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Vu à la radio

24/02/2010

Avant, tu étais invité(e) à la radio pour causer dans le poste, tu y allais comme ça, pas coiffé(e), pas sapé(e), pas maquillé(e), mal chaussé(e) etc… Tu pouvais faire des mimiques, des grimaces, des gestes insensés pendant qu’on te posait des questions ou que des infos tombaient. Tu pouvais aussi mettre les doigts dans ton nez, fumer une clope, mettre une main aux fesses, boire de l’alcool, être moche sans que ça se sache, auréoler tes aisselles, te gratter le ventre, que sais-je… Mais voilà que les studios radio sont devenus des relais d’internet, du zapping, du Petit et du Grand Journal. Et voilà qu’on montre tout ce qu’il s’y passe. Enfer et damnation, plus rien ne sera jamais pareil. Le secret de la confession en feutré disparaît pour faire place soit au cabotinage, soit à l’immobilité totale (après une  prise en flag d’exploration nasale, Roselyne Bachelot se statufie dorénavant sans ciller). Tout ça pour quoi ? Pour faire de la mauvaise télé ! C’est pas que ça me dérange vraiment, je m’en tape même le transistor,  c’est que ça change l’esprit.
A partir de maintenant, on ne comprend plus qu’on passe la voix de quelqu’un sans une image qui bouge et qui va avec. On s’étonne qu’on ne soit pas dans les coulisses de la chose et dans les chiottes des coulisses. On veut tout voir, tout savoir, avoir des preuves, des vu-de-mes-yeux-vu, des sources sûres. Imaginer n’est plus intéressant, c’est même pénible, ça fatigue la tête. A partir de maintenant, on veut du making off, du webcamé, du coloscopique, du trou se serrure. Moi je dis : pourquoi on ne fixe pas un petit écran sur la radio pour la regarder ? Quelqu’un (à l’intérieur de ma tête) me rétorque : t’es con, ça serait de la télé, voyons ! Voyons, bien sûr, mais qu’est-ce qu’on est con, parfois. Enfin, je parle pour moi et je vous jure que si j’étais filmée en train de me fustiger ainsi, ça passerait en boucle sur Youtube  !

texte et dessin © dominiquecozette (sujet très très vaguement inspiré de « au poste » de Judith Sibony)

Categories: caustic
  1. olivia van hoegarden
    24/02/2010 à 22:14 | #1

    Très joli dessin, c’est toi m^me personnellement tu?

  2. 24/02/2010 à 22:16 | #2

    Très beau billet comme toujours, et comme tu as raison!
    Comment on en est arrivé là?
    C’est qu’on est dans une ère de paraître, et que l’être on s’en fout complet …
    Macha, par exemple, les gens ils la préféraient « Sous le Soleiiiiiiil », ça leur parle davantage, la fashionnerie…
    L’image ça les rassure, ça les éthérise…
    L’image a fracassé la vérité solitaire de la voix …
    C’est pourtant cette vérité solitaire qui faisait l’essence même de la radio…
    :) )

  3. Chrystel
    25/02/2010 à 15:46 | #3

    Coco, tu me fais rire avec tes délires sur tout et n’importe quoi! En plus tu crayonnes bien!
    C’est toi? Je suppose!
    Dis, souviens toi (ou pas) le cinéma muet? C’était l’inverse!
    ça bougeait dans tous les sens mais ça parlait pas! Pourtant ça faisait rire ou pleurer!
    Le premier film « L’arroseur arrosé » a été accueilli comme un miracle à l’époque!
    Mais il y avait une différence importante! L’imagination, si tu voulais suivre l’intrigue, il fallait bien la faire travailler! Il fallait d’abord lire le texte, entre deux plans, trouver la bonne intonation pour donner aux répliques leur sens véritable, pour que toute l’émotion contenue dans une scène atteigne le cerveau!
    Encore fallait-il savoir lire correctement! T’imagines voir ce genre de film en anônnant, comme un écolier! Et j’ajouterai que le cinéma parlant a interrompu la carrière de bon nombre d’excellents comédiens (et comédiennes) en dévoilant « la vérité solitaire de leur voix »!

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