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La vie si mooch de Dan Fante

07/02/2011

Mooch est le titre original du bouquin de Dan Fante, « la tête hors de l’eau », qui nous conte ici l’exténuante épopée de Bruno Dante — le double officiel de l’écrivain — en proie à deux irrésistibles démons : l’alcool et le sexe-avec-Jimmi, Jimmi étant la nana la plus bandante du monde et de tous les temps et à laquelle, bien qu’elle soit une sale pute junkie et même pas amoureuse – il est impossible de résister.
Voilà donc Bruno, abstinent depuis quatre mois, qui se retient de se bourrer la gueule après avoir été viré de son sale job de vendeur d’aspirateurs. Sauvé par un gentil des Alcooliques Anonymes, il poursuit sa rehab en 21 étapes en télévendant des toners. Très doué. Il se refait vite, il va s’en sortir mais ah, merde ! il y a cette damnée call-girl qui le rend dingue. Dès lors, nous nous mettons avec lui, derrière lui, lui crions : attention Bruno ! Non, fais pas ça !!! Brunooooooo !!! Mais c’est sa croix, c’est son histoire. Il va s’enquiller toutes les conneries qui se présentent pourvu qu’il assouvisse ce vieux désir charnel de posséder cette salope qui ne veut pas de lui. Juste son fric. Et alors, trois verres, une bouteille pour oublier qu’elle est partie, ou qu’elle est revenue, ou qu’elle est enceinte, ou qu’elle suce quelqu’un d’autre, ou qu’elle fait la fête avec ses potes et du crack, ou quoi encore ? Et la ruine, la honte, viré comme un malpropre, dégueulant partout, suppliant, faisant n’importe quoi… Et puis repartant, clean, promettant… L’enfer.
C’est l’Amérique des Fante, Dan c’est l’un des fils du grand John. C’est les motels pourris, la vue sur Venice Beach, les boutanches cachées dans des sacs en kraft, les bagnoles qui pètent sous le soleil de plomb, les pépées pathétiques et sublimes qui fouillent dans ton ben à la recherche de ton fric et de ton zob, les clopes bogartées au son du cliquetis de l’Underwood, le sang qui gicle sous n’importe quel prétexte, les faux amis qui te niquent et l’amour qui te nargue tel un mirage dans le désert de la mort.
L’exergue, déjà, donne le ton : « ce livre est dédié à mon frère aîné, Nicholas Joseph Fante, 1942-1997. Mort d’alcoolisme. Ecrasé comme un chien dans la rue. »

Ce bouquin me donne envie de lire ses autres et surtout de relire tout son père, car d’un seul coup, Bandini me manque terriblement. Arturo Bandini, le double de John Fante.
Dan Fante. « La tête hors de l’eau ». 1988. Paru en 2001 chez Christian Bourgois.
Pour en savoir plus sur les Fante, relire l’excellent article d’Emeline Ancel-Pirouelle sur l’excellent blog de Pierre-Arnaud Gillet qui est un fan absolu. C’est ici.

Texte et dessins © dominiquecozette

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