L’Arabe du futur 4 à lire d’urgence !

16/10/2018 Aucun commentaire

Riad Sattouf nous raconte la suite de son enfance dans ce quatrième tome, mais pas la fin car il nous laisse sur un suspense insoutenable, un très lourd épisode familial. Mais avant que ça n’arrive, on voit la fissure entre ses deux cultures se creuser irrémédiablement. Pour ceux qui ne connaissent pas : Riad est le fils d’une Bretonne libérée et d’un Syrien universitaire « moderne ». Ils se sont rencontrés au resto U de la Sorbonne, se sont mariés et ont fait trois garçons. Le hic, c’est que les deux cultures sont difficilement compatibles. Voir les tomes précédents. Mais en plus, le garçon est tout blond, angélique, rien d’un Syrien donc une risée pour ses cousins quand ils vont là-bas.
Dans ce tome 4, l’écartèlement s’intensifie. La mère suit parfois son mari dans leur « trou » syrien où elle s’ennuie comme un rat mort et Riad, qui a perdu l’usage de l’arabe, régresse de deux classes. De plus il se fait traiter de juif et maltraiter. Sa mère ne veut plus vivre ici. Revenus en Bretagne, le père travaillant comme prof en Arabie Saoudite, le garçon retrouve une bonne classe mais se fait traiter de pédé. Il a une voix haut perchée, une silhouette malingre, pas confiance en lui bien sûr. Ne parlons pas de son nom qui provoque des quolibets humiliants. Aucun ami. Toujours seul. Heureusement qu’il dessine. D’un côté, son grand-père breton le pousse à regarder le cul des filles, de l’autre son père, devenant de plus en plus religieux, voit d’un très mauvais œil la vie occidentale avec toutes ces femmes indécentes, dont la sienne qu’il tente de faire surveiller par son fils tellement il devient con. Quand elle tombe malade, elle ne l’en informe pas de peur de le voir revenir.
Tout est dur pour ce pauvre gosse, l’adolescence ingrate avec son acné, les attaques et la haine que lui prodiguent les autres. Bien que s’étant fait faire une coupe à la Tom Cruise pour lui ressembler, il ne suscite aucun intérêt de la part des filles. C’est un amoureux frustré. Son père au téléphone le charge du poids de la religion, le stresse avec des obligations de résultats alors que sa mère se débat avec le peu de fric qu’il envoie. Son père est raciste, pour la peine de mort, sexiste, intolérant. Quand il débarque en France, ou qu’eux vont en Syrie pour voir leur famille, ce sont des scènes et des violences verbales sans fin entre sa mère et son père. Jusqu’à ce qu’un événement tragique arrive.
Mais il y a beaucoup d’humour aussi. Ce livre très épais est poignant et irrésistible. Formidable, même. A lire absolument et à faire lire aux enfants.

L’Arabe du futur 4 de Riad Sattouf aux éditions Allary. 2018. 280 pages. 25,90 €

Texte © dominique cozette

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Oh, les joyeuses birkinades !

14/10/2018 Aucun commentaire

Quel phénomène, cette nana ! Vous n’avez sans doute pas échappé à quelques promos sur son journal intime, donc vous savez de quoi il retourne. Ah, vous ne savez pas ? Ce sont des fragments du journal qu’elle a commencé à 11 ans et stoppé lors de la mort de Kate. Elle l’a écrit en anglais et traduit elle-même en français. Ce n’est pas Proust, c’est du Birkin. Elle écrit comme elle cause, avec accent, tournures de phrases bizarres, mignonneries mais surtout beaucoup de franc-parler, si ça peut se dire pour une Anglaise, qui frôle parfois l’indécence.
Une vie extravagante, où rien ne se censure malgré une éducation très soignée, son daddy chéri la destinait à être une deb et trouver le mari à 18 ans. C’est elle qui l’a trouvé, petite oie blanche complexée face à John Barry, ce grand séducteur (le mot est faible) riche et célèbre qui ne célèbrera pas beaucoup son adorable épouse, lui préférant d’autres romances. Il la rend tellement malheureuse ! Elle s’ennuie tellement ! Elle divorce très vite, leur fille Kate a trois mois ! Puis après, c’est Serge, on connaît l’histoire, mais racontée autrement, ça prend une autre tournure. C’est que le tendre Serge a parfois la main lourde et le verbe assassin. Que de scènes et de violences parfois. Mais elle l’aime tellement ! Et puis les sorties insensées qui se finissent fréquemment dans un bain de … vomi. Ah oui, ça gerbe énormément, du côté de chez eux, même les petites, quand elles sont malades, ou en voiture. Et ça pleure énormément, et ça « rigole » sans arrêt. Les sentiments sont de sortie à toutes les pages.
Chez Serge, c’est pas le paradis. Pas le droit d’aller dans le salon, ne rien toucher de ses affaires à lui, tabou total, alors, Jane et ses filles restent dans la cuisine à regarder la télé. Jane négocie un »boudoir » pour avoir un coin à elle. C’est dingue ! Douze ans passés chez lui, elle n’a jamais été chez elle. C’est pour cela qu’elle a acheté une petite baraque en Normandie.
Il y a des passages très touchants, très tendres lorsqu’elle fait les portraits détaillés de ses filles, très nuancés, très profonds. Et bien d’autres pages délicates sur ses amitiés, ses parents, son frère et sa sœur.
En fait,  un livre comme celui-ci ne se raconte pas, il faut le lire si Jane et Serge vous intéressent. La fin du volume, c’est une sorte de Jules et Jim où Jane oscille entre Serge et Doillon qui bave devant elle. Elle réussit à faire qu’ils deviennent amis, ils se revoient plus tard, lorsqu’elle a Lou et lui Lulu avec Bambou. Elle annonce tout ceci à la fin du livre, mais ça sera raconté dans le tome 2.
En attendant, en voilà une qui n’a pas froid aux yeux pour publier des choses aussi personnelles, voire honteuses. Pour notre plus grande curiosité. Sacrée Jane b. !

