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Archives pour 01/2010

Mister Boltanski speaking…

31/01/2010 Comments off

Quelques bribes de l’entretien de Boltanski par Vincent Noce, Libé d’hier, dans son atelier de Malakoff, autour de deux bouteilles de vodka cerise.
« Avez-vous déjà dit : « Il faut tuer tous les Juifs et tous les coiffeurs », on vous répond : « Pourquoi les coiffeurs ? » Moi, je vois plein de raisons, ils ne sont pas propres, ils sont bavards, il y en a qui sont gays. Mais pour les Juifs, c’est évident, n’est-ce pas ? » …
Pourquoi raconter qu’il a des origines corses ? « Ah, cela c’est un journaliste américain qui m’a dit : vous êtes un artiste juif ! cela m’a tellement énervé. « Mais pas du tout« , ai-je rétorqué, « je suis corse ». Vous avez raison, je suis un menteur.
Kundera disait : « Que les vieux morts laissent la place aux jeunes morts ».
J’aime beaucoup le bricolage, j’ai fait au moins 3000 cadres. J’y prends beaucoup de joie. j’écoute France Culture toute la journée, mais je suis occupé. C’est mon grand problème. Je passe ma vie à ne rien faire. J’aime cuisiner, là, au moins, on fait quelque chose, et c’est utile. On fait attention, c’est important… les vernissages, les cocktails, passer son temps à voir des gens, il faut le faire mais c’est extrêmement négatif. je suis un si jeune retraité, quelle vacuité ! Je reste des heures dans cet atelier, à ne rien faire, face à un mur. …
Au musée tout est sacré. Chez moi, il n’y a rien de sacré. Pour rouiller mes boîtes, je pissais dessus. Après, je les ai arrosées de Coca. Un conservateur pour une exposition les faisait installer avec des gants blancs. Cela n’a aucun sens. »

Dessin © dominiquecozette d’après une photo de Libé avec le labre à tête de mouton (du film de J. Perrin) en transparence sur la page précédente.

Categories: kultur

Au s’cours, de la littérature !!! C’est du Bove…

29/01/2010 un commentaire

« Quand je m’éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux mais je n’en ai jamais le courage. Des larmes ont séché au coin de mes paupières. Mes épaules ne me font plus mal. Des cheveux raides couvrent mon front. De mes doigts écratés je les rejette en arrière. C’est inutile : comme les pages d’un livre neuf, ils se dressent et retombent sur mes yeux. »

© Emmanuel Bove (Mes amis) né Bobovnikoff d’un père russe qui ne travaille pas et se partage entre la mère  de ses fils et une Anglaise très bourge. Léon, le cadet et leur mère, ne cesseront de vivre aux crochets de l’écrivain. Léon, terriblement jaloux et amer se demande pourquoi Emmanuel s’est marié puisqu’il les avait, eux. A 80 ans, ce frère ingrat cherchera encore pourquoi Bove les a abandonnés (il est mort depuis belle lurette, en 45).

On fait souvent l’amalgame entre Bove et Henri Calet, de son vrai nom Raymond-Théodore Barthelmess, né le 3 mars 1904 à Paris et décédé le 14 juillet 1956. C’est lui a écrit « ne me secouez pas, je suis plein de larmes ». Voici le contexte de cette jolie citation : « C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. »

Dessin © dominiquecozette

Categories: bouquins

Un Président très irrité…

28/01/2010 un commentaire

- Dis-moi MAM, tu sais pourquoi je t’ai fait appeler ?
- Oui, monsieur le Président !
- Je suis très … étonné de l’issue de cette affaire, tu t’en doutes !
- Oui, monsieur le Président !
- A quoi que ça sert que je t’ai mis (sic) à la Justice à la place de l’autre écervelée, t’as une idée ?
- Oui, monsieur le Président !
- Et pourquoi aujourd’hui l’autre con est relaxé ? hein, tu peux m’espliquer (sic) ?
- Oui, monsieur le Président !
- Alors ?
- Eh bien, il est innocent, monsieur le Président !
- Tu te fous de ma gueule, MAM ! Personne est innocent si je ne l’ai pas décidé ! A quoi que ça sert d’être Président de la République et d’avoir mis des gens de confiance à la Justice, à la Police, à la Presse, à l’Immigration, à la télé si c’est pour que l’autre connard soit relaxé !!! HEIN ???? Tu crois que j’ai fait tout ça, TOUT ÇA, POUR QUE LE BELLATRE VIENNE FOUTRE SA MERDE EN 2012 ???
- Heu, oui Monsieur …heu non, Monsieur le Président. Je suis navrée, Monsieur le Président !
- Fous-moi le camp, maintenant, je veux plus te voir. Tu sais quoi ? Je vais te faire faire un stage chez Besson.
- Comme il vous plaît, Monsieur le Président…
- Avec Besson à ta place, il serait en cabane l’autre imbécile ! Mais pourquoi j’ai pas mis Besson garde des Sceaux ? Je suis con, mais je suis con !
- Mais non, Monsieur le Président !
- Comment ça, non ? Je te dis qu’ j’suis con, j’suis trop con, et trop gentil. Je devrais te décapiter, et pendre tes couilles à un croc de boucher !!!  Allez, casse-toi !!!.

