Accueil > du vrai > R.I.P. Serge et Dédé

R.I.P. Serge et Dédé

02/03/2011

Ils n’avaient pas grand chose de commun, ces deux-là, à part celui de mourir en même temps. Je parle de Serge Gainsbourg, LE Serge Gainsbourg, et d’André Cozette, mon père. Rien de commun non. Ou alors quelques trucs…
La clope. La brune pour tous les deux. Mais si Gaingain appréciait la danseuse à castagnettes, Dédé préférait téter de la bien de chez nous, la bonne goldo.
La musique aussi puisque Dédé jouait du piano avec deux doigts, index et auriculaire. Seul accompagnement :  do/fa, quel que soit le morceau joué.  « Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne » était son tube joyeusement dissonant.
L’alcool aussi sur lequel mon père ne crachait pas, tout en restant dans les normes acceptables de l’époque. Nos dimanches étaient vraiment bien arrosés.
Et  69, ah 69.  Ce ne fut pas l’année érotique de mes parents, loin s’en faut, mais l’âge fatidique auquel Dédé rendit les armes et cetera…
La décadance ? Sûrement pas celle qu’on danse, celle de leur couple qui roupillait dans l’hôtel du cul tourné. Dommage pour eux  que mon père n’ait pas dit  » je suis venu te dire que je m’en vais », j’avoue qu’ils en bavèrent beaucoup et c’était pas très in mais très out pour les three easy pisseuses que nous fûmes.
Chez les yéyé, mon père se voyait contraint de subir nos tam-tam, pas très heureux  de ces rythmes qu’il ne sentait pas, et de ces filles qu’il ne comprenait pas toujours car, comme pour Serge, les femmes c’est du chinois. Il nous aurait bien dit « sois belle et tais-toi », sachant que nous n’obéirions qu’à la première de ses injonctions.
Pour le reste, c’était le jour et la nuit. Mon père ne flamba pas, ne brûla pas, ne provoqua pas, ne coucha pas avec BB, Deneuve ou Jane, ne composa pas. Ce n’était pas un artiste, ni un jouisseur, ni un people. Mais un monsieur sérieux,  prince-de-Galles fiscaliste.
Ils ont juste fait ce bout de chemin ensemble. Le dernier. Dernier sourire, dernier soupir.
Je me demande bien ce qu’ils se racontent, là-haut.  Dédé a t-il convaincu Serge de faire un cover des chapeaux ronds des Bretons ? Serge a t-il enseigné à Dédé la gamme en mi bémol ? Je le saurai peut-être un jour MAIS ÇA N’URGE PAS  !

Texte et image © dominiquecozette

Categories: du vrai
  1. olivia van hoegarden
    02/03/2011 à 23:14 | #1

    Très touchant et émouvant. Ma mère est morte, il y a tout juste 20 ans et elle a été enterrée, le même jour que…Gainsbourg et au même endroit. Elle tape sans doute le carton avec Dédé Cozette et Sergio G. En arrosant tout ça de quelques rasades de liqueur d’étoiles. Elle était fortiche à la belote ma petite maman.

  2. 03/03/2011 à 07:51 | #2

    J’adore ton requiem perso! Je l’aimais bien, moi, ton Dédé… Mais j’aurais jamais osé l’appeler comme ça, il m’impressionnat trop ! Et le jour où il m’a punie avec toi, privées de sortie toutes les deux… Eh ben je l’ai aimé! Car il faisait comme s’il était aussi mon père (mais je crois qu’avec les hommes j’ai toujours été un peu maso…)

  3. 03/03/2011 à 11:22 | #3

    Émouvant. J’aime bien quand tu racontes…

Les commentaires sont fermés.