Munkey Diaries de Jane Birkin, 2018 aux éditions Fayard. 352 pages. 22,50 €.

Texte © dominique cozette

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Les Fessebouqueries #412

13/10/2018 Aucun commentaire

D’après el papa di Roma, la France serait envahie de tueurs en série. Mon Dieu ! On comprend mieux pourquoi Macron cherche son chef des flics avec une telle minutie, entrer dans le ventre des femmes demande effectivement beaucoup de doigté. Ce que Ruffin ne se targue pas de posséder pas plus que de langue de bois ! Bon, à part ça, tout va bien, la patrie de la samba s’en bat les yocs de la gauche et il fait chaud pour la saison : vive le réchauffement, enfourchons notre trottinette  !

- AB : Le pape compare l’avortement au recours à un « tueur à gages » : il faut croire que sa longue expérience de femme enceinte plaide pour lui
- DC : Les curés pédophiles ne sont pas des tueurs à gages, leurs jeunes partenaires ne sont pas fécondables !
- NP : Si avorter c’est comme avoir recours à un tueur à gages alors la masturbation masculine c’est carrément du génocide.
- EC : c’est vrai que quand on privilégie les rapports sexuels avec des enfants prépubères, la question de l’avortement se pose moins.
- JB : Ils mettent tellement de temps à trouver le nouveau ministre de l’intérieur que j’ai l’impression qu’ils ont ciblé Xavier Dupond de Ligonès.
- OM : Ok le remaniement tarde à venir, mais vous croyez que c’est facile de bien choisir les Ministres qui vont démissionner dans 3 mois ?
- MB : ON RECHERCHE UN MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, TICKETS RESTO, CHEQUES VACANCES RTT ET PRIME DE CRÈCHE SVP C’EST URGENT
- ACD : Quand tu caresses le front d’un ado les yeux fermés, tu peux lire « je suis puceau  » en braille.
- OK : On a appris récemment que pour certains, Kev Adams est le Tom Cruise français. Aujourd’hui, on découvre que Cyril Hanouna est l’héritier de Michel Polac. Vivement qu’on m’explique que Booba est le nouveau Charles Aznavour.
- CC : Je suis au bord de la mer, j’ai mis un coquillage sur mon oreille, il m’a dit « t’es débile pourquoi tu veux entendre la mer dans un coquillage alors qu’elle est juste à côté » et ensuite il m’a pincée.
- RR : 7 jours pour créer un gouvernement. Ce n’est plus Jupiter mais Dieu le Père.
- AB : Une transition écologique ne suffira pas, il faut une cassure nette qui implique de renoncer à une partie de notre consommation. – Ah non, mon frigo, mon ordi, mon ventilo, mon phone, le chauffage, ma télé, ma bagnoooole !!
- JT : L’homme est un loup pour l’homme, surtout quand il a une trottinette électrique.
- VS : Vegans = Terroristes. Bouchers = Artistes. Ok tout est normal.
- ME : Arrêtez de vous attaquer à l’homéopathie. Elle ne vous a jamais rien fait.
- VS : Lundi, la presse s’affole sur les conclusions du GIEC sur le climat. Mardi, la presse fera la propagande du modèle de développement basé sur la croissance.
- RR : Je vais laisser mes charentaises sous le ficus… Si ça se trouve demain matin y aura le nouveau gouvernement dedans.
- PP : Pardonnez mon absence, mais sous prétexte que je suis payé pour, on en profite parfois pour me faire travailler.
- PLG : Je vous rappelle que le principe d’un remaniement ministériel c’est de prendre dans le gouvernement les gens dont on a pas voulu la première fois.
- VS : La civilisation est au bord du collapsus et les journalistes nous occupent en se demandant si Castaner va mettre des chaussettes bleus ou rouges avec ses grolles blanches
- PR : Ils veulent des ministres avec un casier vierge, mais ils les choisissent parmi les politiques. Cherchez l’erreur.
- MB : François Ruffin c’est un peu notre Élise Lucet de l’Assemblée Nationale
- NP : Il va quand même falloir qu’il se décide à un moment ou un autre : ça fait une semaine qu’Aurore Bergé vit dans ses cartons et que les déménageurs dorment dans le camion en bas de chez elle.
- MB : Si le Brésil se met aussi à élire un taré, la liste des pays où je n’irai pas continuera de s’agrandir et ça, c’est bon pour mon empreinte carbone. EXCUSEZ-MOI D’ÊTRE POSITIF HEIN.

Et un petit bonus hygiénique offert par la SNCF :
- CC : Ayant voyagé dans quatre trains différents aujourd’hui, je vous assure que l’espoir n’est pas mort, une chose nous rassemble encore : le manque d’hygiène. Une dizaine de voisin(e)s, à dix heures du matin comme à six heures du soir, visiblement, le coup de savon ça passe au-dessus de tout le monde, et je trouve ça rassurant de savoir qu’on a encore des petits trucs en commun qui vont au-delà des préjugés. Soyons sales ensemble, et vive le pince-nez, vive jacques mayol.

