Le nouveau Lionel Shriver nous embarque dans la chute des USA.

24/07/2017 Aucun commentaire

On est en 2029, c’est demain donc, et le nouveau président américain est un hispano. Sauve qui peut la vie pour les yankees ! Après une panne totale d’électricité et d’Internet qui a mis les Etats-Unis dans l’ombre et sans communication, l’état s’est effondré. Le dollar ne vaut plus une cacahuète, les Chinois et les Russes commercent avec une nouvelle monnaie internationale : le Bancor. Les valeurs, les bons du trésor, les réserves bancaires ne servent plus à rien, l’inflation galope, un chou coûte 30 $ et il n’y a plus de PQ. Les gens puent car l’eau est rare et chaque foyer doit en gérer quelques litres. On mange des glouches*, les licenciements sont violents, les diplômés sont déclassés, les vols, les attaques sont monnaie courante, un cauchemar.
Dans ce nouveau cloaque où un mur entre le Mexique et les USA est érigé par les latinos pour éviter que les yankees les envahissent (le livre a été publié avant l’avènement de Trump), on va suivre une saga familiale, celle des Mandible, très aisée, grâce notamment au patriarche nonagénaire dont la  grosse fortune, à  sa mort, mettra tout le clan en sécurité, même s’il l’est déjà avec des professions haut de gamme, professeur à l’université, écrivaine vivant en France, économiste distingué… Mais quand le président décrète que toutes les économies, les richesses et l’or vont être confisquées par l’état, on plonge dans l’enfer. Il est impossible de quitter le pays, d’importer des monnaies étrangères au dollar, de tricher. On ne peut plus payer ses crédits, les études des enfants, les maisons sont confisquées ou squattées par des bandes, ce qui fait que tout le monde va devoir se serrer dans la maison de Florence, la seule qui perçoit encore un petit salaire pour son aide aux  sans logis. Treize personnes qui vivent cet enfermement de très mauvaise grâce : aucune intimité, pas d’eau, pas de papier toilette, rien à manger. Un couple qui a planqué des économie se fait livrer des caisses de vin qu’ils dégustent en suisses, la deuxième femme du patriarche est devenue folle, elle casse tout, les enfants ne s’entendent pas, la jeune fille se prostitue. Jusqu’au jour où des voyous armés les virent de la maison avec pertes et fracas, en leur volant le peu de choses qu’ils ont sauvées. Ils vont devoir aller chez l’un des leur qui, sous leur quolibets, a créé une ferme à la campagne. Mais comme tout le reste, la ferme a été nationalisée.
Le temps passe, de mal en pis. Les citoyens sont pucés et tout passe par là, les échanges, les ventes, les déplacements : big brother, en quelque sorte. Le seul espoir quand on est courageux, c’est d’essayer de s’introduire au Nevada, un état indépendant mais coupé totalement du reste du pays, où il est impossible d’entrer sous peine de voir son cerveau brûlé par la puce.
C’est un livre costaud dont je ne dirai pas qu’il m’a plu à 100%, il y a beaucoup trop de longueurs sur le développement des questions monétaires, balances commerciales, dévaluation, bourse etc. C’est dommage car tout ce qui reste axé sur le quotidien de ces gens, les dialogues, les prises de tête, les difficultés est écrit au scalpel, un pur régal. Ceci dit, ces réserves tiennent à moi, c’est peut-être trop technique pour ma petite tête, ça peut sûrement en passionner d’autres. Ça reste une immense fresque, pas forcément crédible (pourquoi par exemple les vieux continuent-ils à toucher leur pension et à être bien traités ?) mais qui donne à réfléchir sur les forces du monde et notre rapport à une société assez creuse.

Les Mandible Une famille 2029-2047 de Lionel Shiver, 2016. Traduit de l’américain par Laurence Richard, aux éditions Belfond, 2017. 517 p. 22,50 €.

*Manger des glouches, ça veut dire des nèfles. J’adore cette expression qui me vient de mes grands-parents, forcément.

Texte © dominique cozette

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Les Fessebouqueries #366

22/07/2017 Aucun commentaire

Une semaine agitée du képi si c’est comme ça qu’on appelle le couvre-chef d’un chef d’armée, lui même sous-chef du chef de la France. Donc, ça se dégrade, la testostérone fait des ravages dans les hautes sphères du pouvoir et cette pauvre grande Muette qui n’a rien de tchekhovien fait pleurer dans les chaudières de l’été. Dans l’opposition, les kapos râlent, c’est partout l’arme à l’œil pour le monsieur kaki. Sinon le Pen peine, Mélenchon chon, Macron cron et on guette le commentaire de JP Pernaut quand la première pub viendra ternir son beau journal douce France qui jusque ici sentait bon la marjolaine.

- NP : Avant je partais en vacances au bout du monde avec un sac à dos. Maintenant je pars dans la Creuse avec 7 valises… Bref j’ai des enfants.
- ALD : Qui a dit que les députés LREM étaient des godillots ? Quand les intérêts de la Nation sont en cause, il savent résister ! « Contre l’avis de Macron, les députés En Marche s’accrochent à leur réserve parlementaire »
- DC : Un chef des armées viré Manu militari, rien que de très normal…
- DP : En France désormais on s’émeut du départ d’un général. Normalement c’est quand ils s’incrustent qu’on doit s’inquiéter.
- RR : Coucou les députés ! Perso j’ai le droit à 15,25 € par repas et 70 € pour dormir à Paris. MacDo et hôtels crasseux. Alors vos gueules.
- JS :  Les insoumis prenant Polony pour Louise Michel, je serais pas étonné qu’ils considèrent le général de Villiers comme le nouveau Che Guevara.
- DC : Dans Libé sur la mort des centres villes : « Au Mans, 145 coiffeurs et pas un seul poissonnier ». Ça nous fait quand même 145 merlans !
- JPT : Mélenchon et Corbière couvrent d’éloges le général de Villiers : voir des Insoumis lécher le cul d’un chef d’état-major, j’aurai vécu assez vieux pour voir ça !
JOD‏ : Donc la gauche pleure un militaire proche des milieux cathos tradis qui va aller pantoufler chez les armuriers dans moins de 6 mois. Voilà.
- François Ruffin‏ : Qu’on vienne regarder mes notes de frais, ça ne me gêne pas. Pendant ce temps-là, il y a 80Md € d’évasion fiscale.
- AB : Mélenchon : pour tout ce qui est contre. Marine LePen : contre tout ce qui est pour. Macron : envers et contre tout et tout à l’envers.
- YP : Merci à tous ceux qui nous disent : « Le Président aurait dû céder au général ! » C’est très exactement la définition d’une dictature militaire.
- CV : trouve rigolote cette histoire de portrait officiel d’Emmanuel Macron qui n’a pas le même format que ceux de ses prédécesseurs.
 Ça fait quand même beaucoup de gens qui ne peuvent pas l’encadrer.
 Ça commence mal.
- RR : Mon mec a décidé de faire de la méditation. Apparemment la 1ère séance portait sur le ronflement.
- YB : de la pub sur TF1 ?! ohhh noooonnn, ça va tout gâcher
JOD‏ : Donc les gens qui ont reprochés à Hollande d’être trop mou pendant 5 ans vont reprocher à Macron d’être trop dur pendant 5 ans ?
- OM : N’empêche, avec Macron elle marche la loi travail : à 10h, il licencie mais à 12h, il recrute.
- MTC : Un homme a été retrouvé vivant à Marseille en pleine forme à une terrasse de café.
- NE : Ma mere elle mfait la gueule psk on s’est croiser en voiture et jlui ai pas fais de signe mdr on est pas des chauffeur de bus
- FL : Tour de France. 
Lundi c’était Repos.
 Mardi c’était re-EPO.
- DC : Mélenchon a gagné la bataille de la cravate. Une belle avancée démocratique !
- MK : Exhumation de Salvador Dali : sa moustache bande encore
- GD : J’espère que nous allons réussir à nous remettre collectivement de ce traumatisme de la démission du chef d’état major des armées.
- JS : Il suffit que Macron vire un général pour que la gauche devienne militariste. On est peu de chose.
- RL : Le CSA autorise TF1 à diffuser des pub pendant ses JT. On attend maintenant qu’il autorise Pernaut à faire de l’information pendant ses JT.
- SP : [Petit rappel utile] Mesdames, mesdemoiselles : si les fesses dépassent du short, c’est que c’est une culotte.

