes à mesure qu’ils arrivent : la rupture cruelle du grand fils, camé, qui va faire payer lourdement à son père les blessures de son enfance, les conflits permanents entre les deux filles, leur futur départ du foyer  mais aussi (et surtout peut-être) l’impossibilité de l’homme à prouver son amour total à celle qu’il aime d’un amour fou.
Ce livre n’est pas qu’un récit, c’est une sorte d’analyse que l’auteur s’efforce de faire entre les événements présents et ceux du passé,  comme des ponts jetés entre tous les protagonistes de sa vie, l’explication presque génétique des comportements de chacun avec irrémédiable répétition  de leurs erreurs, des tares qui sautent ou pas les générations, des défauts rédhibitoires dont il se croyait protégé pour les avoir autopsiées chez d’autres,  notamment sa mère.
En somme, il pense que tout a une racine quelque part avec rejets ici et là et, impuissant à les contrôler,  il met tout en oeuvre pour tenter de comprendre pourquoi il n’arrivera jamais à rien avec ceux qu’il aime le plus.

Lionel Duroy parle de Colères face caméra : c’est émouvant.

Colères de Lionel Duroy chez Julliard, 2011. 212 pages formidables imprimées dans l’Eure.

Texte et dessin © dominique cozette

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Priez pour nous, monsieur Duroy !

07/09/2011 Comments off

Je viens de finir Priez pour nous de Lionel Duroy dont « le Chagrin », paru l’an dernier, m’avait bouleversée.
Si vous trouvez que votre enfance n’a pas été extrêmement épanouissante,  qu’elle fut même calamiteuse — il y a miteuse  dans calamiteuse — entrez dans celle de Duroy. Il a écrit ce bouquin en 1990 après, comme on dit, l’avoir porté longuement. Il faut dire que vivre chez les Duroy, c’est plus proche de l’enfer que du purgatoire. Une mère mégère qui vit plus haut que son cul, un père à la ramasse qui essaie de se démerder pour éviter les catastrophes, qui ment, échafaude des plans foireux, sacrifie la scolarité de ses aînés aux exigences hystériques de mon Minou, sa femme, celle qui crie, qui le tape, qui le griffe, qui fait la grève de tendresse sauf une fois par ci par lç et ça loupe pas, qui se retrouve enceinte à chaque coup de rein. Le père, Toto, qui appelle ses gosses « mon vieux », il en aura dix, plus un petit mort. Les aînés seront ses complices, traités comme des sbires. Les petits, on n’en parle pas, ils sont quelque part au fond d’un appartement agrippés aux basques de la mère mal-aimante ou de la bonne Thérèse, trop bonne celle-ci.
Le jour où tout bascule c’est quand ils sont expulsés manu militari et publiquement du bel appart de Neuilly. Puis recasés dans deux logements mitoyens d’une HLM dans une cité ouvrière. La mère ne vit plus, son standing est définitivement pulvérisé. Le père n’arrête pas de promettre que tout va s’arranger mais ils vont de Charybde en Scylla, plus de gaz, plus d’électricité, plus d’école privée — l’école laïque étant inenvisageable — plus de fric, rien à bouffer, plus de boutons aux manteaux. La mère devient folle, déprimée, on l’enferme plusieurs mois.
L’enfant Duroy se débat dans cette vie pourrie sans horizon, sans espoir, sans amour, si, celui de son père qui le traite comme un homme pour son plus grand malheur. Il faudra quitter ce merdier où rien n’est possible. Ce qu’il fera avec un aîné. Mais, peu armé, peu formé au bonheur dont il ne connaît pas le schéma, il a toutes les chances de reproduire cette situation invivable dès ses premières années de grand en mettant son amoureuse en cloque. A cette époque, c’est pas gagné !
Duroy s’est évidemment gravement brouillé avec tous les membres de sa familles en publiant son histoire. En grattant sous les croûtes, en fouillant dans les ordures, en exhibant leur misère. Mais il le fallait. Ce livre est formidable. C’est du Zola mais avec un zeste de Petit Gibus et du Truffaut des 400 coups.

Priez pour nous, par Lionel Duroy  chez J’ai lu. Le Chagrin est aussi en poche. Pour voir une vidéo ou l’auteur parle de ces livres : site ici

Texte © dominique cozette

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