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La succession qui ne se refuse pas

28/08/2016

je suis d’une tristesse infinie quand je termine un livre que je trouve formidable. Je viens de refermer La succession de Jean-Paul Dubois. Et j’aime trop bien cette tristesse qui me fait garder ce livre en moi le plus longtemps possible avec son héros désabusé, non, pas désabusé, plutôt hyper conscient de la vanité de tout ça (la vie etc). Après seulement je lis les critiques et je vois que Télérama trouve ce livre drôle, en partie. Désolée, pas moi. Je le trouve émouvant, touchant, sombre, plein de dérision (c’est peut-être ça, l’humour), fort, dense, profond, léger, chaud froid. Drôle, non.
Dubois nous entraîne cette fois dans la folie passionnée de ce qui n’est pas la pelote basque mais qui y ressemble pour une béotienne comme moi, c’est la cesta punta, une industrie en Floride et tout ce qui va avec : le fric, les paris, le bling bling, sorte de paradis pour certains. En tout cas, le héros adore ça. Il est diplômé de médecine mais refuse la succession de son père, un médecin très apprécié qui consulte en short et ne parle pas à sa famille, sans pour autant la maltraiter. Notre héros préfèrejeter la balle de toutes ses forces sur les frontons américains.
Sa famille, ce sont tous des suicidés, des metteurs en scène de leur propre suicide. Il n’en veut pas. Il veut oublier les folies russes de son grand-père qui se trimballe avec une tranche du cerveau de Staline (qu’il a autopsié), la folie muette de sa mère qui vivait collée à son propre frère dans la maison familiale pour se tuer après qu’il l’ai fait, chacun à sa façon.
Pour lui, à Miami, tout va bien, il a ses potes, sa vieille caisse, son vieux bateau et le chien qu’il a sauvé des flots. Puis son père se suicide à Toulouse, l’univers joyeux de la cesta punta se délite et la femme qu’il aime, bien plus âgée, le plaque sans explication. Il faut retourner à Toulouse. Puis revient à Miami, repart etc…
Ça ne sert à rien de raconter tout ça. La prégnance du livre tient dans la façon de Dubois de nous raconter les choses les plus simples, les plus graves, les plus poignantes.
Les héros est si désespérément attachant qu’on a peur du mal qu’on va peut être lui faire dans cette histoire où, dans la deuxième partie, son cas s’aggrave puisqu’il doit soigner et aider. Se faire son éthique, savoir si on a le doit de donner la mort.
Je ne sais pas parler mieux de ce livre. J’ai essayé de ne pas le dévorer car chaque paragraphe est riche, nourri, senti. Mais voilà, il est fini, et je suis jalouse de vous tous qui n’avez pas encore eu le plaisir intense de le lire ! Bande de veinard(e)s !

La succession de Jean-Paul Dubois, 2016 aux éditions de l’Olivier. 234 pages, 19 €.
Texte © dominique cozette

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