… Et Carla, qu’est-ce qu’elle fout, Carla ??? A Cotonou, encore, elle y était déjà hier ??? Jamais là quand j’ai besoin d’elle !!! Heu… appelez-moi mon ex-femme… N’importe laquelle, j’m'en fous… Quoi, elles sont occupées, mais c’est quoi !!! Et Rama, et Rachida ???  Pas une pour rattraper l’autre, putain, ça sert à quoi d’être Président ??? Ah, non, pas Bachelot, non, merci… Pffff… Comment y faisait Kennedy ???

Categories: politic

Ecrivain, métier à risques selon Beig-BD

27/01/2010 2 commentaires

« Il est certain que la Quête de Plaisir Fugace diminue l’espérance de vie chez l’écrivain. Jacques Vaché est mort à 23 ans d’une overdose d’opium, Jean de Tinan à 24 de rhumatismes aggravés par une consommation d’alcools frelatés, Georg Trakl à 27 ans d’une overdose de cocaïne, Hervé Guibert à 36 ans du sida, Roger Nimier à 36 ans dans un accident d’Aston Martin, Boris Vian à 39 ans d’excès festifs sur cœur fragile, Guillaume Dustan à 40 ans d’une intoxication médicamenteuse, Guy de Maupassant à 43 ans de la syphilis, Scott Fitzgerald à 44 ans d’alcoolisme, Charles Beaudelaire à 46 ans de la syphilis, Alfred de Musset à 46 ans d’alcoolisme, Albert Camus à 46 ans dans un accident de Facel Vega, Jack Kerouac à 47 ans de cirrhose, Malcolm Lowry à 47 ans d’une overdose de somnifères, Frédéric Berthet à 49 ans d’alcoolisme, Jean Lorrain à 50 ans d’une péritonite consécutive à l’abus d’éther, Hans Fallada à 53 ans d’une dose de morphine, jean-Paul Toulet à 53 ans d’une overdose de laudanum… »
C’est dans le dernier bouquin de Beig-BD, là ousqu’il raconte sa gardav après ligne de coke sur capot. Des écrivains morts tôt d’excès (d’excès de morteaux parfois), il y en a un paquet qu’il a oublié* dans sa liste,  je n’ai pas le temps de chercher. Mais de mineurs, de couvreurs, de rockers disparus prématurément dans des accidents de bibine, substances illicites et dommages collatéraux, pas un mot ! Ah bon ? Il y aurait d’autres métiers à risques en dehors du sien ? Ben oui Fred ! Y a des gens qui vivent des choses aussi atroces que tes 30 heures au dépôt, y a des gens qui travaillent dans des conditions aussi épouvantables que les tiennes et qui ont aussi autant besoin de remontants que toi. Alors tu vois, Fredo, t’es pas tout seul, Fredounet, y en a aussi des palanquées  qui ont subi l’inénarrable choc du divorce parental, et aussi le départ irrémédiable du frère aîné vers sa vie d’homme et puis, Fréfré, qui n’arrivent pas à rester longtemps avec la même femme ô que c’est triste tout ça et aussi… quoi ? Qui ont ton nez et ton menton ? Non, Frédéric, tu es seul dans ce cas, faut assumer mon vieux, tout le monde peut pas avoir en plus un physique traumatisant…

Dessin et fin de texte © dominiquecozette

* Ça fait bizarre de ne pas mettre au pluriel mais il s’agit d’un paquet, n’est-ce pas, comme le paquet fiscal ou le paquet de l’ami du président, Bigard…

