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L’anomalie, un si bon Goncourt

01/12/2020

L’Anomalie et non pas l’âne au Mali quoi que ce roman de Hervé Le Tellier, couronné par le Goncourt, aurait aussi bien pu écrire sur cet animal car son livre se frotte à tous les sujet, le principal étant une faille dans l’espace-temps avec duplication des personnages. Une sorte de thriller-polar-anticipation à plusieurs personnages venus de plusieurs pays et transitant dans  le même avion Air-France en mars. Avion qui va être gravement secoué par une méga-tempête non prévisible où chacun y a laissé un bout de son âme tellement c’était rude. Mais le plus pharamineux, c’est qu’ils se sont retrouvés dans ce même appareil en juin, sans raison, avec le même équipage, les mêmes avaries, aux mêmes place. Leur voyage a été dupliqué, eux aussi. Ils se retrouvent tous, les cent et quelques, avec un autre moi parfaitement identique, l’un ayant vécu trois mois de plus.
C’est inexplicable et tous les pouvoirs, toutes les intelligences, tous les cultes, tous les scientifiques sont convoqués en secret pour tenter de trouver une réponse plausible à cette affaire impossible à résoudre.
Les portraits des héros, principaux voyageurs, sont à déguster tellement ils semblent incarnés. Il y a là un tueur à gages, une monteuse de cinéma dont le désamour pour son amant plus âgé est flagrant, un médecin  qui doit annoncer à son frangin qu’il va mourir de son cancer, une avocate noire culottée enceinte de son bédéiste adoré, le pilote de l’avion, une pop-star nigériane, une famille idéale si le père ne pratiquait pas des agressions sexuelles sur sa gamine etc.
On s’attache à ces gens tellement leur peinture est précise et donne envie d’en savoir plus. On en saura peut-être un peu plus lorsqu’ils seront confrontés au problème qui nous occupe.
C’est fin, c’est étayé, c’est technique souvent, c’est parfois drôle, c’est bourré de références éclectiques dont beaucoup littéraires (Le Tellier est membre de l’Oulipo), ça se lit avec entrain tellement on a envie de savoir la suite, c’est un super moment qui fait aussi réfléchir lorsqu’on aborde les concepts de réalité, d’identité, de vie et de mort, de rapport intime à soi-même, un peu de métaphysique ne nuit pas ni de questionnement sur le sens de l’existence. Si c’était une série, on attendrait avec impatience la saison suivante. Un très bon Goncourt.

L’anomalie de Hervé Le Tellier aux éditions Gallimard. 2020. 332 pages, 20 €

Texte © dominique cozette

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