Petit Bonus sur le général vendéen qui réunit toutes les pleureuses de France. Par JPT :
Oh, comme elle est émouvante, cette unanimité éplorée envers le général de Villiers, d’un bord à l’autre de l’échiquier politique, tous médias confondus ! Comme ils l’aimaient, tous, comme ils l’appréciaient, surtout ceux qui ne le connaissaient pas il y a un mois ! Comme Macron l’a humilié, le pauvre génaroulounet ! Comme il lui a donné sa mère ! Vilain, Macron ! De toute façon, c’est clair, il est fichu, Macron, c’était l’erreur impardonnable, pas un Français ne lui pardonnera d’avoir traité ainsi le patron du Puy du Fou ! Jamais ! Quoi ? Hein ? Pardon ?

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Les Fessebouqueries #365

15/07/2017 Aucun commentaire

365èmes Fessebouqueries ! Bé dis donc (pourquoi je parle comme ça, maintenant ?). Donc les flonflons, les beaux militaires, les présidents avec et sans mèche et leurs first fucking ladies (pourquoi je dis ça ?), les petits juges qui se dépetits-jugent, les Colette qui se décolettent, les tristes de Nice et le choc des photos  de Paris-Trash… encore une drôle de semaine qui s’enfuit au rythme des mollets durcis de nos pédaleurs fous (mais pourquoi cette tournure ?) et dieu seul sait comment va être la suivante (dieu ? mais que m’arrive-t-il donc ? Pourtant je prends bien ma vitamine D anti ostéo-morose).!!!

- HL : Il pleut à Epinal, tout le monde s’en fout. Il pleut à Paris, bientôt t’as Spielberg qui va débarquer pour filmer en 3D la Une du 20h.
- KE : C’est l’histoire d’un mec qui vote Macron pour ne plus payer la taxe d’habitation et qui se retrouve à payer ses clopes 10 €.
- HL : La mort du juge Lambert, c’est bien la preuve qu’on peut être juge et parti.
- YU :  En même temps (comme dirait l’autre ) si les femmes célibataires entre 25 et 35 ans arrêter de courir après les mecs seuls de 50 ! ( divorcés déjà stables économiquement ) .Ils seraient bien obligés de regarder celles de leur âges .(sic et resic)
- HS : Le gouvernement fait un geste en direction des Insoumis et promet de ne pas toucher à l’annuaire. Jean-Luc Mélenchon se félicite de cette nouvelle victoire, mais exige désormais la suppression des pages patronales, dites « Pages jaunes ».
- DF : Bon Jean-Luc tu descends du manège.Tu avais 1 tour. Et tu rends la queue de Mickey à Emmanuel. C’est lui qui l’a attrapée.On revient en 2022
- RR : On peut accorder des jours de vacances à Mélenchon pour avoir un peu la paix ? Merci.
- CT : En tout cas, le juge a été pris la tête dans le sac ! Oui, je sais ce n’est pas drôle..
- FL : Grégory. L’affaire est dans le sac.
- PdJ : Ségolène Royal vient à peine d’être nommée ambassadrice pour les pôles Arctique et Antarctique qu’un énorme iceberg s’est déjà barré.
- VDD : Affaire Grégory : loin d’être étouffée. Le juge Lambert, si.
- CT : En attendant, Muriel Bolle arrête sa grève de la faim…. elle va peut-être se mettre à table ???
- AB : Chez le coiffeur, j’ai demandé un truc à la mode qui en jette, il m’a fait une coupe budgétaire.
- RR: J’ai vu un mec choisir un melon en lui tapant dessus. Pensée émue à sa femme…
- DC : 3000 € pour les viols de sa fille entre 9 et 15 ans, ça revient moins cher qu’une pute et c’est plus pratique. 18 mois de sursis, seulement. Cool.
- LC : Non Donald, ce n’est pas comme un défilé de mode. Tu ne peux pas acheter les chars. Oui, même si tu les trouves « Amazing »
- MC : Dans 2 jours, c’est l’Euro Féminin de foot, c’est comme le masculin mais avec plus de règles
- OM : Faudrait quand même voir à ne pas mélanger les Paris-Match et les serviettes…
- DT : Le juge Lambert, premier juge de l’affaire Grégory, retrouvé suicidé par asphyxie. L’affaire, elle, n’est pas près d’être étouffée.
- DC : Colette : On ferme ! Christine Angot : On l’ouvre, sur ONPC. Moi, je m’en BLC.
- OM : À la décharge de Paris Match c’est vrai que c’est toujours agréable de regarder des photos de cadavres quand on glande au bord de l’eau…
- AB : J’ai cru lire qu’un père qui violait sa fille a pris 18 mois avec sursis. J’ai cru qu’on vivait dans un pays mûr et respectueux des enfants.
- PdJ : L’égo d’Angot va-t-il surpasser le moi de Moix ? Sur ONPC
- ME : – Votre motivation sur une échelle de 1 à 10 ? —  Parce qu’il faut monter sur une échelle en plus ??
- LC : Les immigrés payent des impôts mais n’ont pas le droit d’être français. Google, c’est l’inverse.
- NP : Avec la fermeture de Colette c’est un grand lieu du Paris populaire et de la mémoire ouvrière qui s’en va.
- RR : —  Chéri ! J’ai plus de torchons ! Tu vas en acheter ?  —  Y a « Paris Match » sur le plan de travail.  — Ah super ! merci !
- HL : Arrêtons les campagnes de promotion. Le seul moyen pour faire manger 5 fruits et légumes par jour à un Français c’est de les interdire.
- CL : C’est le 4ème avion de chasse qui me passe au ras des cheveux ce matin; si je pouvais arriver au défilé sans que mon brushing n’ait l’air d’un faisan mort sur ma tête, ça m’arrangerait. Surtout vis à vis de Donald.
- EM : Si ça se trouve, Macron va supprimer le déficit de la France en vendant à Trump 200 tonnes de poudre de Perlimpinpin.
- AB : Erdogan licencie toute la population. France : embauche de 10 000 techniciens de surface pour éponger la dette.
- VO : Quand on ne slalomera plus entre les SDF sur les trottoirs parisiens, on pourra éventuellement penser à organiser des JO
- LO : La valise d’une fille c’est simple: – Trousse de toilette – Maquillage – Sac de plage – 1,5 kg de vêtements – 145 kg de « au cas où »
- HL : Mais au fait… Ils font quoi, le reste du temps, ceux qui tirent les feux d’artifices du 14 juillet ???
- SA : Donc Line Renaud était sur la tribune du 14 juillet à Paris et elle est aux cérémonies commémoratives de Nice. Les Macron en ont la garde ?