FESSEBOUQUERIES  RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les deux lettres sont les initiales des auteurs, ou les 2 premières lettres de leur pseudo. Illustration d’après photo web © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

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Les Fessebouqueries # 411

06/10/2018 Aucun commentaire

Une semaine d’actu 100% mâle parti : Aznavour parti trop tôt, Collomb parti d’en rire, JM lePen parti si peu passé, Zemmour parti cul lié, Valls tiré, parti, Macron partiniquais et l’Aquarius parti remise… Ah, mais si, pardon il y a une femme ! Et quelle femme ! Une ourse… Ah… Bah oui, chères amies, nous ne faisons pas le poids dans notre (qué)quête de parité. Tâchons de reprendre du poil de la bête, que diablesse !

- DT : Hommage militaire pour Charles Aznavour ? l’armée nie.
- HV : On lui a demandé de chanter à ses funérailles, il a refusé parce que c’était gratos
- NP : Comme quoi on peut s’appeler Shahnourh Varinag Aznavourian et ne pas être une insulte à la République. Mais je dis ça…
- FIA :  Nous prendre Charles et nous laisser Jean-Marie, c’est du foutage de gueule.
- GB : Je vous rappelle que dans l’ordre croissant d’atteinte à la dignité du président un doigt d’honneur compte moins qu’un « Hey Manu » qui lui même compte moins qu’être chômeur.
- OM : Emmanuel Macron restera dans l’histoire comme le Président qui a enterré les monstres sacrés du XXe siècle : Johnny, Aznavour, le PS…
- NP : Franchement Charles Aznavour qui meurt en pleine polémique sur la photo de Macron aux Antilles avec les deux jeunes… Vous croyez vraiment que c’est une coïncidence ?
- DJ : Dans le métro ce matin on a repéré un mec qui n’écoutait pas Aznavour. On l’a foutu dehors manu militari en lui crachant dessus pour lui apprendre le respect
- RV : Charles Aznavour a passé la dernière soirée de sa vie en compagnie de Michel Leeb. Comment survivre à cela ?
- CC : Tu rentres dans une station de métro et tout d’un coup l’odeur des bouses de vaches de ton village, c’est du Chanel.
- RR : En fait Drucker c’est pas un animateur télé, c’est un croque-mort.
- HK : Vends place Aznavour , Dijon Carré VIP 11 décembre valeur 150€, bradée 10 € !!!!!!
- JL : Johnny, Aznavour, on dira ce qu’on voudra c’est quand même sous Macron que le nombre d’exilés fiscaux a été considérablement réduit.
- OM : Peut-on être Ministre de l’intérieur quand on veut être à l’extérieur ? Vous avez 4h.
- SF :  —Pourquoi tu ne veux pas que je démissionne? —Tu es le seul à ne pas connaitre Benalla.
- PE : Hommage national à Gérard Collomb vendredi aux Invalides. Aznavour chantera pour l’occasion.
- JPT : A 40 ans à peine, Macron a déjà des problèmes de Collomb. A quand la prostate ?
- RR : Arrestation de Faïd, libération de Collomb… Ce n’est plus un remaniement c’est un échange de prisonniers.
- PE : Édouard Philippe ministre de l’intérieur. La peur a changé de camp.
- OK : Némo, le chien de Macron aurait présenté sa démission.
- MI : Finalement Macron avait raison, il n’est ni à gauche, ni à droite, il est complètement à l’ouest.
- OL : Sur une échelle de “je change une ampoule dans mon bain” à “je me déguise en burka pour ne pas me faire repérer par la police quand je suis ennemi public numéro 1”, quel fin stratège es-tu ?
- RR : Collomb de retour à Lyon, c’est comme le cancer du même nom : une récidive.
- DT : Le 4 Octobre, nous fêtons Saint-François-d’Assise. «Pourquoi SAINT FRANÇOIS D’ASSISE n’est- il pas enterré au Père Lachaise ?»
- JB : François Hollande propose de supprimer le poste de premier ministre. Encore un hommage émouvant à Manuel Valls.
- OK : Après la réintroduction d’une ourse dans le Béarn, on attend avec impatience la réintroduction du Collomb dans le Lyonnais.
- OM : C’est chiant ces périodes de latence entre une boulette de Macron et un mort célèbre.
- DA : Au vue des tarifs appliqués, je propose qu’on renomme les cinémas Pathé « Foie gras ».
- KM : Vous rigolerez moins quand vous retrouverez Gérard Collomb devant vous à la caisse du supermarché le samedi matin.
- ACD : La France irait mieux si elle n’avait pas un président qui se plaint des gens qui se plaignent.
- JT : Dieu s’il te plaît, prends Éric Zemmour et laisse-nous Jean-Marie Le Pen, il est moins dangereux.
- GD : Et surtout qu’aucun pays européen ne se presse pour donner un pavillon à l’Aquarius, ce serait dommage de prendre une décision humaniste.