Categories: bouquins

Projet pour réchauffer la terre, François Beaune

26/01/2010 Comments off

« En 1912, l’ingénieur new-yorkais Riker suggéra de construire une jetée de 300 km de long au large de Terre-Neuve, afin de modifier la dérive du Gulf Stream. “Les bénéfices de ceci seraient énormes, écrit-il. Toute la glace de l’Antarctique fondrait, ce qui améliorerait le climat mondial de deux façons. L’Europe et l’Amérique du Nord seraient libérées des tempêtes et des courants océaniques glaciaux. Et sans la glace du pôle Nord, le pack de glace du pôle Sud deviendrait la partie la plus lourde de notre planète. La force centrifuge redresserait alors la terre. Avec l’hémisphère Nord dirigé vers le soleil, l’Europe et l’Amérique du Nord pourraient espérer un climat plus doux.” »

Un homme louche. François Beaune (Verticales 2009)
Dessin © dominiquecozette

(J’ai cherché Riker sur Google, sans acharnement, et je n’ai rien vu là-dessus. Encore une invention fumeuse de cet écrivain).

Categories: bouquins

Mes chaussures en peau de schtroumpf

25/01/2010 Comments off
bonpied

Vous les avez vus pour ma bonne année, mais j’aime bien qu’ils re-servent. Ce sont de bons pieds comme on dit à la caserne de Bonneuil (94). Alors voilà, c’est l’histoire d’un gars qui a une superbe paire de pompes en daim bleu, comme ses pieds car c’est un schtroumpf, et il y tient plus qu’à la prunelle de ses vieux (ses vieux fabriquent une liqueur de prunelle extra, c’est son alcool de prédilection). Et y a un de ses potes maladroit, le genre qui renverse son cocktail blue lagoon sur ton smoke, qui fait gicler le jus de sa langoustine sur ta chemise et la goutte de citron dans l’oeil de ta meuf qui est en phase d’adaptation de lentilles de contact. Alors le mec aux pompes bleues le prévient : je te préviens, mec, tu me marches pas sur les pompes, OK ? Tu peux faire tout ce que tu veux, m’envoyer un coup de tatane dans le gueule, écluser mes bouteilles de prunelle de mes vieux, foutre le feu à ma baraque, accrocher une photo de Sarkozy à mon rétro, faire des trucs avec ma meuf, tout, tu m’entends, tu peux tout me faire mais pas touche à mes pompes en daim bleu.
Alors qu’est-ce qu’il a fait le mec ? Il lui a foutu un coup de tatane dans la gueule, après, il s’est soulé avec les bouteilles de prunelles de ses vieux et puis il a niqué sa femme qui ne demandait que ça, il l’a embarquée dans la caisse du mari en accrochant une photo de Sarkozy au rétro (ça aide quand il y a un alcootest), puis il a foutu le feu à la baraque du mec et il s’est cassé. Il a plus jamais entendu un mec le gonfler avec ses pompes en daim de quelle couleur qu’assoient (heu… il sait pas trop si on dit comme ça, mais vous comprenez l’idée).

Dessin et texte © dominiquecozette d’après la chanson Blue Suede Shoes, paroles et musique de Carl Perkins, chantée aussi par Elvis the Pelvis et inspirée sans doute des célèbres Creepers en daim portées par les groupes de rock en costumes satinés ou smokes écossais de cette époque bénie.

Categories: kultur

Arnaud Fleurent-Didier met Villepin (en musique)

24/01/2010 Comments off
Villepin jeune

Villepin jeune

Arnaud Fleurent-Didier (écouter sa chanson « La reproduction » sur mon blog du 10 janvier, avec pour titre « Une des chansons les plus intelligentes de ces dernières années ») tout le monde en parle comme d’une révélation. Ce qu’il est puisqu’il vient d’être amplement révélé par les medias papier les plus influents. Il est certainement passé à la télé, mais je n’ai pas le nez dessus.
Comme il aime à le raconter, et excusez-moi mais moi ça me fait rire, que voulez-vous, il a mis en musique le discours de Dominique de Villepin contre la guerre en Irak à l’ONU. C’était en 2005.  » J’ai trouvé ce discours gaulliste beau et lyrique. Pour moi, Villepin s’opposait à Colin Powell avec sa grosse voix darth-vaderienne, comme le cinéma d’Yves Robert s’oppose au cinéma hollywoodien. La musique est lyrique, avec des choeurs un peu ridicules; on dirait une pub Ricorée. Pour moi, Villepin, c’est OSS 117, le type du héros français flamboyant et ridicule qui, dans le film, finit par se faire sodomiser sur une plage au Brésil… » Propos recueillis par Fabrice Pliskin dans le Nouvel Obs du 21 janvier 10.