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CX diesel, chef d’œuvre de crétinerie !

12/07/2017 Aucun commentaire

Quelle rigolade ! Mais quelle rigolade. C’est la BD la plus drôle, la plus idiote, la plus absurde, la plus mieux faite que j’aie lue. Elle s’appelle Amour, passion & CX diesel l’intégrable, de James, Fabcarro et Bengrrr et c’est un pavé. Tout est dans le titre, notamment la CX diesel, sur laquelle louchent les enfants et beaux-enfants, vieille caisse en bon état que possède le patriarche Harold, victime selon ses proches, d’Alzheimer et proche de la mort, alors que c’est le seul qui comprenne le langage zyva, qui flaire l’homosexualité de son fils noir (?) et des tas de choses de bon sens qui échappent à la famille. La famille ! Sa femme à qui on s’escrime à expliquer par le détail que son fils est gay et qui assiste même à son pacs avec un abruti tatoué sans rien voir. Et ses autres grands enfants, tous adultes :  Brandon, vrai beauf marié à la tassepé Jessifer qui a couché avec tous les autres, Pamela autocentrée qui se retrouve avec un sein sur le bras, épouse de Tony, chômeur, alcoolique, qui se fait passer pour un développeur de projets sans savoir ce que ça veut dire, et donc l’homo Jean-Mortens, black qui, après sa rupture, ramène Abdelatif dont tous le monde va se méfier (les Arabes sont des voleurs) mais essayer d’intégrer. Un bébé naît dans le couple Brandon-Jessifer et tous les hommes pensent en être le père. Pamela, toujours en compèt avec sa belle-sœur, désire adopter car elle est stérile et le catalogue des enfants adoptables est à se tordre !
Les dessins sont super car ils représentent des personnages vaguement animaliers, au trait fin à peine appuyé qui renforce joliment l’expressivité. Plus les couleurs nuancées, à l’aquarelle je crois, qui rendent le tout léger et tendre.
C’est un pavé à l’italienne avec une saynète qui se clôt à chaque page bien que l’histoire principale —  comment peser sur le patriarche pour être sur le testament et hériter de la CX — défile avec force gags et inventions à pleurer de rire !

Amour, passion & CX diesel L’intégrale de James, Fabcarro et Bengrrr. 2017 aux édition Fluide Glacial. 290 pages. 25 €

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Encore un Tanguy Viel formidable !

09/07/2017 Comments off

Je ne sais pas ce qui se passe, mais je ne lis que des bouquins passionnants. Je les choisis avec soin, c’est vrai, mais j’ai quand même beaucoup de chance. Celui-ci, je l’ai pris après l’extraordinaire article 353 du code pénal et il s’intitule la disparition de Jim Sullivan. C’est encore un petit livre. Mais l’inspiration est énorme. Imaginez plutôt. Je suis écrivain, français, tiens, si j’écrivais un roman américain ? Car les romans américains sont des livres universels, pas comme ceux qui se passeraient sur le parvis pavé de la cathédrale de Chartres. C’est à peu près ainsi que Tanguy Viel va nous amener avec lui dans l’élaboration de ce roman passionnant, non pas par le contenu de l’histoire, mais par la forme qu’il emprunte.
Donc pour faire un roman américain, il faut se servir des ingrédients que Viel connaît bien car il en lit beaucoup. Il les énumère : les héros, les lieux, les activités, les spécificités… Par exemple, le héros aurait la cinquantaine et serait divorcé, comme dans tous les romans américains. Il vivrait à … Detroit. Viel nous explique pourquoi, il a d’ailleurs punaisé la carte des USA dans son bureau. Il ne sait pas trop comment il a trouvé ce nom de Dwayne Koster mais il sait qu’il lui a choisi une profession très roman américain, à savoir prof de littérature américaine dans un campus. La première scène se passe l’hiver, il se trouve dans sa voiture (description très appuyée des voitures, on est à Detroit quand même), fume et picole en matant, de l’autre côté du trottoir, les ombres chinoises de son ex- femmeavec le nouvel homme, derrières les rideaux de son ex-maison. Il nous apprend que son héros n’a pas le droit d’enfreindre les règles édictées par le jugement de divorce, à savoir aller plus près de la maison.
Il nous parle de tout ce qu’il doit décrire pour que son roman soit américain : les BBQ entre voisins, l’alcool, le base-ball, les équipes universitaires de football américain, les bars au décor skaï rouge, les paysages infinis, la pêche à la truite etc. Il nous raconte comment il hésite à faire faire ceci ou cela à son héros puis se décide mollement, mais son héros va le faire, toutes les grosses conneries, il va les faire, avec notre complicité plus ou moins. Oui, parce que l’amant de sa femme est un type qu’il déteste, d’où connerie en vue. En même temps, il est tout autant que sa femme à blâmer parce qu’il a pour maîtresse une de ses élèves, et ça, c’est complètement tabou. Donc, cette histoires va se construire dans les méandres du cerveau de l’auteur avec nous pour complices, c’est scotchant. Scotchant parce que dit comme ça, on peut penser qu’il n’y a pas moyen de s’y attacher, c’est trop distant, trop artificiel. Et pourtant si. Et plus que ça même, parce que c’est comme si on assistait à la naissance d’un être. On le regarde pousser, évoluer, stagner, aller là où on ne l’attendait pas. C’est très très fort.
Pourquoi la disparition de Jim Sullivan ? Parce que ce chanteur a disparu étrangement, en 1974, en plein désert du Nouveau-Mexique, sans qu’on ait su comment. Et que ce chanteur est celui que notre héros écoute volontiers dans sa voiture, notamment le titre UFO (=OVNI), persuadé comme beaucoup qu’il a été enlevé par des extra-terrestres. Cette anecdote servira à l’auteur dans le déroulé du pitch. C’est super !
En savoir plus sur Jim Sullivan ici, article Télérama.

