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L’insouciance de la Tuil

04/09/2016

L’insouciance est le nouveau grand  roman de Karine Tuil  — dont j’avais adoré celui d’avant, l’invention de nos vies (lien ici) —  un pavé de plus de 500 pages où l’on suit, haletant(e), les pérégrinations ahurissantes d’une poignée de personnages qui vivent des choses pas très ordinaires. On rencontre en premier le lieutenant Romain Roller, dévasté par la perte de ses hommes en Afghanistan. On y découvre les sas de décompression où nos militaires sont priés de passer quelques jours avant de retrouver leur famille. C’est là qu’il se prend d’une passion frénétique et inextinguible pour Marion, journaliste pointue et exigeante. Mais elle est mariée à un très gros et très fringant entrepreneur, Vély (anagramme de Lévy pris par son père qui ne se sentait pas juif). Romain aussi est marié à une femme super et droite mais il n’a plus envie de la voir. Romain a un ami d’enfance de sa banlieue, Osman qui, grâce à son acharnement à s’occuper des moutons égarés de la cité, a été remarqué puis choisi pour être conseiller du président de la république. Dans le cadre de la diversité, il n’en est pas dupe. Car il est noir, assume mal le fait qu’on lui balance souvent ses origines et son manque de diplômes dans ce monde d’énarques dont fait partie sa compagne, noire aussi, qui aurait préféré se marier à un blanc pour son avancement de carrière.
Ces personnages vont se croiser, s’imbriquer parfois, ils vont tous subir de monstrueuses  épreuves dont ils vont avoir peine à se remettre, si toutefois ils s’en remettent. Ils vont entrer dans des paniers de crabes, éprouver leurs forces et leurs faiblesses au contact de leur mise en lumière, voire leur pipolisation. Les chapitres sont courts, on y apprends d’horribles choses concernant la ou les guerres, on s’y vautre auprès des petits marquis de l’Elysée, on s’y noie dans les haines et les trahisons, on y côtoie les atrocités du racisme, les errements de l’amour. Ce n’est pas un livre gai mais c’est très agréable à lire car tout y est concis, parfois ça frôle le schématique, bref on y trouve son compte en suivant l’évolution des destinées des protagonistes. Et l’insouciance dans ton ça ? Pfffuittt, morte, assassinée d’un coup de lame tranchante. La vie doit continuer malgré sa chiennerie, ça ne va pas être de la tarte !

L’insouciance de Karine Tuil chez Gallimard. Rentrée 2016. 524 pages 22 €

Texte © dominique cozette

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