Dessin peint et texte à part la citation © dominiquecozette

Categories: people

Pourquoi un ventre plat à tout prix ? Hein, Beaune ?

22/01/2010 Comments off

« Précision historique : les premiers restes de ventres plats ont été découverts en Egypte et remontent à environ quatre mille ans. Le ventre plat est une conséquence directe  de l’usage du profil dans les représentations picturales égyptiennes. Archéologiquement parlant, un hiéroglyphe à gros ventre signifiait la femme enceinte, et un hiéroglyphe à ventre plat la femme célibataire, en attente de partenaire. Le ventre plat au fil des temps est devenu une sorte de convention de langage, de sorte qu’aujourd’hui tout le monde comprend bien que les femmes qui cherchent à avoir un ventre plat nous signifient qu’elles sont ouvertes comme des huîtres à toute proposition. »

François Beaune. Un homme louche (Verticales 2009)
Dessin © dominiquecozette

(Ce bouquin est plutôt marrant, atypique, plein de théories fumeuses…)

Categories: bouquins

Beaune : un peu de psychologie féminine

21/01/2010 Comments off

« Parenthèse : ce que c’est que la « psychologie féminine » ? A priori une invention des hommes pour ne pas dire la « connerie des femmes ». Il n’y a rien à chercher dans cet abîme, si ce n’est que la « psychologie féminine »  est devenue une croyance répandue et vendeuse. La femme a des nichons alors elle est tenace. Elle n’a pas de pénis donc aucun sens de l’orientation. Elle peut avoir des enfants ce qui la rend angoissée, lunatique et frigide.
L’invention  de la « psychologie féminine »  semble légitimer des comportements catastrophiques et souvent obscènes, comme l’hystérie ou la désinvolture.
Emma, pas exemple, est une éponge poreuse. Elle ingurgite ce qu’elle entend, puis elle se souvient qu’en tant que femme elle est un peu tête en l’air. Alors elle se force inconsciemment à oublier tout ce qu’elle vient d’apprendre. Ce qui la ramène perpétuellement à son degré zéro et la maintient dans  cet état d’aliénation affligeant qui lui permet d’être un bon coup, une fille pas trop chiante. Fin de la parenthèse. »

François Beaune. Un homme louche (Verticales 2009)

Dessin/peinture © dominiquecozette

Categories: bouquins

Nouvelles al-art-mantes !

20/01/2010 Comments off

La rédaction du magazine britannique Artreview, « assistée d »experts » aux noms  gardés secrets, vient de classer les 100 personnes plus influentes de la scène artistique internationale actuelle. Parmi elles, six Français : les collectionneurs François Pinault (n°6) et bernard Arnauld (49), le diercteur du Centre Pompidou Alfred Pacquement (18), le galeriste Emmanuel Perrotin (64), le critique d’art Nicolas Bourriaud (68) et la sculptrice Louise Bourgeois (75).

A quand un lieu d’exposition, dans la capitale, subventionnée par l’Etat ou par la ville, et prêté aux artistes ? Pourquoi le Grand palais ou l’Espace 104, entretenus à l’aide de nos impôts, ne remplissent-ils pas cette mission ? L’essentiel des lieux parisiens (soir 575 000 m2) sont depuis 2008 aux mains de VIParis, soit Unibail-Rodamco, une foncière immobilière membre du CAC 40, ayant passé un accord avec la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le Salon d’art actuel MACParis vient de lui louer l’Espace Champerret (500 m2 , 5 jours durant) « entièrement aménagé » pour … 205 000 euros. L’artiste souhaitant une prise électrique sur son stand devait débourser 75 euros supplémentaires, entre autres.*

Texte rubrique « bref » dans Artension jan/fev 2010.
Dessin © dominiquecozette * bien placée pour le savoir.

Categories: kultur

Enfance de lard(on).