La disparition de Jim Sullivan par Tanguy Viel. 2013. En poche Minuit. 142 pages. 7 €.

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Les Fessebouqueries #364

08/07/2017 Comments off

(Après coup : zut, j’ai oublié de faire le chapeau ! A cause de cette fille qui retire le sien ?. On est peu de chose, voire rien !)
- CC : Vous pouvez conspuer l’absence de Mélenchon pendant le Congrès mais vu le bordel qu’il aurait pu mettre en y allant…
- RB : Arrêtez cette polémique inutile à propos de Macron car il a raison. Il y a les gens qui ont réussi et il y a les gens sur Facebook.
- HS : Macron est tout de même cool avec Mélenchon : il lui a offert le ministère de la Parole
- PC : En fait ce que dit Macron aux journalistes sur sa « pensée complexe » c’est juste la version énarque de « Je parle pas aux cons, ça les instruit ! » de Michel Audiard
- NP : Il y a une époque où on envoyait Simone Veil au Parlement Européen, maintenant on y envoie Philippot et Morano… Voilà.
- JM : Je rappelle que Cabrel aussi n’était rien et pourtant aujourd’hui, il est le gardien du sommeil de ses nuits.
- LC : -Si tu es énervée contre ton mec, écris tout ce que tu lui reproches sur un bout de papier et brûle-le.  — Et je fais quoi du bout de papier?
- CC : J’ai lu la composition des bâtons de surimi et je crois qu’il vaut mieux manger l’emballage plastique autour c’est plus prudent
- GL : On avait Chiotti, maintenant on a Wauchier…
- NP : Comment Marine Le Pen ose-t-elle prétendre que le FN est dans l’opposition alors que ses députés portent une cravate à l’Assemblée ?
- NS : « Une étude démontre que les hommes qui font le ménage chez eux sont plus heureux que les autres. » Normal puisqu’ils vivent tout seul…
- TT :  —Tu veux participer à un jeu concours?  — Non avec cette chaleur, je préfère participer à un jeu qu’on court pas.
- VO :  — Bonjour, un paquet de Marlboro svp.  — Oui, alors il me faut votre carte d’identité, vos trois derniers bulletins de salaire et deux garants.
- EM : — Macron veut redéfinir le cadre du vivre ensemble laborieux. — Hein ?  — Il va niquer le code du travail. —  Ah !
- JOD : J’ai acheté 10 cartouches de cigarettes que je viens de déposer dans un coffre à la banque. Si tout va bien, dans 5 ans j’arrête de bosser.
- DV : J’ai demandé à mon buraliste un magazine sans Macron en couverture. Il m’a donné  » Maison et Jardin  » spécial vérandas.
- LD : Pour plaire au pouvoir en place, l’émission de Thierry Ardisson est rebaptisée « Salut les t’es rien ».
- RdB : Loin de moi l’idée de vous spoiler mais à la fin les non fumeurs meurent aussi.
- DC : Nicolas Hulot promet la fin des voitures à énergie fossile en 2040. Je serai alors moi-même un fossile. Lui aussi. C’est le dentier qui mord le serpent qui essaie de se mordre la queue, là !
- OK : Emmanuel Macron fera un geste pour le code du travail, il demandera que celui-ci repose au Panthéon.
- AA : Le gouvernement veut des voitures propres en 2040. Ça me laisse le temps d’enlever les morceaux de chips que ma fille a laissé tomber.
- SA : Macron a décidé de faire payer les fraudeurs fiscaux qui planquent leur fric au Panama. Nan, j’déconne, ça sera les fonctionnaires malades
- AB : Fin du diesel/essence : 2040 Fin des clopes : 2051 Fin du nucléaire : 2078 Fin des haricots : 2082 Fin des Chiffres et des Lettres : 2100
- RB : Le gérant de mon Franprix croit tenir les Bains Douches. Il a installé un physio à l’entrée, de supers dealers à l’intérieur et il fait la bise aux plus belles, aux plus friquées. Et bien entendu quand je ne suis pas accompagné, je ne peux pas rentrer sous prétexte que je suis noir. C’est d’abord ça la gentrification.

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L’incroyable rock-trip ultra-noir de Grégoire Hervier. Génial !

07/07/2017 Comments off

Il est français, il est jeune mais il connaît tout sur les guitares cultes, rarissimes, celles des années 50 notamment, qui les a possédées et utilisées, comment elles sont été fabriquées et le nom de leur concepteur, comment on les a copiées, qui peut les certifier … J’ai vérifié quelques noms, ils sont tous réels. Sauf les héros principaux du roman, bien sûr. Grégoire Hervier, retenez ce nom.
Vintage est son troisième roman, un livre passionnant qui va fouiller dans ce que le rock, le blues, le hillbilly, blue grass et autres dénominations ont de plus marécageux, morbide parfois, méconnu. Thomas, journaliste musical, travaille chez LE marchand de guitares de Pigalle, chez celui qui sait tout sur cet instrument et qui fait commerce de quelques perles rares. Thomas est passionné, il joue lui-même, répare, connaît les sons des unes et des autres, ayant écouté en boucle tous les guitar heroes des cent dernières années. C’est lui qui est chargé de livrer en Ecosse le joyau de la boutique, la Goldtop 54 d’une série limitée de Les Paul. Une Rolls l’attend et le conduit vers … le manoir que Jimmy Page, de Led Zep, avait acquis il y a fort longtemps. Mais l’énorme surprise vient de ce que le milliardaire handicapé, immense collectionneur, un vieux musicien semble-t-il, lui demande : trouver la preuve que la Moderne fabriquée en 1957 par le directeur de Gibson n’est pas restée un projet mais qu’elle a réellement existé. Lui, le milliardaire le sait puisqu’on lui a volé un des rares prototypes existant, estimé à 10 millions de dollars mais que son assurance ne peut lui rembourser sans preuve. Le voleur présumé, un facteur de guitares, a été assassiné, ce qui rend l’affaire difficile. Il va sponsorer Thomas pour mener cette affaire, pour un million.
Ça commence en Australie où un très important collectionneur le met, dans le savoir, sur la voie : Thomas trouve un bout de photo de cette guitare dans les mains d’un musicien inconnu, sur une pochette de disque : Li Grand Zombi Robertson. Mais la photo est tronquée. Thomas va alors entamer un circuit sur les routes du blues et du rock naissants pour trouver le disque, l’artiste. La maison de disque a brûlé, ça commence mal.
Le road trip est étourdissant. La rencontre la plus insensée, c’est celle avec un sosie presque officiel d’Elvis, un type violent qui vit dans une crasse épouvantable avec sa femme batteuse (drums) et leur bébé cradingue. Ce type cherche aussi activement la Moderne, il a lui-même une collection de guitares hallucinante. L’histoire se corse salement et ne s’arrête pas là. Il sera amené à aller dans les bayous à la recherche d’un « ami » de Zombi, ce musicien maudit car noir albinos. La face B de son 45 t. est hypnotique, prémonitoire et source d’inspiration pour pas mal de rockeurs devenus top.
Les aventures et surtout mésaventures s’alourdissent à mesure qu’il croit se rapprocher du but et qui l’emmènent aux confins de cauchemars ahurissants. La fin est inattendue, créative et plausible. C’est gé-nial !
Je vous recommande chaudement ce livre, on ne peut plus le lâcher et ça marche même si on n’y connaît rien en technique ou en musique. On apprend aussi beaucoup de choses, en passant, et c’est toujours agréable.
Sur un site, j’ai trouvé la bande-son du livre que j’écoute en écrivant ce texte. C’est ici. Avec, entre autres, Robert Johnson, Muddy Waters, Guitar Slim, Chuck, Elvis, the Kinks, Hendrix, Led Zep, Black Sab…
Que du bon ! Cerise : l’auteur est beau garçon ah ah ah !

