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Never in love again

28/04/2010

Elle m’a aimé, comme toutes les autres, pour mon dandysme et mes conneries, mes addictions, mes potes, mes conquêtes, mes pompes cirées, mes absences, mes goujateries, mes cadeaux, mes défauts. Tous. Je les ai tous. Aucune qualité particulière.
Je l’ai aimée follement pour un geste et la forme de ses dents. Puis tout le reste. Elle m’a suivi partout, m’a supporté, s’est incrustée, s’est humiliée, s’est entêtée, s’est entichée, s’est enterrée. M’a attendu, pardonné, nourri, consolé, habité, séduit puis attendri.
Alors j’ai accepté. De couper avec certains, certaines surtout, de fuir certains lieux, de renoncer à certaines mauvaises habitudes, de prendre un peu soin d’elle et beaucoup de moi, de dire nous.
Elle m’a convaincu que le bonheur n’était pas loin, que la santé n’était pas con, que la passion n’était pas nulle, que le fric n’était pas tout, que l’amour n’était pas sot.
Elle a fait faire une copie de mes clés, déballé une télé jamais regardée, rempli un frigo qui ne servait qu’aux glaçons et autres substances, accroché des rideaux inutiles aux verrières, ajouté son nom sur ma boîte à lettres, apporté une malle d’affaires et de produits, géré notre emploi du temps, envisagé un rencart chez le notaire.
Elle a fait livrer des potages, a confectionné des tartes, m’a fait couler des bains, m’a offert des pyjamas, m’a enfilé des pantoufles, m’a empêché de voir mes potes, m’a fait visiter des quartiers.
Puis un jour, je l’ai entendu dire à une de ses amies au téléphone : Tu sais, je suis déçue, la vie à deux c’est très très boring.
Alors je me suis souvenu que Johnny disait ça. Elles aiment que je sois un rocker, puis font de moi un mari puis me quittent car je ne leur plais plus.
C’est moi qui suis parti sur la pointe des pieds. Ils ont fêté mon retour, trois jours trois nuits non stop. Plus une gardav de dégrisement.
Quand j’ai réintégré mes pénates, elle était hystérique. Je l’ai trouvée très quelconque, l’ai gratifiée d’une semaine de préavis pour quitter les lieux. J’avais déjà oublié son prénom.
Je ne souhaite à personne une histoire d’amour avec moi-même.

Texte et dessin © dominiquecozette

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