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Prendre le train avec Patti Smith

02/11/2016

M Train est un livre flottant, oscillant entre rêverie, souvenirs, fantasmes, réalité et références arty et en même temps bourré de descriptions hyper précises du lieu, des odeurs, du goût des choses, des vêtements, de ce qui se passe chez elle, ce qu’elle donne à son chat, de l’environnement général, c’est fascinant le pouvoir d’évocation qu’elle possède dans son écriture qui a l’air de couler tout naturellement de son stylo.
Patti Smith s’habille toujours pareil. Son manteau (un vieux manteau noir effiloché et mité), son bonnet et ses bottes, passe un temps fou au café. Celui qui se trouve en bas de chez elle à New-York et ceux de toutes les villes qu’elle traverse, qu’elle visite, qu’elle peuple de ses visions. Elle traîne avec elle son inclassable appareil photo, polaroïd en noir et blanc et elle shoote avec discernement ce qui servira de support à ses souvenirs. Un jour, son manteau disparaître et il continue à lui manquer. Elle oubliera son polaroïd sur le banc de sa plage avant une tempête. Le café au bas de chez elle fermera à son grand regret. Les polas qu’elle a faites, parfaites, de la tombe de Genêt (je crois, ou Verlaine. Elle passe beaucoup de temps dans les cimetières) disparaîtront aussi. Elle oubliera son moleskine au café.
Elle raconte beaucoup de choses, grandes ou petites, simples ou littéraires, avec force détails. Elle dit comment elle s’est acheté une bicoque délabrée entre métro et bord de mer. Comment ils vivaient avec son mari musicien brusquement décédé, horaires farfelus, nourritures improbables, les voyages qu’elle entreprend pour visiter la chambre de Frida Kahlo, son amour des écrivains japonais dont elle va nettoyer/honorer les tombes lors de séjours-conférences. Des polaroïds de ses souvenirs agrémentent le récit.
Rien à voir, certes, avec Marguerite Duras, mais elles ont en commun la force qui les pousse à écrire, écrire, écrire, pour que rien ne se perde, filmer pour Duras, photographier pour Smith. Des artistes qui se fichent bien de l’image qu’elles renvoient mais qui ont la plume magique.

M Train par Patti Smith, 2015, traduit de l’américain par Nicolas Richard. Editions Gallimard en 2016. 272 pages imprimées en police Granjon. 19,50 €.

Texte © dominique cozette

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