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Categories: Fessebouqueries

Courir avec des ciseaux, drôle de titre pour drôle de livre

30/09/2018 Comments off

Il s’appelle Augustin Burroughs mais n’est pas de la famille de William. Courir avec des ciseaux est un « récit autobiographique » comme écrit en petit sur la couverture de l’édition du Marais. Quelle drôle de vie ! Complètement décousue, trash, bizarroïde, déjantée, sans l’once d’une éducation bourgeoise. Son père est un prof de maths alcoolo et sa mère une poétesse psychotique qui s’est fixée sur un psychiatre chez qui elle passe la plupart de son temps. Le garçon adore tout ce qui brille, il aime être nickel, lisser ses cheveux, astiquer les pièces de monnaie mais il est allergique à l’école, ça le rend malade. Il se sait gay depuis tout petit et ça le met mal à l’aise. Ses parents se chiquent la gueule sans arrêt alors ils se séparent et elle, incapable d’élever ce garçon, et sans désir de le faire, elle le file à son psy qui va l’intégrer à ses autres enfants, adoptifs ou non.
Cette maison, c’est un vrai bordel, tout est jeté par terre, entamé sur les canapés, le chien fait ses besoins dans le living, les enfants bouffent les croquettes, n’ont aucune discipline selon la vision du psy qui prétend que chaque être sait ce qui est bien pour lui. Dérangé un premier temps par la crasse qui règne partout, il se fait à cette vie fantasque sans contraintes, pas d’école car le psy lui a indiqué comment se suicider pour de faux donc en être exonéré, on fume, on mange n’importe quoi à n’importe quelle heure. A treize ans, il va faire connaissance avec un fils adoptif du psy de 34 ans, gay aussi, qui va lui montrer par la force ce que sont les rapports gay. Ouch ! Quand il rentre chez sa mère, il la trouve au pieu d’abord avec la femme prude du pasteur puis ensuite avec une grosse black qui s’occupe bien d’elle.
Grosse question : que va-t-il faire de sa vie ? Il aimerait être médecin mais il faut aller à l’école ou alors coiffeur mondialement célèbre grâce à ses produits, comme Max Factor.
Sa vie est complètement farfelue. Est-ce réellement réel ? Le film qui en a été tiré dont j’ai regardé la bande-annonce est tout propret par rapport aux descriptions qu’il nous donne.
En même temps, l’écriture est vivante, cinématographique, très américaine. Drôle donc.

Courir avec des ciseaux d’Augusten Burroughs, 2002 en VO, 2005 en VF aux éditions passage du Marais, traduit par Christine Barbaste. 290 pages, 21€. Et chez 10-18.

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Les Fessebouqueries #410

29/09/2018 Comments off

Après un arrêt momentanée, les Fessebouqueries reviennent nous distraire dans ce champ de mines qu’est la société actuelle où on voit d’un côté, la mer qu’on voit ses dents contre l’aquarius et de l’autre un maire qu’on voit aussi les siennes, et un autre de futur maire olé olé caramba, et des mères PMA ou GPA ou pas, et aussi d’amères choses  d’Amer…ique et d’ailleurs !
- PD : La réalité augmentée, c’est une superposition de la réalité et d’éléments calculés qui peuvent s’incruster. Exemple : le salaire de Patrick Balkany.
-OM : Le golf, ce jeu où tu n’as pas le droit de porter un t-shirt mais où tu peux jouer avec le bonnet en laine que t’a offert tata Suzanne.
- RR : Si vous croisez dans les rues des filles maigrichonnes et qui font la gueule, ce ne sont pas de hautaines parisiennes végans, c’est juste la fashion week.
- PD : « Aquarius, oui, je connais, c’est une super série avec David Duchovny. C’est surtout le côté humain des personnages qui m’a plu ». [Emmanuel Macron]
- NP : Je suis en train de regarder l’audition de l’accusatrice du candidat à la cour suprême aux USA et soit cette femme dit la vérité soit il faut lui donner tout de suite l’Oscar de la meilleure actrice.
- ACD : J’étais sur le trottoir d’en face. On me criait depuis l’autre coté « Traverse!! Y a du boulot ». J’ai répondu « Qu’ils viennent me chercher !!!! »
- GB : 2 hommes politiques parviennent à tenir 20 minutes de débat pour rappeler que l’un et l’autre sont d’accord pour refuser qu’un bateau humanitaire accoste sur les côtes françaises. Quel merveilleux spectacle.
- JT : Je n’ai pas trop l’habitude de raconter ma vie sur Twitter mais là je suis en train de manger du raisin sans pépins et franchement je me demande comment ils vident les grains, je ne vois aucun trou.
- FI : Il ne suffit pas de traverser la mer pour trouver un port ? C’est ballot.
- OM : Perso assez fier que Manuel Valls exporte à l’international notre savoir-faire bien français dans le domaine du cumul des mandats !
- NP : J’ai décidé d’arrêter de dire du mal de Manuel Valls. Et de commencer à faire sa promotion auprès des espagnols. Parce que s’il n’est pas élu à Barcelone ce connard est capable de revenir en France.
- JE : « Grâce aux efforts réalisés par les français la sécurité sociale dégagera en 2019 un excédent de 700 millions d’euros. Cet argent sera réaffecté à des projets d’utilité publique comme le remplacement du service de vaisselle de l’Elysée. »
- GB : Le Panama retire son pavillon à l’Aquarius pour « non-respect des règles internationales » Le Panama… Respect des règles internationales… Fin de la blague.
- CC : En fait jusque dans les années 90, on se foutait royalement comment le bébé arrivait dans le ventre de la maman ! Vous me direz on pouvait fumer sur la plage les nichons à l’air et CocoBoy passait à l’heure du dîner ! Et puis on est devenu cons et on a fait des gosses cons.
- GD : J’ai cru entendre un début de ruissellement mais c’était juste le vent d’automne vespéral dans les arbres.
- OM : A quel moment au juste est-on passé de pays “patrie des droits de l’Homme” à “Malte nous donne des leçons d’humanité” ?
- CC : Bon maintenant qu’on a mis un visage sur l’origine du monde, on veut voir la chatte de la Joconde.