Vintage de Grégoire Hervier, 2016, aux éditions Le Diable Vauvert (y a pas de hasard !). 392 pages. 18,50 €.

Texte © dominique cozette

 

Categories: bouquins

Another Ron Rash. Des nouvelles, et des bonnes !

04/07/2017 Comments off

Je vous ai parlé de Ron Rash il y a peu, que je viens de découvrir (voir ici). Je poursuis cette rencontre avec un nouveau livre Incandescences qui masque qu’il s’agit de nouvelles (c’est écrit en tout petit à l’intérieur). Je ne l’aurais pas acheté et j’aurais eu tort car elles sont excellentes. Encore des histoires d’Amérique profonde, du côté des Appalaches, dans des sortes de trous du cul du monde où le rêve américain c’est juste un vieux fantasme d’avant, comme chez nous liberté, égalité et fraternité. Il y a des histoires de pauvreté, beaucoup car par ici, les gens n’ont pas grand chose. Sinon se bourrer la gueule le soir en écoutant du rock improbable ou du metal rouillé dans un bar cheap qui s’appelle la dernière chance, dealer et s’en mettre plein les veines ou le nez sans même se dire qu’il serait raisonnable de s’arrêter ou d’arrêter de piller ses vieux, des vieilles histoires de confédérés où on tue son voisin parce qu’il ne pense pas bien, où on pille aussi des tombes pour revendre les ceinturons et autres décorations de guerre, des types qui perdent la tête et font une grosse connerie parce que d’un seul coup le,monde a changé et qu’il n’y a pas de fraternité qui vaille juste pour une plante qu’on a coupée et que c’était votre père qui l’avait plantée, alors prison, ou des mecs qu’il vaut mieux épouser sinon tu passes pour une traînée même si le type, c’est un moins que rien. Plein d’histoires d’hier et d’aujourd’hui qui te font penser qu’au fond, on n’est pas si mal que ça ici et que les Etats-Unis, ben c’est juste un beau concept pas développé comme il faudrait.

Incandescences de Ron Rash, 2010 pour la VO. Traduit par Isabelle Reinharez. Aux éditions Points. 198 pages. 6,70 €

Texte © dominique Cozette

Categories: bouquins

Les Fessebouqueries #363

01/07/2017 Comments off

 

Une semaine s’achève encore, qui s’est fait cravater par des révolutionnaires, un petit empereur nous faisant un complexe de la pensée, un ex-premier ministre quittant le rat d’eau et sa méduse, un autre désirant arrêter de nous rafarinader, un lion ni superbe ni généreux mais qui Rugy, un sacré nicolineur qui fait pschhht pour son anniv, et une grande dame qui déserte son corps alors qu’elle nous a donné le droit de disposer du nôtre comme on voulait…
- RR : Excusez mon absence. J’étais sur Whatsapp avec ma mère. Le monologue du Cid, à côté, c’est de la rigolade.
- JPT : Les Insoumis sans cravate à l’Assemblée : ça, c’est de l’audace !
- PM : Woerth à la commission des finances, du coup Dutroux pense avoir sa chance à la protection de l’enfance
- DC : Valls quitte le PS. Quel parti va-t-il prendre d’assaut ?
- JPT : Pour commander un groupe de 308 députés, il faut au moins un maréchal. Ce sera le Maréchal Ferrand.
- MK : Arrivée de l’arriviste François de Rugy au perchoir : il a bien fait de trahir tout le monde, lui
- OM : Saluons Manuel Valls qui quitte le PS avec l’élégance du Capitaine du Costa Concordia.
- OV : Donc la CGT appelle à la grève avant même le début des discussions sur le droit du travail. Un peu comme si tu commençais à organiser le divorce quand on te parle de fiançailles quoi.
- NA : Éric Ciotti annonce qu’il reste con et député Les Républicains.
- DC : Néonicotinoïdes : Hulot interdit qu’on fasse les choses de Travert. C’est clair ?
- JM : 25 ans après,on a appelé Muriel Bolle pour l’entendre à nouveau. Ça donne un peu d’espoir à Ophélie Winter.
- OM : L’arrivée de De Rugy à la tête de l’Assemblée Nationale est un formidable message d’espoir envoyé à tous ceux qui trahissent en politique !
- RR : Apparemment les femmes sont condamnées à ne rester perchées que sur leurs talons.
- NA : Laurent Wauquiez propose de renvoyer les abeilles dans leur pays.
- BI : Hier mon chef m’a demandé où j’en étais dans un dossier. J’ai refusé de lui répondre, ma pensée trop complexe se prêtait mal à sa demande.
- NP : Moi je comprends Macron : pourquoi te faire chier à penser quand tu sais que tes propos vont être analysés par Barbier et Duhamel ?
- HS : L’euro décroche en bourse à l’annonce du refus de Mélenchon d’assister au congrès. Risque de remontée des taux.‬
- DC : A 600 000 voix près, Mélenchon aurait porté la cravate pour son portrait officiel à l’Elysée. Mince alors !
- RR : On vit dans un monde où la révolution consiste à refuser de porter une cravate.
- EM : Jean-Pierre Raffarin quitte le Sénat, il veut laisser un plus jeune dormir à sa place.
- GB : Balkany, Cahuzac, et Thevenoud ne manquaient jamais une occasion de porter la cravate. C’est à ça qu’on reconnaît le respect des institutions.
- JPT : Avec Loulou Nicollin, c’est un témoin à décharge du foot français qui disparaît.
- NP : Éric Woerth à la commission des finances ? Et pourquoi pas à la moralisation de la vie politique tant qu’on y est ?
- LC : Que ce soit le propos ou qu’elles soient ménagères, Loulou Nicollin a toujours fait des ordures sa principale source de revenu.
- HS : Macron renoncerait à réunir un congrès rendu inutile par l’absence de Jean-Luc Mélenchon.
- JPT : Question : qui va garder les Insoumis pendant que leurs collègues seront à Versailles ? On ne peut pas laisser ces branleurs tout seuls dans le Palais Bourbon ! On se souvient du Reichstag ! Super Nanny est-elle disponible lundi toute la journée ?
- CV : Simone ne veille plus.
- NA : Christine Boutin est toujours en vie.
- OV & NP : Je ne dis pas qu’Emmanuel Macron a tué Simone Veil pour avoir quelqu’un d’irréprochable à mettre au Panthéon.
Je dis juste que c’est une drôle de coïncidence.
- NA : Décès de Loulou Nicolin, les pizzerias et fast-food de Montpellier craignent une perte de chiffre d’affaires de 25%.
- JS  : Xavier Niel: « On a besoin de créer le CAC 40 du prochain siècle » Oui, c’est vraiment ça dont on a besoin. Absolument besoin.
- RC : Moi la France je ne la nique pas, je lui roule des pelles, je lui mets des petits doigts de plaisir, je lui fais un petit cuni et je lui file une clope une fois qu’elle a joui.