19/01/2010 Comments off

« J’ai joué du clairon dans la phalange enfantine des sapeurs pompiers de Reims et de la trompette, dite d’harmonie. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais je faisais partie de ces gens qui pensent que ce n’est vraiment pas pour eux, les choses artistiques. Mes parents espéraient pour moi un boulot à la poste. Une bonne place et en plus, on a les vêtements, on n’use pas trop ses vêtements personnels. Plus tard, ils ont été très inquiets, ils ne comprenaient pas trop ce que je faisais, je travaillais vaguement dans des journaux où on écrivait « ta gueule ! » à la une. Ça ne pouvait pas bien être intelligent tout ça. Moi, je suis venu un peu par hasard à l’écriture, à l’inverse des gens qui écrivaient déjà des poèmes dans les marges de leurs cahiers. Le contraire des gens comme mon fils. Nous, les gens de 45 ans* d’un certain milieu, on a l’impression qu’on a tous les mêmes gosses, des gosses pas cons mais qui ne foutent rien, qui dessinent ou qui grattent un peu la guitare, qui ne savent pas ce qu’ils vont faire. Ce qui est certain, c’est qu’ils ne vont pas aller à l’usine ou à la poste. C’est seulement dans les sphères artistiques qu’ils cherchent. Ils ne voient pas ce qu’ils pourraient faire d’autre que d’écrire des livres ou d’enregistrer des disques. Pour moi, c’était tout à fait le contraire. Tout ça n’était pas pour nous. »

Très vieil extrait d’une interview de Jackie Berroyer réalisée pas Sylvain Bourmeau et Gilles Tordjman, vraisemblablement aux Inrocks dans les 90′s. (* Berroyer est né en 46)
Dessin © dominiquecozette

Categories: kultur

Que foetus là ?

18/01/2010 Comments off
Abortion #7 ratée : naissance à venir

Abortion #7 ratée : naissance à venir

Il avait tellement envie d’être dehors, de voir ce qui se passait, quels étaient tous ces sons, toutes ces lueurs, d’où provenaient ces goûts somptueux qui lui parvenaient dans le tube à manger, qu’il entreprit sa descente vers le bout du tunnel. Mais qui vit-il au bout du tunnel ? La face hostile du dieu-médecin qui tonna :
- Que fais-tu là, têtard, si tôt ? Qu’est-ce que tu crois ? Que tu vas survivre avec tes pauvres petits organes minables ?
Le têtard tordit son nez comme s’il allait pleurer.
- Bon, écoute, tu choisis : ou tu sors maintenant et tu te retrouves dans une boîte en plastique, tout seul, tuyauté de partout, le nez, la gorge, les bras, le nombril et une inquiétante machinerie autour de toi. Ou tu remontes, tu grandis encore et tu nous reviens dans trois mois.
Le têtard souleva un sourcil d’étonnement.
- Parce que dans trois mois, la plus merveilleuse femme au monde te cueillera dans ses bras, t’offrira ses seins juteux, t’embrassera les joues et les fesses. Elle sera tout à toi, rien qu’à toi, te chantera des romances, te montrera partout avec une immense et tendre fierté : tu seras son roi.
Il n’y avait, effectivement, pas à balancer. Le têtard prit ses jambes à son cou pour gravir le col de l’utérus et se réinstalla confortablement dans son nid douillet. C’est vrai qu’il était bien là, royal au bar, tout compris. Et puis, c’était bien de se faire désirer, non ?

Texte et photo © dominiquecozette

Categories: fictions

George Clooney m’offre un café !

17/01/2010 Comments off

Incroyable ! la pub s’immisce dans les rêves, maintenant ! Car, mes chères amies, George Cloonet himself, cette nuit, m’ a proposé un café (je tairai la marque, il n’y avait d’ailleurs pas de logo, ni de dosette). Le temps qu’il tende le bras vers moi avec sa tasse dans la main, mon cerveau véloce chercha quelque chose de très fin, de très spirituel à lui dire, quelque chose qui me singularise, plutôt que la plaisanterie éculée qui consisterait à lui dire « c’est horrible, j’aimerais bien vous dire autre chose que la plaisanterie éculée que toutes les femmes doivent vous dire dans cette circonstance ». Or, je ne sais absolument pas comment on dit éculée en anglais et je trouve que « old joke » ne fait pas littéraire. C’est là que le rêve se dilue, je m’éveille sans même une odeur de café puisque nous sommes thé du matin,  et une question s’impose immédiatement : mais pourquoi  avoir construit autant de bâtiments  à cet endroit de Port-au-Prince alors que, selon la théorie tectonique des plaques connue depuis longtemps, les risques étaient bien réels ? J’ai imaginé le cauchemar de ces milliers de victimes, sans sommeil, sans lit, sans rêves, sans café, sans rien. J’ai préféré ne pas me rendormir.