FESSEBOUQUERIES  RAPPEL : Je collecte au long de la semaine les posts FB et les twitts d’actu qui m’ont fait rire. Les deux lettres sont les initiales des auteurs, ou les 2 premières lettres de leur pseudo.

Illustration © dominique cozette. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

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Je me suis tue (ou tuée ?)

21/09/2018 Comments off

Je me suis tue est le premier roman de Mathieu Ménégaud, dont le dernier est-ce ainsi que les hommes jugent ? m’a beaucoup plu (voir ici). L’univers est toujours très dur. Très très dur. Claire est en cellule, elle sait l’avoir bien mérité mais comme elle n’a rien expliqué à personne, elle décide de prendre la plume pour se confesser. Elle est victime d’un viol, un soir qu’elle rentrait seule. Le violeur la frappe et l’humilie, la blesse. Mais elle ne dit rien à personne, même pas à son mari chéri, elle pense que c’est la meilleure façon de gommer ce crime. C’est une femme qui mène une vie agréable, bon job, mari aimant et aimé, bel appartement, tout bien sauf qu’elle n’a pas d’enfant car son mari a un problème. Elle en souffre, elle jalouse ses amies qui pouponnent. Puis un jour, elle se retrouve enceinte. Formidable ! Le futur papa fait d’elle une princesse, rien n’est trop beau. Il sacrifie son magnifique bureau pour en faire une superbe chambre, il surveille la santé de Claire. L’enfant naît, c’est un superbe petit être qui ne pleure pas beaucoup, qui mange bien, qui les comble d’amour. Mais peu à peu, ses yeux foncent et deviennent noirs alors que tous les deux ont les yeux bleus et que les lois de Mendel sont strictes : il devrait avoir les yeux bleus. Elle n’en fait pas une histoire mais son mari commence à trouver ça louche, plus que louche. Pourtant, elle ne dit rien sur ce qu’elle a subi. Elle ne dira rien jusqu’à cette lettre qu’elle rédige du fond de sa prison…
Très dur, très sombre. Ménégaux joue avec les malentendus, le hasard, l’inconcevable.

 

Je me suis tue de Mathieu Ménégaud, 2015 aux Editions Grasset. 194 pages, 16,50 €.

Texte ©dominique cozette

Categories: bouquins

Un service rendu rend-il service ?

18/09/2018 Comments off

Pour services rendus est le dernier libre de Iain Levinson, un écrivain d’origine écossaise, installé aux Etats-Unis, très critique avec les institutions américaines. C’est un persifleur caustique et chacun de ses romans s’attaque à un pan du rêve américain. Cette fois, c’est la politique et son univers délétère. En 1969, Fremantle, le héros, se retrouve au Viêtnam, embourbé avec les siens dans les marécages, les peurs, la mort. Il reste néanmoins un bon soldat engagé pour l’honneur face à certains tricheurs ou d’autres, très maladroits, tuant des civils dans les rizières. Une horreur. Mais il sauve ses collègues du mieux qu’il peut.
En 2016, l’un des siens qu’il n’a jamais revu (il n’a revu personne, préférant oublier cet épisode foireux), l’interpelle pour lui demander un « petit » service car il a besoin de son témoignage pour son élection au sénat. Fremantle, honnête homme, répugne à faire un faux témoignage surtout que le politicien a réellement commis la faute, une vraie bavure, révélée par un autre vétéran. Fremantle dirige un petit commissariat, il a peu de moyens, le mec lui propose des subsides pour aider sa boutique. Après tout, ce n’est pas grand chose et puis cet argent empêchera la suppression de trois emplois.
Voilà comment les emmerdements commencent. Mais après tout, ne les aurait-il pas cherchés ?
Petit roman bien fichu qui nous emmène au pays des merveilles de la guerre et des puissants.

Pour services rendus de Iain Levinson, 2017. Titre anglais : Version of events. Traduit par Fancita Gonzales Battle. Aux éditions Liana Levi. 222 pages, 18 €

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Chien Blanc n’est pas tout blanc !

