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L’année 57 racontée à mes blecteurs*

21/02/2011

Né au 19ème siècle et ayant fait la fortune de quelques  cigarettiers, Humphrey Bogart abandonne le monde à sa veuve, la sublime Lauren Bacall. Disparaissent aussi Christian Dior qui passe le flambeau à Yves Saint Laurent et Sacha Guitry, le misogyne de service, qui va vérifier le sexe des anges.
Gaston Lagaffe, m’enfin !, apparaît, anti-héros attachant qui n’arrête pas de merder sa vie et son idylle,  au son de l’eau vive de Guy Béart qui fera, outre une fille-chatte appelée  Emmanuelle, de bien jolies choses conchiées par Gainsbarre en direct à la télé, qui le traite de connard et de  blaireau. Violent. Ici. C’était marrant, le direct.
Cette année-là est celle du Frisbee, des siffleurs puisque le Pont de la rivière KwaÏ et sa retentissante BO connaissent un succès fracassant. Fracassant aussi celui de Brel « quand on n’a que l’amour » qui remporte de prix de l’Académie Charles Cros.
La déferlante rock s’empare des croulants tels Jacques Hélian ou Dick Rasuel et ses Berlurons — je n’invente rien — qui tentent d’enfourcher la vague sans trop y croire. Y en a qui n’enfourchent rien et qui sont tout de suite dans le ton comme ce martien à pull marin qui chante (mal en plus) que le camembert c’est bon quand c’est bien fait, vive l’amour : l’irrésistible et surréaliste Bobby Lapointe.
N’empêche, les jeunes se mettent aux vinyles anglo-saxons comme Jerry Lee Lewis, le pianiste qui joue avec ses pieds, Ricky Nelson qui joue avec sa moue et ses yeux verts, et les Everly Brothers qui jouent avec nos émotions de midinettes. Le très myope Buddy Holly fauche la première place au puceau canadien Paul Anka que les ventes de Diana consolent de ce premier rateau sentimental
La reine Elisabeth, qui trône déja, s’encanaille en recevant son premier chanteur rock, Tommy Steele. Plus tard, elle en anoblira plus d’un.
Sur la route circulent deux mythiques caisses inconfortables à souhait, la Fiat 500 alias le pot de yaourt et la Trabant — à l’est seulement — qui sera fabriquée jusqu’à la chute du Mur, en 91 (la chute dûe à Sarkozy, ne l’oublions pas. Je blague). Sur la route est le titre du tout aussi mythique (tout est mythique de ces années-là) bouquin que Jack Kerouac (Jean-Louis, il s’appelle, est canadien et sa première langue est le français) a tapé en 51 sur un rouleau de papier. La Beat generation prend corps. Comme le mouvement international situationniste en Italie.  Et l’Europe aussi qui, avec le traité de Rome, devient  la CEE : y circulent allègrement le charbon et l’acier, pour la dope, ça attendra.
Ça bouge en géopolitique comme on ne dit pas encore : Duvallier s’autoproclame président à vie d’Haïti et désigne son chiard Baby Doc à sa suite. La république tunisienne est proclamée, et Mao lance sa campagne des cent fleurs où il prône une plus grande liberté d’expression. Mais  les critiques des intellos qu’il comptait séduire tombent dru : il rewinde prestement, répresse violemment et déporte massivement.
Aux USA, malgré l’abolition de la ségrégation, de meurtrières émeutes raciales ont lieu à Little Rock où, malgré les forces de l’ordre, un collège choisit de fermer plutôt que de recevoir quelques Noirs.
Le général Massu est envoyé en Algérie « avec notre savoir-faire français pour remettre de l’ordre » dans ce pays.
Chez nous, Pinay reste un jour au gouvernement et Guy Mollet six.
Cette année là naissent Caroline de Monac, Michelle Pfeiffer, Florence Arthaud et son pote Thierry Lhermitte. Ah, et aussi, mais on s’en fout, Mimi Mathy.
Au poste, on écoute Dalida, Patachou, l’excellent René-Louis Laforgue, le non moins séduisant Philppe Clay, mais aussi Harry Belafonte, Elvis et The Crickets.
Quant à moi, bouleversée par l’horrible mort de la chienne Laïka, lancée dans l’espace par les Russes, je lui compose mon premier poème.

L’année 56 ici

* Blecteurs : lecteurs de blog.
Sources diverses. Texte et dessins© dominique cozette.

INFO OU RAPPEL : VERNISSAGE de l’expo « de l’amour, de l’état brut, de la nature humaine » avec Cathy Burghi et Céline Guichard,  le 3 mars à 18 h. au cabinet d’amateur, 12 rue de la Forge Royale, 75011, près de la Bastille. En savoir plus ici

Categories: du vrai
  1. yvain1968
    22/02/2011 à 13:17 | #1

    Merci encore! J’adore le décryptage de chaque année, moi qui ne suis arrivé qu’en 68, je me délectes de chaque petites anecdotes et cela me donne envie de fouiller plus loin!

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