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La mort du bon côté

08/12/2017

Depuis des années, je craignais d’avoir pour première info l’annonce de la mort de Johnny.*
Pourquoi ?
Pourquoi quoi ?
Bah pourquoi tu craignais d’avoir pour première info l’annonce de la mort de Johnny ? me demande mon for intérieur.
Parce que Johnny est emblématique de mon adolescence, c’te bonne paire !
C’est pas la peine d’être vulgaire !
Ah, oui, tu as raison. Et qu’il a marqué pas mal de séquences de ma vie, pour des raisons personnelles, musicales, festives, administratives, sexuelles, organoleptiques… Je pensais que le jour où il mourrait, un pan de ma vie s’écroulerait avec lui tel un immense morceau d’iceberg s’effondrant irrémédiablement dans la mer.
Or voilà, c’est arrivé. Johnny est mort, et le fracas assourdissant des médias a accompagné sa chute. Ou plutôt l’a amorti. Car que constaté-je ?
Est-ce que ça va changer ma vie de tous les jours que Johnny ne soit plus vivant ?
Non.
Etais-je tant que ça imbriquée à sa vie quotidienne, pour que son absence crée une vacuité si insupportable ?
Non.
Attendais-je quelque chose de particulier le concernant et qui donc ne se produira pas ?
Non.
Avais-je l’intention d’aller encore le voir sur scène sachant que je m’étais régalée cet été avec cette vieille canaille qui avait fait trembler les arènes de Nîmes par sa puissance vocale et que je m’étais même dit que, cette fois, ce serait mon spectacle d’adieu ?
Non.
Alors, pourquoi être si triste quand une idole meurt ?
(Je veux dire une idole de jeunesse qui meurt prévisiblement après une vie dix mille fois plus remplie que celle des clampins lambdas croisés dans la rue). (Sachant que je ne suis pas du genre à quémander des autographes, à me damner pour des selfies, à rendre des hommages à la grille du parc, ou, plus précisément, à me tasser  avec des milliers de pleureurs/euses sur le trajet du funèbre convoi, à jouer des coudes avec des milliers de glutrons enlarmés à la sortie de la cérémonie religieuse où beaucoup de people se seront fait inviter de façon peu glorieuse pour « en être » absolument (Si tu n’es pas invité aux funérailles de Jojo, tu as merdé ta vie).
Conclusion sommaire : je ne dois que me réjouir du départ du Grand, comme l’appellent certains de ses proches.
Parce que :
Et d’une : c’est fait. Ainsi, je suis à l’abri de la triste nouvelle.
Et de deux : il n’a jamais été aussi vivant que depuis qu’il est mort. Il est partout, radio, presse, télé, réseaux, papotages. On bouffe du Johnny jusqu’à plus soif, on respire du Johnny, on se laisse même aller à rire avec lui sur les vannes compilées, à s’attendrir sur ses mômes, sur les larmes d’un certain Michel D. qui, lui, ne mourra jamais, on s’endort avec ses chansons dans la tête, on rêve de lui, on fabrique un halo de Johnny qui nous enveloppe confortablement dans un cocon hallydayien totalement inédit.
Et de trois : on peut enfin (pour les collectionneurs jojophiles, je veux dire) prendre possession définitives de tous ses enregistrements, tous ses films, toute sa production. Les coffrets dorénavant seront exhaustifs.
Et de quatre : on peut replonger en images dans le monde de Johnny sur Paris Match (qui, c’en est amusant, s’est vu obligé de sortir deux éditions spéciales, une pour Jean d’O, une pour Jojo), ses débuts, ses succès, ses conneries, ses femmes, ses gosses, sa famille, ses baraques, ses tatouages, ses potes, ses bons mots, ses accidents, ses suicides, ses résurrections…
Et de cinq : Pour une fois dans notre vie, on n’est pas seul(e). Des centaines de milliers de fans sont dévastés, font des milliers de kilomètres pour voir son cercueil, pleurent des rivières en hoquetant douloureusement, passent la nuit dehors pour être bien placés sur les Champs Elysées. Bref, des centaines de milliers d’âmes sensibles sont bien plus malheureuses que nous.
Et de six : son esprit qui ne s’est pas encore envolé dans son île, on le sent qui plane au-dessus de nous, nous imbibe d’un parfum de whisky, nous imprègne d’une odeur de tabac froid, nous caresse tendrement l’âme, nous joue encore du retiens la vie.
C’est pas tous les jours que « notre » Johnny meurt, sachons en tirer parti courageusement, laissons le grand vrai deuil à sa famille et, comme il le disait encore pas plus tard que récemment, remettons les pendules à leur place.

* (Quelqu’un a fait un bouquin sur ce thème je crois).
texte © dominique cozette

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