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Absolument dé-bor-dée de café !

30/10/2011

En sortant son smartphone de son duffle-coat juste pour vérifier qu’il n’y avait pas quelque chose de plus important que moi « à traiter » par mail ou SMS, Luka fit tomber « absolument débordée », cette critique acerbe des collectivités territoriales…
- Ah tiens, tu lis ce genre de bouquin, toi, m’exclamai-je en essuyant ma moustache de café. Tu t’intéresses à la vie publique  ?
- Je kiffe compètement ! Ce million et demi de fonctionnaires qui ne glandent rien et sont payés par nos impôts ! En fait, c’est un vrai pamphlet, elle l’a écrit sous pseudo.  Tu peux pas imaginer  le gâchis dans la fonction publique, cette  joyeuse bande de profiteurs …
- très souvent  incompétents, comme dans le privé, remarque…
- qui pratiquent le népotisme à grande échelle , la flagornerie éhontée, la réunionite sans objet , et utilisent toutes sortes de subterfuges pour remplir un emploi du temps vide de sens et de tâches.
- Et ils font quoi ? Des suduku (mon mot du jour) ? des séances de jambes en l’air ? questionnai-je en m’essuyant à nouveau la moustache de café (ces horribles cafés mousseux de ces horribles lieux post-modernes équipés de wi-fi, sombres et qui se la pètent en tuant tous nos petits bistrots Le Père Tranquille ou Le Bar des Amis où, certes, le patron est souvent patibulaire, mais les sandwiches patrimoniaux et l’ambiance audiardienne. Bref…
- Probablement tout ça, mais aussi des déplacements inutiles et coûteux, des séminaires de formation à rien d’utile, des pots pour toutes les circonstances de la vie privée et publique, des jeux sur internet etc… C’est une charge énorme contre le service public (tiens, je n’avais pas remarqué qu’il avait un oeil plus petit que l’autre)
- Le problème, c’est que ça donne du grain à moudre à l’actuel président ! Lui qui veut tout privatiser avec ses frères, non ?
- Peut-être. En même temps, c’est un livre drôle, caustique on va dire (mon pote Luka est adepte de l’expression on va dire), distrayant mais… très énervant pour ceux qui, comme moi, prônent la justice sociale comme valeur fondamentale à la démocratie.
- Ah, c’est nouveau ! Toi qui arnaques en toutes circonstances…
- Pas la justice sociale, Arlette ! Je te rappelle que je suis délégué syndical !
- Oh, pardon ! Donc, l’auteure ? demandai-je en essuyant derechef ma moustache cappucineuse…
- L’auteure, Aurélie Boullet de son vrai nom, essaie de déjouer sa démarche qu’elle dit mal interprétée par nous (tu iras voir sur Google ici y a plein d’articles sur elle). Elle dit que quand elle vu l’étendue de cette farce, elle a bien essayé d’attirer l’attention des responsables sur le gâchis en question
- Et alors ? intervins-je en ignorant ma nouvelle moustache
- ils n’en avaient rien à foutre, mais rien de rien !  alors, elle  s’est mise à écrire ce texte, le soir, chez elle,  pour se consoler de son immense désillusion face à la réalité de la mission qu’elle avait briguée avec passion.
- Tu causes bien, Luka…
- Merci, Arlette. Donc, après une suspension  de plusieurs mois sans solde, elle a été réintégrée à Bordeaux.  Alors qu’elle avait été acceptée en Picardie !
- pourquoi en Picardie ? C’est tristouille la Picardie…
-  C’était pour s’éloigner de ceux qu’elle avait stigmatisés. Et tu sais la plus belle ?
- Ben non, dis-je en sortant le paquet de préservatifs de mon sac pour lui signifier qu’il était temps de passer aux choses sérieuses
- Ils ont préféré la garder et lui donner un autre poste. Vous avez dit bizarre ?
- Heu.. non, mais j’aurais pu, ajoutai-je en ouvrant la boîte de Durex et comptant combien il restait de coups à tirer.
- Et tu sais quoi ? L’affaire n’est pas prête de se tasser
- n’est pas près de, Luka. pas près de se tasser. Tout le monde confond mais si tu veux, je peux te donner le truc pour t’en souvenir…
- Je m’en bats les couilles ! T’es contente ? T’es vraiment chiante par moment. Ça me fait débander ! Pffff
- Excuse-moi. Luka. Donc pas près de quoi ?
-  pas près de se tasser puisque les droits du bouquin ont été achetés pour le cinoche. Ils vont nous coller Ludivine Sagnier, Franck Dubosc et Antoine Duléry et ça va faire un tabac, cette histoire de planques en or que nous avons l’honneur de financer avec notre TVA et accessoirement nos impôts !!!
- Rassure-moi : il y en a quand même des bons, des fonctionnaires territoriaux, non ?
- J’ose l’espérer. Des mecs sérieux, attachés à bien faire et désireux de servir, on en trouve encore. On plie ?
Il a déjà décampé, me laissant régler le tip et  lâchant la porte sur ma pomme pour bien me prouver qu’il n’a pas l’hypocrisie de se montrer galant alors qu’on leur demande juste, à ces braves garçons, de nous faire passer un bon petit moment sexuel et sans conséquence.

Absolument dé-bor-dée ou le paradoxe du fonctionnaire, par Zoé Shepard, Albin Michel 2010 (déjà ou bientôt en poche, sûrement)

Texte et dessin © dominique cozette

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