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Vernon Subutex, drogue dure !

22/01/2015

Formidable, ce livre de la Despentes, un bijou. Qui coupe, qui brûle, qui gratte, qui dérange. Mais un bijou de littérature. Vernon Subutex est le nom du héros mais aussi du livre (éponyme dirait-on) dont c’est le premier tome. Chouette, il y en aura deux autres tout bientôt.
Ah que la vie était belle quand était jeune, beau, crétin et musicos dans les 80′s ! Ah que l’avenir nous faisait du gringue comme une sale pute à dentier et faux seins. Car une fois à poil, devant toi, 25 ans après, l’avenir est un  vrai cauchemar qu’il faut te farcir. Comment Vernon, le fana du musique que tout les frappadingues venaient visiter dans son magasin de disques, comment  aurait-il pu imaginer que le disque se dématérialiserait et qu’il n’aurait plus que du vent dans ses bacs ? Alors, il ferme, pas de chômage à la clé, il vend ses précieuses galettes sur ebay, ses rarissimes affiches et réussit à tenir quelques temps.
Ses anciens potes — il a énormément d’amis, de fans et de copines — lui prêtent volontiers de la thune mais un jour ça s’arrête. Le proprio le vire sur le champ, sans même lui laisser un peu de temps pour trier ses trésors. Le seul ami devenu une icône vient de claquer d’une OD en lui ayant confié juste avant des enregistrements qu’il avait faits, des trucs qu’il racontait, mais personne ne sait quoi, même Vernon qui ne les pas écoutés et les a lui-même confiés à une nana.
Cette histoire fait le buzz dans le monde de la musique et de l’édition car tout le monde veut cette précieuse manne pour écrire THE livre sur Alex Bleach. Commence une vaste chasse à l’homme dont Vernon ne sait rien puisqu’il n’a plus accès à Internet.
Il est seul avec sa valoche, son charme et ses beaux yeux bleus, et est obligé de ruser pour squatter. Il invente, ment et parfois vole ce qui est totalement contraire à son éthique. Le plus fort du livre, c’est le portrait quasi sociologique, au scalpel, de  tous ces gens qu’il voit ou revoit, croquis de vies passionnants, et c’est un plaisir intense que d’entrer en relation avec ces quadras et quinquagénaires, leur parcours, leurs amertumes souvent, leurs penchants politiques variés, leurs dadas. Même ceux qui ont réussi, les bourges, les cinéastes, d’autres, ne sont pas enviables. Soit ils sont pourris à cause de leur réussite, soit ils ont mal vieilli, soit ils mènent une vie tragiquement banale. Et certains ont changé de sexe.
On se régale à toutes les pages. Despentes est un dico ambulant des musiques hyper pointues de l’époque. A part Chico Buarque et Edith Nylon, les centaines de noms droppés ne m’ont rien évoqué, je n’y connais rien de ces années. Mais on s’en fiche.
Et puis Paris est exploré dans les grandes largeurs, les lieux, les bistrots, les quartiers, et puis vu du sol vers la fin, quand notre malheureux héros se retrouve à terre, mendiant pour acheter sa bière dans le quartier Répu/Belleville.
J’ai adoré ce premier tome ultra noir, crade, désabusé. Pas d’eau de rose chez la Despentes (pas douce) !

Vernon Subutex tome 1 de Virginie Despentes aux éditions Grasset, 2015. 396 pages. 19,90 €.

Texte © dominique cozette

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