Illustration © dominique cozette sur photo officielle Elysée. On peut liker, on peut partager, on peut s’abonner, on peut commenter, on peut faire un tour sur mon site ici. Merci d’avance.

Categories: Fessebouqueries

Polar qui va me polariser sur Ron Rash

30/06/2017 Comments off

Je ne connaissais pas Ron Rash. Et soudain, dans une de mes deux librairies sétoises préférées, j’avise une petite somme de cette auteur et me dis tiens, un auteur américain que cette librairie semble aimer. Référence. Voyons voir. J’achète donc Un pied au paradis et je plonge dedans telle la louche en argent dans une soupière de caviar. Et j’en ramène quoi ? Une furieuse envie d’en acheter d’autres.
Un pied au paradis est une sorte de polar. Pas une enquête acharnée sur une mort d’homme mais l’histoire des personnages concernés par elle. Un polar red-neck qui se passe dans une vallée paumée du côté des Appalaches, où tout le monde connaît tout le monde, ils sont si peu, si dispersés sur les vastes terrains, mais fidèles aux retrouvailles dominicales du culte. Billy est un jeune homme courageux au travail, qui boîte un peu suite à une grave polyo et qui a involontairement conquis le cœur d’une très belle fille, Janice. Ils se marient, ils s’adorent, il cultive âprement des légumes pour l’hiver et du tabac pour le fric en attendant de mettre un bébé en route. Mais le bébé ne veut pas venir. Le malheur s’installe, c’est lui et ses spermatos handicapés les responsables. Loin là-haut vit une vieille, sorte de sorcière crainte et puissante chez qui ira Janice pour trouver un remède à la stérilité. Drôle de remède.
Dans la première ferme voisine vivent Holland (oui, c’est son nom) et sa veuve de mère. Lui est rentré décoré de la guerre de Corée, sorte de héros pénible qui fout un peu la merde dans les bars, mais on le comprend. C’est lui qui disparaît, c’est de chez Billy que venait le bruit d’un coup de feu, et c’est par là que vont aller fouiller le shérif et ses hommes. Il fait une telle chaleur qu’il est impossible que le cadavre soit laissé à l’abandon. Où peut-il bien être ? Cette quête s’amplifie, c’est assez original.
La réponse viendra en plusieurs fois car cinq personnes bâtissent le récit. Et à chacune d’elle, un pan de la vérité se fait jour. C’est très bien construit, c’est sombre, on entend les bêtes et la rivière qui coule, comme dans tout bon roman américain. Très bon livre, c’est le premier de cet auteur.

Un pied au paradis de Ron Rash en 2002. One foot in eden in english. Traduit par Isabelle Reinharez. Au livre de poche. 316 pages. 7,30 €

Texte © dominique cozette

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Un drôle de livre !

25/06/2017 Comments off

Il s’appelle Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord, il est de Garth Risk Hallberg, très jeune homme qui a été révélé par un best-seller : city of fire, pavé de 1000 pages que je vais essayer de trouver, et qui a permis à celui-ci  d’être réédité. Car Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord a été publié en 2007 chez un éditeur de livre d’art. Car c’en est un. Sur chaque double-page, une photo plutôt imprécise prise par une palanquée de jeunes photographes tendance. Sous la photo, une qualité, un état, un qualificatif (fidélité, mauvaises habitudes, divertissement, sens à la vie etc) traité comme un élément vivant, comment il survit, se reproduit, se transmet. Donc déjà, très curieux. Et sur l’autre page, qui n’est pas blanche mais vieillie et salie comme un vieux papier trouvé par terre, le texte qui lui correspond. En tout une soixantaine de textes qui racontent une anecdote arrivée à une des deux familles de référence. Mais dans le désordre, et par un des petits bouts de la lorgnette, ce qui peut aiguiser notre curiosité ou nous agacer. Les deux.
Les deux familles de référence sont voisines avec deux enfants chacune, un garçon et une fille qui se fréquentent, un jeune menteur, un père qui meurt et un père et une mère qui divorcent. Ces histoires évoquent l’american way of life côté plus nightmare qu’american dream : BBQ, télé, céréales, vols, bagnoles, chagrins, dope… On y apprend accessoirement que le jeune homme a eu un accident terrible, on n’en connaîtra la cause qu’à la fin.
Objet attachant autant que bizarre, sur les tables des bonnes librairies car bénéficiant de bonnes critiques, agréable à feuilleter, que d’ailleurs on peut suivre dans le (dés)ordre qu’on veut ou par les entrées ménagées par l’auteur, un peu comme un bestiaire. Ou un mode d’emploi des banlieusard new-yorkais. J’aime beaucoup le style.

Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord, de Garth Risk Hallberg, première édition en 2007, réédite en 2017 chez Plon. 150 pages, 16,90 €.

Texte © dominique cozette

 

