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Cupide Cupidon

30/03/2020

Dans ce livre étonnant, Eloge de la marâtre de Mario Vargas Llosa, l’héroïne est doniã Lucrecia, deuxième femme de don Rigorberto et donc belle-mère de son fils, l’adorable Alfonsito, gentil comme un ange, beau comme un chérubin, amour de naïveté et de vertu. Enfin qu’on croit.
Ce livre est drôle car il est à la fois libertin et très poétique. Tout y est décrit en termes tendrement nuancés, impressionnistes voire compassés. Les sens, particulièrement le toucher et l’odorat, y sont magnifiés, les sentiments exacerbés. Ça pourrait se passer au XVIIIème siècle  s’il n’y avait de temps en temps l’intrusion d’un objet actuel, une télé, une moto. Le tableau sur la couverture nous donne bien le ton : le jeune garçon, appelé aussi enfant, n’a pas d’âge défini, comme Eros, et un soir qu’elle vient l’embrasser en chemise de nuit très légère, il lui rend des caresses qui vont la troubler, peu à peu, et se matérialiser en vibrante relation amoureuse. Mais elle aime aussi son mari qui le lui rend bien, chaque nuit, au lit, inventant des jeux amoureux de toutes sortes. Ce mari qui a trouvé la femme de sa vie passe un temps fou chaque soir dans la salle de bain. Il veut être parfait, beau, lisse, sans un poil dans le nez ou l’oreille, ou un point noir, des ongles impeccables, des aisselles admirables… Chaque partie du corps un peu scabreuse a son jour de la semaine dévolu. C’est ainsi que l’auteur nous conte sur deux pages comment il prend soin de son nez. Plus loin, sur deux pages aussi, il décrit comment don fait son popo, et ce, sans aucune trivialité, tout est dans la poésie, vous dis-je.
Et puis il y a aussi la jeune femme de compagnie qui prévient Lucrecia que l’enfant est un sacré voyeur.
Et on avance dans ce livre avec, intercalés, des récits sur la mythologie ou sur Marie, qui se rapportent à l’histoire. Et même un portfolio de quelques peintures qui l’illustrent.
C’est léger, aérien, parfumé, imagé, même si la fin est inattendue, cruelle. La perversion du jeune fils peut sembler candide puisqu’il ne ment jamais. Mais il n’éprouve jamais de remords. C’est un petit chef d’œuvre de dentelle littéraire.

Eloge de la marâtre de Mario Vargas Llosa, 1988, tradiot par Albert Bensoussan. Aux éditions Folio, 216 pages.

Texte © dominique cozette

 

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