Texte et dessin © dominiquecozette

Categories: people

L’invention qui fait pschittt !

15/01/2010 Comments off

Le marketing-man qui a inventé le déo est très fort car il s’agit de supprimer l’animalité de l’homme, alias son parfum de fauve paré de vertus aphrodisiaques censées attirer la femelle dans le but de copuler. Rappelons que dans toute espèce animale, le coït a été créé pour la reproduction de l’espèce.
Sauf que l’homme, qui n’est absolument pas, mais alors pas du tout conditionné par son animalité, n’a pas besoin de cela pour tomber ses partenaires. Cela pue, n’est-ce pas, cela sent le bûcheron négligé, et il est inenvisageable qu’un homme civilisé, un citadin, un bourgeois, sente comme le bûcheron négligé. On décide donc que ça pue. Pouah, que ça pue !!! Alors que faire pour ça ne pue plus ?  Mettre une autre odeur, mais alors là, pas n’importe quelle odeur, un truc étudié en laboratoire, testé sur des  souris blondes qui tombent comme des mouches blondes dès que l’on  pschittte de l’Axe à proximité. Si ça marche sur les souris blondes, ça marche donc chez les femmes. En résumé, on supprime une odeur efficace et gratuite pour la remplacer par un spray douteux et payant (et pas très bon pour le trou du ciel).
C’est exactement comme si on décidait que les vrais seins (gratuits), c’est moche. Ouh que c’est moche, les vrais seins ! et qu’il est urgent de les remplacer par des seins synthétiques (très chers) pour être plus séduisante ! Vous imaginez ? Ça serait ridicule, non ?
Voir l’effet Axe (Lynks en anglais) en video ici

Texte et dessin © dominiquecozette

Categories: caustic

Pute incandescente

14/01/2010 Comments off

Oui, ce titre est putassier mais c’est pour attirer votre attention sur un livre assez exceptionnel écrit en 06 et sorti et postfacé en France en 09, qui réinvente la vie de Valerie Solanas. Valerie Solanas ? Oui,  cette féministe radicale  qui tira sur Andy Warhol, le handicapant à vie, et qui est morte toute pourrie, bouffée par les asticots, dans une vieille piaule d’un hôtel social miteux de San Francisco.
Sara Stridsberg, l’auteure, est une belle brune suédoise comme toutes les suédoises. Son roman est fait de déconstructions, séquences, montage chahuté, mélange des styles, réinvention, à l’image de la confusion qui marqua la vie de Solanas. Le traducteur, Jean-Baptiste Coursaud, a fait un superbe boulot.
A vrai dire, cette Valerie Solanas n’a pas eu de pot. Son père l’a violée à partir de sept ans, il semble que son beau-père aussi. Elle a alors décidé de fuir à 15 ans et  pour survivre, elle s’est prostituée. Puis droguée. Intello,  elle a écrit une pièce provocante, « Up my ass », qu’elle n’a eu de cesse de vouloir faire monter par Warhol. Comme à son habitude, il a fait de Solanas son matériau artistique dans deux « films » pas très glorieux pour elle. Mais il n’a jamais donné suite pour la pièce. Il ne la lui a jamais rendue parce qu’il l’a perdue.
Valerie Solanas s’est fait connaître pour son essai « SCUM Manifesto »  où elle prône l’éradication pure et simple des hommes. Sans succès. Douée pour les études scientifiques où elle est admise comme boursière, elle ne sera pas autorisée à créer une société de souris femelles pour illustrer sa théorie anti-mâles. Elle plaque la fac puis recommence ses errances, loqueuse, affamée, mendiant et insultant les passants, vendant pour un dollar son Manifeste ronéotypé, ou son cul, avec toujours son rouge à lèvres sur les dents. Je résume, c’est bien plus énorme que ça. Ça foisonne…
Sara Stridsbert « La faculté des rêves » chez Stock la cosmopolite 2009.

Bonus pour contrebalancer : J’aime pas les filles, par Florence Foresti. CLICK

Texte et dessin © dominiquecozette

Categories: bouquins, people