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Couché !

10/06/2014

On l’avait adopté, la moitié de la famille, parce qu’il était rigolo, toujours en train de cavaler pour rapporter la baballe, montant bien la garde — il aboyait dès qu’un indésirable pointait le bout de son museau — faisant le beau à tort et à travers (surtout à travers). Parfois il mordait, ça nous amusait car nous avions mis en garde la personne du côté mal élevé de la bête. Qui s’appelait Nénesse. Ou Bismuth. Ou Raymond.
Au fil du temps, il se mit à nous agacer. Toujours sur la brèche, fébrile, remuant, il marquait son territoire de façon obsessionnelle, s’en prenant à tout et n’importe quoi, déterrant tous les os du quartier, surréactif, se frottant sur la jambe du livreur de pizza et de l’infirmière du grand-père. Vibrionnant 24/24 & 7/7. Invivable.
Alors, on s’en sépara. A part la petite sœur, nul ne pleura cette séparation. Lui non plus, d’ailleurs, il fit l’orgueilleux et disparut de nos pensées.
C’était sans compter sur son ego faramineux. Il s’aperçut qu’on l’avait remplacé. Le nouveau, placide et museau, joyeux mais posé, nous apparut comme une pause bien méritée. Ça ne dura pas. Son aspect nounours détonnait avec son manque d’empathie. Pas de câlins, pas de galopade pour nous accueillir, et pas vraiment de fidélité. Il semblait aimer tout le monde mais c’était du bidon. Il réclamait toujours à bouffer. Et puis il n’était jamais là où on l’attendait.
Alors Nénesse commença à poindre de la truffe, passant et repassant devant la grille, mais regardant ailleurs si on l’appelait, genre. La petite réussit à l’attirer dans le jardin. « Oh, juste un après-midi, steuplaît ! ». OK. Mais le cirque recommença aussi sec. L’air se chargea d’électricité, les chats se hérissèrent, les crottes réapparurent, les voisins se firent aboyer dessus, le mec de Diligo mordre la fesse. On avait beau crier « Ici, couché !  » ou « au pied » comme le coach nous l’avait conseillé, nous certifiant qu’il obéissait au doigt et à l’œil, rien n’y fit.
Heureusement, vers 18 h., un utilitaire s’arrêta. En descendit une grosse blonde à petite moustache noire. Nénesse essaya de lui fait du charme. Mais elle te l’empoigna d’un bras viril, et l’embarqua : « Soyez sans inquiétude ! Vous n’en entendrez plus parler ! »
La voiture s’éloigna. On eut juste le temps de déchiffrer son logo, FN, Fourrière Nationale.
Et que faisait Placide&Museau pendant ce temps ? Il reniflait le cul d’une jolie petite retriever. Non, mais, vraiment !

Texte et illustration © dominique cozette

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