17/09/2018 Comments off

Je n’avais pas lu ce roman de Romain Gary, sorti en 1970, appelé Chien Blanc. Et au début du bouquin, je me demandais pourquoi le berger allemand, gentil comme tout, qui s’invite dans le jardin de Romain, était appelé blanc. On comprend plus loin. Les faits sont-ils réels ? En tout cas, leur base l’est puisque Romain Gary est lui-même, il rejoint sa jeune épouse Jean Seberg à Los Angeles, dans une de leurs maisons. Ils adorent les animaux, ils chérissent un chat et ont un labrador. Puis s’invite, accompagnant ce dernier, le fameux berger allemand, un amour de chien, qui fait la fête aux propriétaires et à leurs amis. Quelques jours plus tard, ce chien se transforme en fauve déchaîné lorsque l’employé à la piscine veut entrer dans le parc. Il est noir. Gary pense qu’il s’agit d’un cas isolé. Mais un livreur noir provoque la même haine. Puis un autre. Intrigué, ne voulant pas y croire, Gary va chez un éleveur dresseur de ses amis qui lui explique qu’il agit d’un Chien Blanc, un chien dressé pour agresser les Noirs, pour garder leur maison et « prévenir les viols sur leurs épouses ». Gary est désemparé, écœuré aussi. Comme ce chien est formidable à part ça, il demande à ce qu’il soit « guéri ». Mais le spécialiste, qui a toujours répondu à n’importe quel problème animal (notamment sur les serpents venimeux) affirme qu’il est trop tard, le chien a sept ans, impossible de revenir en arrière.
Ce livre qui traite principalement du problème racial, du racisme aux Etats-Unis, est particulièrement instructif. On y assiste à l’assassinat de Martin Luther King et aux réactions de l’entourage de Gary et surtout de Jean Seberg qui était une très grande défenseuse de la cause des Noirs. On y assiste aussi à des épisodes de mai 68, car Gary est allé à Paris à ce moment-là, habitant dans le quartier latin. Puis on y rencontre Ted Kennedy qui prépare sa campagne et on y apprend des tas de choses sur la politique extérieure (Gary a été ambassadeur de France à Los Angeles, entre autres) et américaine.
Et c’est tellement bien écrit !

Chien Blanc de Romain Gary, paru en 1970. Chez Folio. 220 pages, 6,60 €.

Texte © dominique cozette

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J’apprends l’allemand (et l’Allemagne)

12/09/2018 Comments off

J’apprends l’allemand est le premier roman de Denis Lachaud, auteur, homme de théâtre et comédien. Depuis, il a beaucoup écrit et créé. Ce livre, on me l’a conseillé, il est formidable. Composé de phrases brèves, factuelles, sans pathos ni introspection, il nous met en présence d’un ado, Ernst Wommel, qui va entrer en 6ème. Il a un frère aîné, Max, et comme leurs parents, ils sont allemands, installées en France depuis dix ans. Mais le nom du héros est bien marqué alors qu’à la maison, on ne parle qu’en français et que tout ce qui touche au passé est tu. Les grands-parents ? Il paraîtrait qu’ils sont morts… A force de se faire traiter de boche, le môme décide d’apprendre cette langue au grand dam de son père. Puis, il va avoir un correspondant, Rolf, chez qui il va découvrir le pays des ancêtres et une certaine sexualité. Lorsqu’il revient, il apprend que ses parents vont divorcer : sa mère s’installe chez l’ophtalmo qui l’a opéré quand il était petit, avec lui et son frère. Mais lorsque le correspondant vient à son tour en France, le père interdira qu’il passe une nuit chez lui. Ernst va continuer à approfondir son goût pour cette langue, ce pays, les parents de Rolf et peu à peu va découvrir l’horrible passé des grands-parents durant la guerre.
Nous allons suivre la vie d’Ernst jusqu’à ses trente-cinq ans, ses péripéties, sa mère va finir par dire pourquoi elle est née aux Etats-Unis, et c’est tout un pan du passé révélé qui va permettre au jeune homme de s’affranchir de la pesanteur familiale. Très bon roman.

J’apprends l’allemand de Denis Lachaud aux Editions Babel, poche d’Actes Sud. 208 pages, 7,70 €

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Modèle vivace ?

09/09/2018 Comments off

Joann Sfar sort un livre qui s’appelle Modèle vivant. Rappelons qu’il est bédéiste prolifique (le chat du rabbin), metteur en scène (Gainsbourg), écrivain prolifique et prof aux Beaux-Arts de Paris. Entre autres. Lorsqu’il évoque les modèles, il s’agit de portraits de l’autre en dessin, en filmage, en description littéraire. Ce livre est, dit-il, une sorte de manuel d’éthique à l’usage des portraitistes de tout poil en période post me-too.  Il écrit qu’il peut être extrêmement blessant, invasif, humiliant, violent d’être le sujet de quelqu’un. Mais c’est aussi autre chose. Faire le dessin d’une femme, pour JS, c’est mettre à distance son désir pour elle. Attention de ne pas la dévorer ! Oui, tout cela est complexe et pose de terribles problèmes éthiques ou juridiques car quiconque se voit dépossédé de don image, ou trahi, peut attaquer via un avocat.
En racontant cela, j’ai conscience que ça semble chiant. Ça ne l’est pas du tout. D’abord Sfar ne l’est pas, et surtout il raconte énormément d’anecdotes personnelles pour donner des exemples. Certaines sont hilarantes. D’autres ubuesques. Ce qui nous montre que notre époque a bien changé par rapport à ce que nous disait Raiser (« on vit une époque formidable ») et que maintenant il faut être vigilant sur tout.
Le dessin est la raison de vivre de JS, il n’arrête pas de crayonner, de regarder le monde et les gens et de les mettre sur ses carnets. L’essentiel pour lui, c’est non seulement de travailler sans relâche, mais aussi de connaître à fond la morphologie. Page 112 et suivantes, il nous montre comment celle des femmes a changé à cause notamment du sport, et il évoque longuement l’articulation de la hanche dans laquelle le fémur ne s’imbrique pas du tout de la même façon que l’on soit un homme et une femme. Chez les hommes, les fémurs sont droits, parallèles, chez la femme en biais (je résume) donc leur démarche sera toujours identifiable. Trois pages édifiantes.
Il nous parle aussi du harcèlement, pas seulement sur les femmes qu’il déplore totalement, mais de la part de certaines femmes sur des hommes dans le but d’avoir un rôle par exemple. Il a été harcelé plusieurs fois, aussi par ses élèves et s’arrange pour n’être jamais seul dans une pièce avec l’une d’elle. Voilà où on en est.
C’est un livre très distrayant qui donne à réfléchir et prête à sourire. Super intéressant en tout cas. J’ai adoré. J’eusse aimé qu’il fût bien plus épais (épée ?).