Categories: bouquins

Les Fessebouqueries #362

24/06/2017 Comments off

Tout a fondu cette semaine de canicule qui rime avec en marche avant et recule, on patauge dans une soupe de fourzitou législ-hâtif composée d’une grosse potée bayroussie, avec une cuillerée de fillonnade rancie, un gros mélenchonchon bien odorant, trois rondelles de Philippot de chagrin, un chouïa d’assaut de Valls, une pincée infinitésimale de Villani. Plongez-y un petit Gregory faisandé, laissez mariner jusqu’au prochain remaniement, touillez et servez en chaussettes-claquettes et en musique. Bon app !
- CV : — Regarde Maman, un loup !
 —  Non mon chéri, ce n’est pas un loup, c’est monsieur Balkany, le maire de Levallois.
- OVH : Affaire Grégory. Bob Lépange pressenti pour vider la Vologne.
- JC : Perso, je trouve que l’entrée de Marine le Pen à l’Assemblée nationale est plutôt une bonne nouvelle. Si elle y est aussi brillante que lors du débat avec Macron, on a pas fini de rigoler.
- JB : J’imagine le choc des nouveaux députés quand ils vont voir que l’Assemblée Nationale n’est pas du tout le palais du bourbon !
- PR : Leguen s’accroche aux branches mais il n’y a plus d’arbre.
- FV : Philippot battu, mais par une « vaguelette », donc c’est moins grave d’après lui…
- MK : Election contestée de Manuel Valls : y a-t-il bourrage des burnes ?
- YB : Entre ici, Jean-Luc Mélenchon, avec ton terrible cortège d’insoumis
- MK : Et Fillon, au fait, il a été élu dans sa circonscription de Fleury-Mérogis ?
- PR : Si j’ai bien compris Dassault a gagné dans l’Essonne. C’est ça ?
- OM : « Mort d’un matador dans les Landes. » Le présumé coupable se serait radicalisé après avoir reçu sa 5ème banderille dans le dos.
- JPT : Entendu Mélenchon traiter Cédric Vilani de « matheux » qui n’a jamais vu un contrat de travail. Collard a du souci à se faire pour conserver sa palme de « gros con de l’hémicycle ».
- FIA : Quand on regarde l’écriture et l’orthographe dans les lettres de menace, on voit bien que c’est écrit par un corbeau.
- JB :D écidément Bayrou n’a pas de Pau.
- CC : bayrou il me fait penser au petit cousin timide au bout de la table qui récupère toujours les miettes mais jamais une vraie part de gâteau
- CV : Canicule : On ne peut pas être et avoir l’été.
- Y9 : Mélenchon en voyant le drapeau européen à l’Assemblée: « on est obligé de supporter ça? ». On va bien être obligé de te supporter, Jean-Luc.
- FIA : Bayrou n’était déjà plus ministre que mon hand spinner tournait encore.
- JB :  Tu te rends compte que tu es vieux quand 85% de tes amis se plaignent de la fête de la musique et que personne ne t’a proposé d’aller y faire un tour pour picoler comme un con un mercredi soir.
- HD : Une dirigeante de la SNCF intègre le gouvernement. Conséquence immédiate : sa composition est annoncée avec 1h30 de retard.
- CD : Je viens d’entendre :  » François Bayrou va s’exprimer sûrement longuement sur son départ du gouvernement. » . Même quand il ne parle que 5 mn, c’est long de toutes façons.
- JC : Une toulousaine socialiste à la Justice. Bonne nouvelle. J’espère qu’elle va rétablir la peine de mort pour ceux qui mettent de la viande de cheval dans le cassoulet.
- OVH : Remaniement ministériel. Florence Parly, ministre des centres commerciaux du gouvernement Philippe 2.
- JM : Hanouna annonce une formule plus chic pour TPMP l’année prochaine. C’est terminé les nouilles dans le slip, on passe aux tagliatelles.
- OV : De toutes façons Bayrou était obligé de démissionner : on ne peut pas être à la fois palois, hors-la-loi et faire respecter la loi.
- OK : URGENT : Plan canicule, les policiers et militaires affectés au plan Vigipirate seront équipés de pistolets à eau.
- EM : François Bayrou quitte le gouvernement pour redevenir deux simples citoyens.
- RB : C’est bon, vous avez compris que les méditerranéens et les africains n’étaient pas fainéants par nature, ou on doit continuer la canicule ?
- CA : Les mecs qui se plaignent de ne pas pouvoir porter de short et nous envient de porter des « robes », n’oubliez pas de mettre aussi un soutif.
- OM : Une pensée pour le présumé terroriste des Champs qui en ce moment même négocie ses 72 vierges contre un parechoc et une aile froissée.
- FG : Florian Philippot, battu aux législatives, redevient simple journaliste à BFMTV
- LC : Et dire qu’à une humilité près, Jean Luc Mélenchon devenait sympathique.
- AS : L’iphone, on le met à gauche ou à droite de l’assiette ?
- JFR : Cédric Villani, brillantissime mathématicien qui converse avec le cosmos vient tout juste d’élaborer son nouveau théorème : 
(Tête de Mélenchon) au carré = Intégrale de la connerie exponentielle
- OM : Les jeunes qui mettent des chaussettes dans leurs claquettes cet été, c’est les mêmes que ceux qui ont passé l’hiver les chevilles nues ?
- JM : Trump veut faire installer des panneaux solaires sur son mur entre les USA et le Mexique. Le mec vient d’inventer le racisme écologique.
- VI :  Conclusion du rapport de stage de Bayrou « Le ministère de la Justice était passionnant, j’y ai découvert des personnalités et des parcours exceptionnels. »

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Categories: Fessebouqueries

Vieilles, d’accord, mais quelles canailles !

23/06/2017 Comments off

Ce titre du Point, alarmiste comme tous les titres du Point, mérite un bon crochet dans la gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? Bah rien, Jojo. Ta gueule est chargée certes, elle a vécu plus de mille vies, et aujourd’hui, enfin hier soir aux Arènes de Nîmes, blindées, elle a encore montré à toutes ces vieilles lunes que ta gueule n’a rien n’a craindre des autres. Quelle présence, quelle voix, quelle bonne humeur, quelle énergie, quel talent !
Oui, ce fut un spectacle époustouflant. Parce que le grand petit Charles était là ? Et Laetitia et les pitchounes comme ils disent ici ? Tu t’es défoncé, mec, et je ne devais pas être la seule à me dire : arrête un peu, laisse les deux autres relayer, tu vas claquer… Les deux autres faisaient ce qu’ils pouvaient pour être à ta hauteur. Schmoll toujours sobre et vaillant, schmollant as usual, mais interprétant quelques chansons pas connues, puis Jacquot, poussant la chansonnette avec ce demi sourire l’air de dire : je n’en pense pas moins, brindille un peu branlante entre les deux maousses du rock français. Bref, Jojo, tu nous l’a encore fait : moi vivant, je ne serai jamais mort. Alors la voix, dès la première note, brillante et vibrante comme la vingtaine de cuivre derrière vous, galvanisant les fans des premiers jours, du Pénitencier à Gabrielle pour finir sur Toute la musique que j’aime. J’ai pas honte de dire que j’étais poignée comme tous, parce que c’était poignant. 74 ans ce mois-ci, le plus jeune des trois, en chimio, cancer et bidule, on n’y croit pas, c’est du fake news, même si ou t’a vu en promo à la télé, amorti comme tes compagnons. On craignait la mollesse, la décrépitude, le pathétique. Et on avait tort. Le petit Charles, 93 ans, ton presque papa, cheveux tout blancs, il fallait envoyer face à lui. Tu as envoyé grave. Pulvérisé les doutes. Ça a commencé par Les cactus, par toi, ouais, trop fort.
Le public était plus pimpant que d’habitude où sévissent les gros relous à pattes, tattoos, santiags et cuirs. Des sexygénaires en robiches, des septuas bien coiffés, j’ai repéré seulement deux sosies un peu tapés de Jojo et un de Schmoll façon P. Sébastien, c’est vous dire. Et à côté de nous, sur les gradins du vomitoire (premier rang, super places payées un bras de tourne-disque), un couple hyper mignon de quadras dont les parents, quelques rangs derrière, étaient aussi des fans de toujours. Ces jeunes qui connaissaient tout de nos années yéyé, vénéraient Presley, Sinatra et donc Johnny, sont allés au bar et nous ont rapporté une coupe de champ parce qu’ils nous trouvaient sympas. De rêve, quoi, tout ça.

