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Une quarantenaire vénère !

18/06/2010

Marine Pénicaud, amie FaceBook a réagi à mon article (et ma chanson) : toutes les filles de mon âge en 60 ont comme moi soixante ans aujourd’hui.

« Toutes les filles de mon âge, les mères :
Toutes les filles de mon âge ont 43 – 48 ans, ce qui n’est même pas un chiffre rond dont nous pourrions nous vanter.
Nous ne nous sommes jamais battues pour un monde meilleur, nous n’avons pas partagé d’idéaux communs, nous n’avons fait que récolter les fruits d’un combat féministe déjà en perte de vitesse.
Nous raclons maintenant les fonds tout cuits, trop cuits de ces beaux idéaux qui nous ont fait croire mordicus et dès le départ que notre indépendance de femme était naturellement légitime.
Or, dans mon milieu, nous sommes, toutes les filles de mon âge, perdues entres deux O, entre Orgasmes et Ornières, orgasmes pas toujours conjugaux, et trop rares, et ornières le plus souvent professionnelles, alors qu’on voudrait tellement déchirer en affaires, dans toutes nos affaires. Nous sommes obligées de composer entre un mari en pleine crise, quand y’ a un mari, et y’en a de moins en moins, des finances catastrophiques pour nos âges, des ados qui font chier, un boulot bien en deçà de nos espérances de jeunes femmes – quand on s’appelait encore des « filles » – , une maison qui nous bouffe un temps innommable, des emmerdes administratives à régler toutes seules (les mecs ne s’en n’occupent pas, ça ne les intéresse pas !), des scandales de la vie domestiques à se fader trop souvent, et des repas, pour 3, 4, 5 personnes, tous les soirs, avec des protéines s’il vous plait, pour tout ce monde qui, à table, est « en pleine croissance » (tu parles !) et qui constitue notre propre famille à nous, celle qui s’est faite parfois bien malgré nous. Pour ma part, j’aurais tellement voulu offrir une autre enfance à mes propres enfants, et aussi bien, une autre relation à mon amoureux qu’était leur père. Mais il faut composer avec tout cela, quand on est soi-même encore adolescente dans l’âme ! avec la soif d’un monde meilleur ! avec du temps à soi, puisqu’on nous serine à longueur de temps : « pense à toi ! », « fais-toi plaisir ! », « fais ce que tu veux ! »… Ben Merde : on peut pas ! pas assez (bien un peu tout de même, encore heureux !) (et dire qu’il y a toujours pire que sa propre situation …
Les petits plus (plus de temps, plus de gadgets, plus de fun, plus de tout à mon avis) des sexygénaires nous sont inabordables, et ça, c’est carrément insensé ! Vous pouvez rigoler mais je me demande bien où sont partis les idéaux de ces sexagénaires, celles qui dépensent maintenant leur fric fou, ou celui de leur mari quand ils sont encore là, celles qui sont devenues des capitalistiques épanouies, mais qui, peut-être, ont gardé leurs beaux idéaux pour leur pomme ! et rien que pour leur pomme ? je n’arrive pas à y croire…
Et notre liberté de femme qu’on a crue si chèrement gagnée, elle est où MA liberté ? Je la vois de trop loin, c’est dégueulasse ! et puis merde. »
Texte © marine pernicaud (qui est sur fb si vous voulez la cliquer. Marine, fais-toi cliquer !)
dessin © dominiquecozette (le dessin ne représente pas Marine).
Categories: caustic
  1. olivia van hoegarden
    18/06/2010 à 21:58 | #1

    Que de frustrations sous entendues; j’ai presque 60 ans (58 en fait) et j’ai raté la loi sur l’avortement à une année près, alors j’ai visité l’Angleterre. Je n’ai pas terminé mes études parce qu’il fallait travailler, alors, j’ai travaillé, dur mais j’ai fait un boulot incroyablement agréable. J’ai épousé un mec bien, puis un autre tout aussi bien qui est là depuis 27 ans. J’ai eu quatre enfants, j’ai gagné de l’argent pour les élever ou les faire élever. Ils sont la richesse de ma vie, les êtres que j’aime le plus au monde. Puis, j’ai perdu mon travail, et oui, trop vieille, mon mari a perdu son boulot en même temps que moi, plus de fric mais un toit sur la tête MAIS la retraite qui s’éloigne de 8 mois. Donc on fait ce qu’on peut. Nous sommes en bonne santé, nos rejetons itou. On se prive de tout, sauf de petits chiens. J’ai trop de kilos en trop mais les régimes, quand il en y en a un, ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça ne va plus. Globalement, je n’ai pas l’impression d’être passée à côté de tant de choses, sauf peut être….Mais non, ça n’a aucune importance, aucun intérêt. J’ai rencontré l’amour plusieurs fois, j’ai quelques très bons amis, j’ai fait de beaux voyages qui m’ont laissé des étoiles dans les yeux. Je souffre juste de….mais non, ça non plus ça n’a aucun intérêt. J’ai tendance à voir surnager le bonheur dans ce qui reste de ma vie malgré les échecs et les tragédies. Je ne suis pas une conseilleuse, je voudrais seulement que ce soit le cas pour toutes les femmes de ma génération, de celles d’avant, qui en ont fait beaucoup, de celles d’après qui héritent d’une vie globalement pas très jouasse vu la conjoncture
    et qui comme moi, comme nos mères et nos filles se battent tout autant que les pionnières mais sur d’autres plans. Je voudrais que ça soit le cas pour vous, Martine. Je vous embrasse.

  2. olivia van hoegarden
    18/06/2010 à 22:05 | #2

    Je n’ai pas trouvé Martine Pénicaud, tu lui transmettras ce post avec mes amitiés.

  3. Marine
    21/06/2010 à 01:34 | #3

    Ce qui m’intéresse, Olivia, ce sont vos points de suspension. Que cachent-ils donc ?
    j’ai l’impression que mes échecs et mes tragédies me rendent aussi beaucoup plus conscientes de mes succès et de mes joies. La vie n’est facile certes pour personne et globalement nous n’avons pas à nous plaindre. Mais c’est si bon de râler !
    Et pour me battre, je ne suis pas la dernière.
    Je vous embrasse aussi, Olivia. Marine sans Thé.

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