Modèle vivant de Joann Sfar. 2018 chez Albin Michel. 218 pages, 18 €

Texte © dominique cozette

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Foudroyé bien trop tôt

06/09/2018 Comments off

Si vous aimez ce grand peintre, cet immense peintre qu’est Nicolas de Staël, lisez ce livre qui raconte sa vie de violence avec sa peinture, de passion avec ses femmes, de plaisirs avec ses amis, de déchirures avec ses racines. Une vie dense qui se brouille avec la révolution russe, jette sa famille hors de son rang, de son sang, de son pays. Exilé maintes fois, orphelin, brûlant pour son art, il fend la vie comme une flèche tendu vers le seul but de mettre ses couleurs sur la toile. Ça ne s’est pas fait en un jour, il a bossé comme un dingue, des années avec la faim au ventre mais sans que cela n’ait d’importance, sillonnant les lieux de lumière et d’ombre, s’alliant aux tendances sans jamais s’y compromettre, toujours soutenu par les deux femmes de sa vie dont la première a sacrifié son talent pour l’aider à former le sien, et la seconde sa vie pour l’aider à lutter contre ses démons. Ses démons, la sale opinion qu’il a de lui, de ce qu’il fait. Aquoiboniste et rageur, coléreux mais éclaté de rire, ce grand bonhomme d’un mètre quatre-vingt-seize à la grosse voix et né en 1914, a impressionné les plus grands en son temps, notamment Braque. Mais l’art ne peut donner que ce qu’il a et sûrement que l’artiste lui en demandait trop. Il met fin à sa vie à 41 ans, une vie de chaos, d’espoir et de déchirures, nous laissant avec une œuvre saisissante, flamboyante, admirable. On peut actuellement voir ses ultimes réalisations à l’hôtel de Caumont à Aix en Provence jusqu’au 23 septembre : impressionnant !
Le livre est superbement écrit, notamment en ce qui concerne l’analyse de la peinture de l’artiste.

Le prince foudroyé de Laurent Greilsamer, 1998 chez Arthème Fayard. Au Livre de Poche, 444 pages, 7,90 €

Texte © dominique cozette

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De l’Inde au Texas, choc des cultures

02/09/2018 Comments off

Un article rapide car je n’ai pas beaucoup de courage ni de temps. Un fils en or de Shilpi Somaya Gowda, une auteure d’origine indienne qui vit maintenant aux Etats-Unis après être passée par le Canade, conte l’histoire d’un jeune Indien doué qui veut faire carrière dans la médecine et pour cela part se perfectionner au Texas. Il est en bute évidemment à une forme de racisme passif (il est transparent) mais aussi parfois violent. C’est un garçon sage, qui déroge cependant aux desiderata de sa très respectée mère : ne pas boire, rester vegan, ne pas fréquenter de filles. Il tombe amoureux d’une voisine, une Américaine, tandis que sa mère, au loin, commence à lui chercher une épouse. Le père est mort il y a peu. La mère est une femme aisée puisqu’elle est possède des terres, qu’elle emploie des serviteurs et des paysans.
L’amie d’enfance de notre héros, sa confidente, issue d’une famille pauvre, a été mariée à un beau parti. Enfin, c’est ce qu’on croit. Jusqu’à ce qu’elle découvre la vie de cauchemar que l’homme, froid, cruel et paresseux, lui réserve. En Inde, si on fuit son mari, la famille entière est déshonorée. Alors le choix est : se laisser mourir ou infliger cette trahison à sa famille.
C’est un livre plein de suspense, très agréable à lire, parfois un peu gentillet mais qui nous apprend comment on vit dans certaines parties de la planète, comment, en 2000, les jeunes Indien(ne)s n’ont pas le droit de prendre leur destin en main, comment le respect dû aux anciens peut paralyser une vie entière. Il y aura des  rebondissements de toute sorte et surtout de vastes descriptions de l’univers médical et du pouvoir des plantes ayurvédiques. Très intéressant. Ce livre a reçu le Prix des Lycéens 2018.

Un fils en or de Shilpi Somaya Gowda, chez Folio. 2015. Traduit de l’anglais (Inde) par Josette Chicheportiche. 534 pages.

Texte © dominique cozette

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Est-ce ainsi qu’on traite les hommes ?