J’avais décidé de faire mes adieux à Johnny au Parc des Prince pour ses 50 ans, c’était torride. Cette fois je ne pense pas le revoir de sitôt, pas parce qu’il aura préféré rejoindre Gene V et sa clique, mais parce que moi, je vise ses 100 ans, sinon rien, je vais donc garder une belle image de celui qui faisait battre mon cœur de 13 ans avec Laisse les filles, ses hoquets, son déhanché, sa chemise en dentelle et cette phrase un peu choquante : lorsque ma mère s’est radinée… Clip à voir ici (après une pub Meilleurtaux au casting calamiteux).

Texte © dominique cozette

Categories: people

Yalom encore ! Avec Spinoza

22/06/2017 Comments off

Irving Yalom, toujours lui, ce psychanalyste américain fondu de philosophie, m’a passionnée une nouvelle fois avec Le problème Spinoza. Autant vous l’avouer : je ne suis ni une intello, ni une forcenée de la philo. Je suis même très dilettante. Alors comment fait-il, ce diable d’écrivain, pour me passionner autant avec des sujets comme ça ? Je vous explique.
Il y a deux histoires dans ce livre/ la première concerne Spinoza, au moment où il va avouer à l’aréopage juif qu’il ne croit plus à ces drôles de dieux que fabriquent les hommes de pouvoir pour nous asservir. Il prouve que les écrits, la Thora, le  la Bible sont bourrés de mensonges, de faux et d’à peu près. Il faut dire que c’est un homme très intelligent, avec une mémoire extraordanaire et une soif de savoir inextinguible. Il a donc appris toutes les langues à connaître pour lire dans le texte ces antiquités. Il peut donc prouver les dérapages qui y ont été introduits. Mais les rabbins, comme toute la communauté, sont choqués que cet homme, par ailleurs irréprochable, puisse commettre un tel sacrilège. Pour la peine, il sera excommunié, banni pour toujours, chassé. Nul, même ses proches, n’auront plus le droit d’avoir de contacts avec lui, de lui écrire, de le voir. Spinoza  n’a besoin de rien que de penser, écrire, lire. Mais ça le rend triste. Il fait une croix sur une vie sociale, familiale, et continue son œuvre.
L’autre histoire est celle du Reichleiter Rosenberg, un type assez asocial qui déteste les Juifs et commence à réfléchir à la façon d’en débarrasser l’Europe. On est en 1918. Cet hommes, par ailleurs intelligent, rencontre un beau jour Hitler. Mais ce dernier, bien qu’il lui emprunte ses idées pour élaborer sa théorie et écrire Mein Kampf ne va jamais l’accepter dans sa cour. Pourtant Rosenberg a créé un journal qui porte haut les couleurs du Führer, qui encense ses idées, qui l’aide à parvenir au pouvoir. Quel rapport avec Spinoza ? Il aimerait savoir pourquoi les hommes qu’il admire le plus, notamment Goethe, sont fous de ce philosophe. Il part donc à la quête de ses possessions et, chargé de la confiscation des biens culturels des Juifs (et des autres), retrouve la précieuse bibliothèque de Baruch Spinoza.
Pourquoi c’est plaisant ? Parce que Yalom a recréé la manière du roman : comment ces gens-là vivent, les dialogues, le suspens… Quand les interlocuteurs de Spinoza ne comprennent pas sa pensée, ils le lui avouent et Spinoza l’explicite. A la fin, en prologue, Yalom explique comment il a pris connaissance de tous les faits qu’il a relatés  : on apprend ce qui est réel et ce qui est romancé mais crédible. Palpitant et instructif.

Le problème Spinoza par Irving Yalom aux Edition le Livre de Poche. 548 pages.

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins

Quel livre, mais quel livre !

22/06/2017 un commentaire

Ce livre Article 353 du code pénal est scotchant. Eblouissant. Hallucinant. Spectaculaire. Pourtant, c’est un huis-clos, la confession d’un homme qui vient d’en tuer un autre, dans le bureau d’un petit juge. Sans effets spéciaux. mais avec les effets de langage formidablement utilisés par Tanguy Viel. De l’orfèvrerie. « Mon personnage se fait flouer, juste parce qu’il ne maîtrise pas la rhétorique. Puis il y a le processus de rumination. »(1)
Dès le début, on sait cela. Que le crime a lieu. Que l’homme en jette un autre au large, qu’il sait qu’il va se noyer, qu’il n’en tire rien de plus. Il fallait juste que cet homme disparaisse. Puis il va amarrer le bateau du noyé et quand la police vient le chercher, il l’attendait. Ensuite, la grande, l’énorme déferlante nous arrive dessus : pourquoi j’ai fait ça. Car cet homme, floué profond par le promoteur véreux, a mis du temps à comprendre comment tout ça s’est enclenché. Il a fallu que le prétexte se construise dans sa tête pour qu’il en arrive là. Car un mec, un pauvre mec comme lui, gentil et faible, est incapable de violence. Il en a fallu des petits éléments de honte, d’humiliation, de regrets, de colère. Il a fallu qu’elle monte, cette « exaspération de l’enrichissement complètement éhonté des puissants. » Car comme l’auteur l’analyse, « on a tous régulièrement des petites pulsions de haine lorsqu’on entend qu’un mec part avec son parachute doré. On a tous envie un jour où l’autre d’en mettre un à l’eau. »(1)  Il a fallu qu’il n’en puisse plus de cet immense gâchis, la démolition d’un bien public, le saccage de ce petit coin de la rade de Brest, énorme béance à vif, gadouilleuse, là où un petit eden ne demandait qu’à vivre, sans aucun espoir d’arrangement.
Le juge l’écoute, et une fois, il se met en colère contre l’absurdité de ce drame. Mais il n’a pas encore tout entendu. Le pauvre narrateur ne cherche absolument pas à se justifier. Juste à expliquer. Le miracle, c’est comment il arrive à sortir les mots justes, les motifs profonds, les sentiments gênants qui ont abouti à cet acte. C’est impressionnant de finesse, de frappage au coin du bon sens, de logique. Il reconstitue la démarche commerciale et insinuante du promoteur forçant les acheteurs sans en avoir l’air, les abusant comme si c’était eux-mêmes qui s’offraient en sacrifice alors qu’il n’avait rien demandé. Il dissèque le chemin de la pensée et de la raison, très fortes toutes les deux, pour montrer comment elles s’effacent d’un seul coup pour accepter une chose inacceptable. Pour finir, l’article 353 du code pénal emballe l’affaire d’une façon inattendue et incroyable quoique crédible.
Ce livre mince est un petit chef d’œuvre que je vais relire de ce pas. Ne le loupez pas !

(1) Citations tirées d’une interview de Paris Match.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel. 2017 aux Editions de Minuit. 174 pages. 14,50 €.

Texte © dominique cozette

Categories: bouquins