27/08/2018 Comments off

Est-ce ainsi que les hommes jugent ? est le troisième roman de Mathieu Ménégaux, le premier que je lis. C’est caillant. Ça commence par le chapitre des victimes : une fillette et son père adoré qui vont tous les samedi fleurir la tombe de la jeune mère. Ce samedi-là, le père est d’astreinte alors il se dépêche de faire les traditionnelles courses plus l’achat des fleurs au centre commercial. Pour gagner du temps, il envoie sa fillette devant, le temps qu’il paie. Mais elle a disparu, non, elle hurle dans les bras d’un homme qui essaie de l’enlever. Le sang du père ne fait qu’un tour : il aura ce salaud. Le salaud lâche la fillette et monte dans sa Mégane. Le père tente de l’empêcher de fuir, hélas, le salaud appuie sur l’accélérateur et tue le père devant sa fille. Deux vagues témoins, c’est tout.
Puis trois ans plus tard, un cadre sup, menant une vie tranquille entre une femme parfaite et ses deux fils, prépare la réunion qui va le propulser au sommet de sa carrière. C’est ce matin-là qu’une armada de flics fait irruption dans leur maison pour perquisitionner et l’arrêter. Il ne sait pas, ne comprend pas, on ne lui dit pas pourquoi. Il est persuadé qu’en une heure, les flics vont s’apercevoir qu’ils font erreur sur sa personne et le relâcheront à temps pour la réunion. Mais non. Il est embarqué en tenue peu valorisante sous le regard du voisinage et placé en garde à vue. Et maltraité psychologiquement car le flic en chef est enfin arrivé à honorer la promesse qu’il avait faite à la fillette : trouver l’assassin de son père, cet immonde salaud. Et là, tout concorde, il est sûr de lui, les présomptions de preuves en témoignent.
La narration de la garde à vue fait froid dans le dos. Surtout quand on l’amène complètement dépenaillé sur son lieu de travail pour perquisitionner dans son bureau. Peu à peu, le lecteur se demande si après tout ce n’est pas lui le coupable, tout l’accable et on le sait, nombre de coupables savent parfaitement jouer les innocents.
Cette sombre histoire va donner lieu à des rebondissements imprévus qui mettent en jeu les réseaux sociaux et leur propension à exercer leur justice populaire. Une  force destructrice très bien racontée ici.
Ce roman est une sorte de polar avec un titre qui donne bien le ton de la narration. Et auquel on sait qu’on va répondre : oui, c’est comme ça, et ce n’est pas illégal.

Est-ce ainsi que les hommes jugent ? de Mathieu Ménégaux, 2018, aux éditions Grasset. 230 pages. 18 €

Texte © dominique cozette

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Super livre (à vous dégoûter de l’Irlande)

19/08/2018 Comments off

Benoîte Groult écrivait beaucoup, beaucoup. Une de ses filles, Blandine de Caunes (fille de Georges) a pris le temps de trier ses nombreux journaux pour faire un livre assez passionnant sur ses vacances en Irlande de 1977 à 2003. Journal d’Irlande donc. Avec son mari, Paul Guimard, écrivain et conseiller-ami de Mitterrand, ils décident de faire construire une maison en Irlande, dans un endroit magnifique entouré de mer,  parce que Benoîte est une pêcheuse hors normes, elle adore ça, elle la pratique depuis son enfance, sous différentes formes : à pied, filets, nasses, casiers, etc. Elle pêche tout et l’intéressant, en Irlande, c’est qu’on ne mange pas de fruits de mer. Donc ça grouille de crabes, bouquets, crevettes, homards, coquillages. Et de poissons aussi, bien sûr.
Le problème de l’Irlande, c’est qu’on se pèle en plein été. Tout le temps. Mais ça ne rebute pas le couple qui passe, surtout elle, ses journées à ça, à poser ses casiers, remonter les casiers, démêler les bêtes des filets, vider celles qu’elle garde dans la saumure… c’est physique, c’est lourd, c’est mécanique aussi avec les fréquantes pannes, elle rentre toujours trempée, mais c’est une passion. Et c’est tellement bon.
Sauf que.
Elle n’aime plus son mari. Elle y est attachée mais c’est tout. Surtout qu’il ne fiche rien, qu’il va se laisser vieillir et décatir sans réagir.
Mais
elle a un amant, un Américain qui l’aime depuis 1945 mais dont elle n’a pas voulu alors. Il est lui-même marié à une femme riche et jalouse. Mais Benoîte et lui se ménagent des périodes où ils s’envoient en l’air à longueur de journée et de nuit, dans cette maison comme dans celle de Bretagne. Malheureusement, il est bête à manger du foin. Mais tellement amoureux qu’elle passe là-dessus. Ça lui fait tellement de bien.
Et pendant ces 25 ans, on suit les personnages du journal dans le temps toujours pourri de l’île, sa bouffe pourrie, ses maisons affreuses, on les voit vieillir, ce qui n’est pas réjouissant et recevoir des amis comme Mitterrand alors président, les Badinter, des voisins, Annie Chaplin, fille de, qui fait de la bouffe dégueulasse.
Peu à peu, Paul qui boit comme un trou, mais tout le monde ici, même l’autrice, ne supporte plus de consommer la pêche, ça devient pénible mais elle s’accroche. Sa façon de raconter est marrante parce qu’elle lance des piques à des tas de gens, elle est très cash dans ce qu’elle livre et c’est assez drôle même si je n’aimerais pas être à sa place. A la fin, ils décident de vendre la maison car elle a perdu ses forces, ça devient dangereux, tout se dégrade autour d’eux, il est souvent malade, un élevage de saumon pourrit la mer et ce perpétuel temps froid, pluvieux, venteux, finit par taper sur le système. Oui, bien sûr, il y a les paysages sublimes, mais elle s’est fait de vrais amis, elle y reviendra s’il le faut.
Vraiment intéressant, avec ce petit suspense sur cette double relation mari/amant. Que va-t-elle décider ?

Journal d’Irlande de Benoîte Groult aux Editions Grasset. 2018. 432 pages. 22 €.

Texte © dominique cozette

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